MES TANGOS PREFERES :  » Cascabelito »

      La chronique de mes tangos préférés ne prétend pas être une liste modèle, chaque danseur ayant ses références musicales, poétiques et chorégraphiques. Elle ne se veut pas non plus une recherche historique et musicographique, car d’autres connaisseurs du tango le font très bien et de manière exhaustive. Comme dans mes écrits, je cherche plutôt à traduire mon ressenti, et souvent par référence à un vécu argentin, ou à une expérience récente, ou à une étude plus littéraire de la letra.
C’est le cas pour « Cascabelito », tango de 1924, dont la musique est de José Bohr et le texte de Juan Andrés Caruso. J’ai choisi quelques vers de cette composition pour les placer en exergue, dans le recueil de Récits et Nouvelles dont je prépare la publication prochaine. D’abord parce que, contrairement à bien des letras, souvent péjoratives ou déprimées, ce texte présente une image mystérieuse et lumineuse de la femme  » si ravissante et si coquette », au « rire juvénile », à la « bouche comme un oeillet », au « rire de cristal ». C’est ce rire qui suggère le titre. « Cascabel », c’est le grelot, et avec le diminutif, je trouve encore plus de charme à cette appellation. Il ne serait d’ailleurs pas nécessaire de le traduire car, dans les versions chantées, en refrain, les interprètes lui donnent toute sa saveur dans les inflexions de la voix. On trouve parfois la traduction « Crotale » par référence à l’appellation que l’auteur de la letra aurait lui-même employée, du nom de l’instrument antique à percussion, sorte de castagnettes et crécelles, employé dans le culte de Cybèle pour accompagner les danses sacrées. Mais le mot évoque aussi le serpent venimeux, dit serpent à sonnette, ce qui n’est pas du tout la tonalité du tango ! En argentin, le mot, intraduisible, évoquerait une jeune fille espiègle au rire moqueur. N’est-il pas préférable de garder le mystère de la simple sonorité évocatrice du mot ? Bref,  pour moi, ce tango évoque tous les charmes d’une jeune femme insouciante, voire provocante, au hasard d’une rencontre, dans le tourbillon d’un carnaval.
   Car c’est ensuite le cadre du Carnaval qui ajoute sa note de gaieté et d’insouciance. On ignore souvent l’importance de ces festivités dans les pays sud-américains en se focalisant sur les manifestations  du seul Brésil. Mais en Argentine, ce moment attendu, donne aussi lieu à des répétitions une bonne partie de l’année, puis à des fêtes débridées qui durent parfois 2 mois en janvier et février ! Deux grandes manifestations rassemblent les foules : le Carnaval de Pais, dans la province d’Entre Rios dans la ville de Gualeguaychù, qui présente des défilés de groupes costumés et des chars, comme au Brésil ; celui de Humahuaca, dans la province du Nordoeste, plus marqué par les traditions quechuas, avec des masques et costumes issus des cultes animistes. D’autres moins connus n’en sont pas moins importants, à Corrientes par exemple. A Buenos Aires, où le carnaval dure une bonne semaine début février,  la tradition est rythmée par les murgas, groupes de musiciens costumés qui rivalisent au son des tambours, après s’être entraînés une partie de l’année. Bien sûr, pendant la dictature le carnaval était interdit comme susceptible d’entraîner des débordements.  

    

      Murga dans les rues de San Telmo.                 Diables dans la quebrada de Humahuaca.

Mais il y a aussi des manifestations plus intimes, mêlant coutumes locales et costumes d’origine européenne dans des bals ou petits défilés, et ce sont celles-ci qui donnent lieu aux rencontres amoureuses chantées dans plusieurs tangos : « Mascaradas » , « En el corsito del barrio » , « Siempre es Carnaval » ou « Carnaval de mi barrio « , entre autres. Dans ce dernier tango revient d’ailleurs  le mot du grelot, associé au rire :  » Carnaval de mi barrio / Donde todo es amor / Cascabeles de risas / Matizando el dolor ».  « Cascabelito » est donc dans le ton, avec une alacrité ensoleillée !

En ce qui concerne le tango lui-même, on peut s’intéresser aux auteurs et je conseille de consulter le site d’une association qui les présente en détail car leur parcours ne manque pas de pittoresque ! Jose Bohr ( 1901-1990 ), l’auteur de la musique, a en effet été chanteur et musicien au Chili puis en Argentine, mais son originalité tient au fait qu’il a inventé la scie musicale, en constatant que les scies égoïnes qu’il utilisait pour ouvrir les caisses de pianos importées dans une maison de musique à Buenos Aires, pouvaient émettre des sons mélodieux. Quant à Juan Andrés Caruso ( 1890 – 1931 ) , journaliste en vogue, puis auteur de théâtre, il écrit des tangos qualifiés de pintoresquitos, car ils décrivent des saynètes de la vie courante, comme c’est le cas dans le tango qui nous intéresse. Un autre tango célèbre de ce poète : « La Ultima Copa ».  Voir le site fondationvillaurquiza.com pour plus de détails.

« Cascabelito » date de 1924,  mais j’ai une nette préférence pour la version enregistrée en 1955,  par Pugliese et que vous pouvez écouter sur You Tube, ci dessous, avec Jorge Maciel au chant. Pourquoi ?  Parce que, à mon sens, l’arrangement fait par le maestro lui donne toute la théâtralité voulue par Caruso et que la technique orchestrale soutient cette intention. Les violons suspendent l’ouverture à une sorte de prélude, attente que les partenaires devraient s’imposer avant de danser, en s’invitant à une sorte de recueillement mutuel. La voix du chanteur, qui vient alors rapidement, est soutenue par les marcatos du bandonéon et souvent modulée dans des inflexions mélodieuses qui incitent à des pauses. Ce tango inspire une danse à la fois simple et théâtrale, d’autant que la voix désuète de Maciel entraîne un peu hors du temps. C’est une très belle version mais il en existe d’autres intéressantes : celle d’Angel  d’Agostino ( Ricardo Ruiz au chant ) 1953 ; Florindo Sassone ( Oscar Macri, chanteur ) 1970 ;  Armando Lacara ( Angel Vargas au chant avec une diction parfaite et expressive ) . Enfin au titre de versions historiques, celle de Carlos Gardel, s’accompagnant à la guitare ( 1924 ) et celle de Francisco Canaro         avec Ada Falcon au chant ( 1930 ). On trouve ces versions sur You tube ou sur divers sites de tango, todotango.com, notamment.

 

Bonne écoute et belle danse ! Avec Osvaldo Pugliese c’est toujours un régal…

par chabannonmaurice

L’ENERGIE DES FEMMES ARGENTINES.

       Bien au delà des préoccupations culturelles et sociales du tango, tout le monde a entendu parler des « Mères de la Place de Mai » et de leur lutte énergique, silencieuse et efficace contre la dictature, de sinistre mémoire en Argentine. Les tortures, disparitions, enlèvements d’enfants et autres exactions se sont peu à peu révélées grâce à l’action opiniâtre des femmes devenues depuis grands-mères et relayées par les femmes de leur descendance et aujourd’hui encore, on retrouve la trace d’enfants retirés à leur famille pour être adoptés par d’autres. La littérature s’est d’ailleurs emparée de quelques uns des récits terrifiants de cette période dont les Argentins eux-mêmes n’aiment pas toujours parler. Je vous conseille entre autres deux ouvrages qui révèlent que les pratiques violentes de cette période ont perduré secrètement pendant quelques années après le retour de la démocratie : « L’Echange » de Eugenia Almeida ( Métaillé 2016 ) et « Double Fond » de Elsa Osorio ( Métaillé 2018 ). A noter au passage que cet éditeur a un excellent catalogue de littérature hispano-américaine.
   Cette énergie, contrepoids féminin d’une période particulièrement rude, nous l’avons vue en action dans des manifestations à Buenos Aires où les femmes n’étaient pas les moins dynamiques. J’y fait allusion dans mes deux romans précédents, notamment dans « La Dernière Cuite ». Nous avions d’ailleurs, à l’époque, suivi les manifestants et discuté avec certains d’entre eux pour comprendre les revendications qui portaient alors sur le financement de l’Education et sur le sort des vendeurs de rue, pour la plupart des nativos, alors nombreux dans les rues commerçantes. L’atmosphère bon enfant et souvent humoristique et critique par rapport aux politiques, était rythmée par des chants et des bruitages avec des instruments de toutes sortes . Entraînant !

 
   Dans le cadre de la récente Semaine des Droits des Femmes, j ‘ai retrouvé cette énergie joyeuse et communicative dans le tout récent documentaire de Juan Solanas  » Que sea ley !  »  » Que ce soit loi !  » ( présenté dans les salles sous le titre « Femmes d’Argentine » ) et dont la projection a malheureusement dû être écourtée par la fermeture des salles. En 2018, fasse aux tergiversations du Parlement Argentin concernant la légalisation de l’avortement, les femmes se sont mobilisées et ont manifesté dans la rue dans une ambiance survoltée, rythmée par les bombos. Toutes portent un foulard vert, réplique de celui des Madres de Mayo, blanc. Face à la toute puissante église catholique et aux évangélistes pro-vie qui installent une déferlante sur le continent sud-américain, sans parler de l’inertie médicale qui en résulte, les manifestantes déploient une énergie militante que le réalisateur justifie, en entrecoupant son récit de témoignages saisissants d’avortements clandestins. Cette première mobilisation n’a pas réussi à vaincre les réticences des députés, mais, avec le nouveau Président, Alberto Fernandez, les femmes devraient obtenir gain de cause, car il va proposer une loi légalisant l’IVG. Ne manquez pas ce film sensible quand il sera à nouveau projeté, mais vous pouvez voir différentes bandes-annonces sur You Tube.

   C’est cette  énergie féminine dans divers domaines qui m’a frappé, au hasard des rencontres que nous avons pu faire et qui nous a parfois emportés dans un tourbillon dynamique et toujours surprenant. De l’animatrice de Milonga à la danseuse, en passant par la chanteuse expressive et la bandonéoniste inspirée, toutes ces femmes respiraient, au moins en apparence, la joie de vivre et de partager celle-ci. Certes, les femmes argentines ne sont pas les seules à détenir ces vertus et je connais bien des Européennes qui se sont illustrées dans des circonstances historiques ou plus quotidiennes. Mais s’agit-il d’une énergie d’essence féminine ?  Celle qui résulte du pouvoir de donner la vie ? Celle qui se réfère à La Pachamama ? ( voir mon article du 17/03/2015 )

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J’apprends ce jour le décès récent d’un autre ami argentin, Carlos Zito, écrivain, journaliste, vidéaste et photographe, qui avait approché les plus grands : Borgés, Piazzolla, Ferrer … Il était toujours à l’affût des événements qui pouvaient nous intéresser et s’empressait de nous en informer. Il nous a fait découvrir des lieux insolites, comme le Bar El Banderin qui collectionne les emblèmes footballistiques et mis en contact avec des personnalités diverses, chanteurs et musiciens.  Son épouse, Claude Mary est française et correspondante de plusieurs journaux de notre pays. C’était un homme passionné et passionnant et qui partageait l’amour qu’il portait à son pays. Ci dessous un article de presse qui lui rend hommage :

http://www.elcorreo.eu.org/Carlos-A-Zito-une-perte-dans-le-journalisme-et-le-monde-litteraire

par chabannonmaurice

ECRIRE A NOUVEAU : JE SUIS DE RETOUR !

      Amis de l’Argentine, de sa culture et du tango, amis danseuses et danseurs, je suis de retour après presque 2 années de silence… et à la faveur du confinement qui nous sépare momentanément les uns des autres. Ecrire est aussi une thérapie…

   Depuis mes derniers articles, début 2018, nous n’avions pas pour autant rompu ni avec la musique et la danse, ni avec avec tous les amis et connaissances restés là bas et nous avons appris avec tristesse la disparition de plusieurs d’entre eux, souvent rencontrés par le biais du tango. Je pense en particulier à Ruben Reale, l’animateur dynamique et souriant du groupe qui a présidé à la conception et l’érection du monument à la gloire du bandonéon ( voir mes articles des 29/11, 9/12 et 10/12/2017 ). Il nous avait reçu chez lui et introduit à l’Academia Nacional del Tango. Il nous avait fait connaître Gabriel Soria, l’actuel Président de cet organisme si important pour la mémoire du tango. Nous avons aussi été émus par la mort brutale de Julio Balmaceda, Maestro avec lequel nous avions pris des cours à Tarbes, à l’époque où il dansait avec Corina de la Rosa et manifestait une joie exhubérante à la perspective de la naissance de sa petite fille. « La Salida » dans son numéro 117 de février-mars 2020 lui rend hommage. Ces deux hommes, par leur sourire contagieux et leur grande culture du tango, incarnaient toute la convivialité qui émane de notre danse favorite et en favorise la transmission. Les souvenirs heureux sont des liens solides et nous restons très attachés à ce pays dont l’histoire politique, économique et culturelle vient de connaître un nouveau revirement avec l’élection d’un Président de la République de gauche. Si vous voulez avoir des nouvelles diverses de ce pays, consultez régulièrement le site de Denise Anne Clavilier, par ailleurs auteure déjà citée d’une anthologie bilingue du tango, et de plusieurs ouvrages sur les grandes figures de la guerre d’Indépendance en Argentine : les généraux San Martin et Belgrano. http://www.barrio-de-tango.blogspot. com

     

Ci dessus Ruben Réale, le Monument au Bandonéon et Julio Balmaceda

   Alors, pourquoi un si long silence ? D’abord parce que nous n’avons pu effectuer de nouveau séjour dans notre pays de prédilection et que je n’avais pas motif à alimenter mes chroniques. Mais, en dehors des soucis d’un déménagement, j’étais  surtout accaparé par la rédaction, la mise en forme et la fusion, en un nouveau recueil, d’écrits épars auxquels il fallait trouver une unité. C’est fait et nous en sommes avec l’aide d’amis, à la mise en forme et en page. Je vous en reparlerai bientôt plus en détail et vous révélerai en temps utile le fil rouge. Mais, en ces temps difficiles, je voudrais d’abord parler du besoin d’écriture que chacun peut porter en soi et qui justifie aussi la reprise de ce blog comme moyen de communication. Si lire est une activité à la portée de chacun à condition d’en avoir le goût, le temps et les facilités, par exemple par la proximité d’une librairie ou d’une médiathèque, écrire se révèle plus difficile car cela exige inspiration et recueillement… Mais j’ai toujours aimé le faire, de la simple lettre familiale à l’adresse revendicative auprès des autorités locale ou nationales, sans parler d’écrits plus intimes. Sans prétendre me comparer  aux grands écrivains, je sais que beaucoup ont décrit le vertige de la page blanche, le plaisir d’aligner les mots et la difficulté de le faire au mieux !  Pour d’autres et pour moi, le besoin d’écrire ne serait-il pas aussi une résistance au fait que nos pratiques de communication tuent le désir du mot et encouragent la facilité paresseuse ?  Je hais les abréviations de commodité, de plus en plus courantes dans la conversation, les textos lapidaires et parfois idiots, l’argot de bon ton chez les jeunes – et leurs imitateurs ! – et qu’on veut faire passer pour un mode de culture. Est-il si difficile de dire petit déjeuner plutôt que « petit déj », d’écrire  » je vous aime » , plutôt que d’envoyer des émojis en forme de coeur, fussent-ils en brassée, et d’éviter ces « meufs », à connotation méprisante ?  On me trouvera sans doute rétrograde et on dira que c’est l’ancien professeur de lettres qui parle, mais la culture, sous toutes ses formes est d’abord un effort.  Celui de respecter les mots, de les cultiver, de garder leur saveur paraît essentiel. Un des mes petits enfants un jour, m’a dit gentiment que j’employais parfois des mots du Moyen Age ! Mais je n’ai cessé de leur dire que, quelle que soit leur profession, ils auraient sans doute besoin de quelques uns d’entre eux, pour aboutir à un langage, non seulement expressif, mais aussi policé. Autre signe des temps : la raréfaction des belles émissions littéraires et les Bernard Pivot et Alain Rey se font rares : eux connaissaient la saveur des mots.Mais peut être bien que les temps présents vont nous inciter à la redécouvrir… 

   Ecrire, c’est ensuite trouver un sujet d’inspiration, même s’il peut paraître futile comme le tango, objet de mes écrits récents, avec l’envie de partager une histoire, une sensation, une admiration ou une fiction. C’est aussi se nourrir des premiers écrits qu’on a commis, pour aller au delà dans ceux qui suivront, aussi bien dans le sujet que dans la forme. Ce peut être aussi s’inscrire dans un sujet d’actualité : le contexte actuel va assurément inspirer des écrivains qui jusque là avaient fait une fiction des situations de catastrophe, tandis que d’autres se lanceront dans des oeuvres facilitant rêve et évasion face à l’angoisse quotidienne.

   Ecrire, c’est ensuite choisir des mots pour bâtir des phrases et veiller à leur correction et à leur élégance. Ce n’est pas le plus facile surtout si l’on se croit une certaine aisance dans le maniement de la langue : être attentif au sens que percevra le lecteur, pratiquer l’épreuve du « gueuloir » à l’imitation de Flaubert, pour juger des sonorités et du mouvement de la prose, prendre du recul pour des relectures, des retouches et des abandons. Il faut à la fois patience et humilité… et silence. Mais comme je n’ai jamais écrit pour la gloire, ni pour un quelconque prix littéraire, je me plie assez bien à l’exercice, bien que cela demandât du temps pour assurer la cohérence de l’ouvrage notamment. Surtout quand il s’agit de récits et nouvelles, comme dans le livre auquel je mets la dernière main. Mais j’en parlerai dans mon prochain article.

A bientôt, amis lecteurs, danseurs et musiciens…

Note complémentaire : J’ai fait référence à « La Salida », magazine du tango argentin, publié par l’Association  » Le temps du tango ». Cette publication est riche de découvertes pour un prix modique. Vous y trouverez notamment un cahier intérieur  » Cafetin de Buenos Aires » dans lequel sont regroupés des tangos et leur traduction, autour d’un thème,  et vous pouvez les écouter sur le site. Mais le Président a récemment attiré l’attention sur les difficultés rencontrées pour maintenir ce journal. Cela risque d’être aggravé par la mise en sommeil des activités et notamment des cours et milongas. Défendez ce magazine de qualité en vous abonnant vite : contact@letempsdutango.com.         

par chabannonmaurice

PROLONGER LE VOYAGE EN ARGENTINE : Lire…

Avec la même démarche que celle que nous effectuons pour la préparation du voyage, lire des ouvrages se rapportant à l’Argentine et au tango est une manière d’enrichir et de prolonger le séjour. Nos enfants et amis le savent qui alimentent généralement notre bibliothèque, particulièrement au moment des fêtes de fin d’année. Ci dessous un échantillon de ce que nous avons lu :

« La disparition de Josef Mengele » : roman d’Olivier Guez – Grasset 2017 – ( Prix Renaudot ) : c’est un roman historique d’un auteur qui affectionne ce genre. Pour les connaisseurs de l’ histoire argentine, il rappelle que grâce à Perón, le pays a pratiqué un accueil bienveillant voire complice à un certain nombre d’anciens nazis et le docteur Mengele, chargé d’un programme génétique diabolique et inhumain, n’était pas des moindres. Notre homme débarque à Buenos Aires, en juin 1949, sous l’identité falsifiée de Helmut Gregor, à un moment où « Le rédempteur et l’opprimée : Juan et Evita Perón s’affichent triomphalement sur tous les murs de la capitale. » Commence alors une errance mouvementée sous la pression d’une traque inlassablement menée par la justice allemande, le Mossad israélien, la presse et des limiers de divers pays. Mais les complicités argentines, de la diaspora allemande notamment, sont nombreuses. S’ensuit une trajectoire incroyable de trente années, à travers divers lieux d’Argentine, pour nous à vocation touristique, comme Bariloche, mais aussi en Uruguay où il se marie , au Paraguay et enfin au Brésil où Mengele meurt mystérieusement sur une plage. On croise évidemment en cours de route une multitude de personnages d’Amérique latine, d’Israël et d’Europe, à partir d’une documentation étoffée que l’auteur énumère à la fin du roman. Le roman tient en haleine et le lecteur se demande constamment comment va finir la traque, même quand on en connaît historiquement l’issue. « Seule la forme romanesque me permettait d’approcher au plus près la trajectoire macabre du médecin nazi », dit l’auteur et il faut reconnaître que le lecteur suit, dans la connivence avec ces intentions.

«  L’échange » dont on ne sait trop s’il s’agit d’un récit, d’un roman ou d’un roman policier – Métaillié 2016 – est écrit par Eugenia Almeda, auteure argentine qui l’a en partie rédigé en résidence en France. A partir du suicide spectaculaire d’une jeune femme , un journaliste, Guyot soupçonne autre chose derrière les faits  » Il paraît qu’elle s’est plantée à la porte du bar et qu’elle a attendu un moment. Quelques minutes après, un type est sorti. La fille a braqué un flingue sur lui. Le type n’a pas réagi. Ensuite elle aurait dit quelque chose. Elle continuait à le viser. Quand il s’est éloigné calmement, elle a retourné l’arme contre sa poitrine et elle a tiré. » Guyot va tenter de décrypter ce fait divers dans une Argentine qui n’a pas exorcisé tous ses démons. Pour ma part, au delà de l’histoire, j’ai trouvé le style déroutant parce qu’il utilise beaucoup de conversations, communications téléphoniques et crée, comme le dit une critique,  » un vertige narratif » . Peut-être s’agit-il d’un ouvrage qu’il faut relire deux fois…

«  Gran cafe Tortoni » est une bande dessinée de Philippe Charlot et Winoc – Grand Angle 2018 Bamboo Edition – que j’ai voulu lire après la critique parue dans La Salida n° 108, d’avril-mai 2018. L’intention du scénariste est, autour d’une histoire somme toute banale – celle de la recherche d’un maestro, danseur mythique – d’évoquer la riche histoire de ce haut-lieu portègne fréquenté par les artistes et intellectuels de la grande histoire du tango. Mais le scénario, un peu tortueux à mon sens pour évoquer ces clients célèbres, et le graphisme habile et parfois humoristique, n’arrivent pas évoquer ce café, où malgré les touristes qui s’y pressent en files serrées, règne une atmosphère particulière, sans doute transfigurée par ce que chacun y apporte de sa connaissance du tango. Mais comme je ne suis pas fanatique de bande dessinée je ne suis sans doute pas assez objectif. Mais la bande dessinée est-elle adaptée à un lieu aussi chargé d’Histoire et de milles petites histoires ?

Dans un prochain article, je parlerai d’autres ouvrages, avant de revenir ensuite à quelques-uns de mes tangos préférés.    

par chabannonmaurice

AUTRES RENCONTRES, autres lieux… 2

Bien que des articles précédents aient déjà parlé de ce  salon de coiffure atypique, je veux revenir sur “La Epoca”  dans lequel nous nous rendons à chaque séjour, parce qu’il est un des hauts-lieux du tango populaire à Buenos Aires, à la fois pittoresque, émouvant et enchanteur. D’abord par le cadre : cette peluqueria est ouverte au clients mais c’est un extraordinaire musée où son patron, a rassemblé un bric à brac d’objets, matériels, cosmétiques en tous genres, publicités relatifs à la coiffure. Le matériel ancien, sièges et séchoirs, déborde jusque sur le trottoir. De quoi attirer l’attention du chaland. Le maître des lieux et ses employés arborent une tenue stylée impeccable, très début du siècle dernier et affichent une convivialité teintée d’un bel humour. On n’y rase pas gratis, mais le salon passe pour un des plus raffinés, non seulement pour la coupe mais aussi pour la barbe et les moustaches … Cette année, on y formait un apprenti qui était dans le ton, gominé à souhait. La coiffure traditionnelle s’y perpétue donc avec bonheur et tout le personnel est d’une grande amabilité, au risque d’en rajouter un peu.

               

             

Mais surtout, ce salon minuscule partage l’espace avec un café attenant, de la largeur d’un couloir, avec un alignement de quelques tables et chaises où l’on peut consommer et cet endroit est garni, chaque fois que s’organise une peña, à l’initiative des gens du quartier. C’est alors un extraordinaire rassemblement de chanteurs amateurs, dans une émulation amicale, car le café a ses habitués. La plupart se sont mis sur leur trente et un, parfois d’une manière baroque et attendrissante : on pourrait se croire dans un film, d’autant que la conviction des chanteurs s’appuie sur les gestes mélodramatiques du tango. Commence un récital où les voix mal assurées rivalisent avec d’autres, plus aguerries, et empruntent au répertoire, non seulement du tango mais aussi du folklore, parfois au registre espagnol car on y a vu, un jour, un concert de castagnettes et tambourin. Un bandonéoniste est là pour l’accompagnement et s’accommode de tous les répertoires. Chacun écoute avec respect les interprètes qui se succèdent et la plupart fredonnent en sourdine les paroles qu’ils connaissent, bien sûr. Quant aux touristes, rares, car il faut connaître le lieu, ils sont vite adoptés car les gens ont compris qu’ils sont dans l’esprit de la peña. Ce jour là un autre couple de Français était là et Serge s’est même risqué à chanter. Ils sont même intégrés à la tombola qui offre des petits souvenirs choisis ou fabriqués par les participants. Tout cela sous l’oeil bonhomme du patron, entre deux coups de ciseaux. C’est un lieu où il faut aller avec l’idée de découvrir un tango authentique, celui que l’on chante dans les familles et dans les barrios.

                            

                            

 

C’est aussi le cas au Bar « Los Laureles », Iriarte 2290, Barracas Sur, que j’ai déjà décrit à l’occasion d’une soirée peña ( voir mon article du 12/01/2016 ). Cette année, nous y avons rejoint des amis pour un dîner suivi d’une milonga. Un concert de bandonéon précédait le bal du jour, avec un musicien expressif, au répertoire varié : c’est toujours plaisant de découvrir ces artistes anonymes qui n’ont pas la faveur de la lumière des grandes salles.

                                                   

Le bar organise plusieurs milongas dans la semaine et celle du soir était La Milonguita Empastada, musicalité avec des disques vinyles. C’est une milonga sans prétention, avec les gens du quartier qui arrivent souvent à pied et quelques autres habitués qui recherchent cette ambiance familiale. On boit, on mange la cuisine locale et on s’interrompt pour aller danser une tanda… C’est ce genre de lieu que nous apprécions pour son authenticité.

                                           

par chabannonmaurice

A BUENOS AIRES, RENCONTRES INSOLITES ET HEUREUSES ! 1

Si la découverte de lieux nouveaux est toujours possible, avec le renouvellement propre à une grande ville qui bouge toujours, la rencontre avec des personnalités diverses, célèbres ou plus anonymes reste parmi les moments marquants, et lors de notre dernier voyage nous avons été comblés sur ce point. En effet, en prolongement ou en dehors de nos rencontres à l’Academia Nacional del Tango, nous avons eu l’occasion de côtoyer diverses personnes intéressantes et souvent liées au tango et à la culture argentine.

La personnalité majeure que nous avons rencontrée, est sans nul doute Oscar Fresedo, neveu d’Osvaldo Fresedo, le reconnu bandonéoniste, chef d’orchestre et compositeur ( 1897 – 1984 ), auteur de la musique de nombreux tangos sur lesquels nous dansons ( « Arrabalero »,  » El Once »,  » Sollozos » ou « Vida mia »… ).  Oscar perpétue, avec une énergie communicative, une lignée familiale liée au tango, car son père Emilio ( 1893-1974 ), le frère d’ Osvaldo, était violoniste et auteur de letras. On lui doit en particulier la musique et le texte de « Paseo de Julio », chanté par Carlos Gardel. Oscar a repris le flambeau de la lignée et a composé des textes pour son oncle, dont l’orchestre a eu une longévité et une célébrité remarquable. Mais il  a travaillé  avec des compositeurs divers, dont Piazzolla, toujours à des letras assez lyriques et plutôt pour des tangos cancións. Nous l’avons rencontré d’abord lors d’un repas commémoratif organisé par le groupe du monument au tango ( voir mon article du 28/11/2017 ), puis il nous a accompagnés le même jour, lorsque j’ai présenté mon roman à Gabriel Soria : il faisait partie du cercle des invités, intrigué par notre approche de la culture argentine. Et, en attendant le Président de l’Academia, il a été notre guide dans le musée pour nous présenter lui-même la vitrine consacrée à sa famille et commenter les documents qui y figurent. Quel moment, mais ce n’était pas fini !…

    

Car le soir il a voulu aussi être avec nous au Bar « Sur », où le patron, Ricardo Montesilva nous avait invités pour une soirée spectacle, prévue pour les touristes, ce qui n’est pas notre recherche habituelle. Mais il faut reconnaître que, dans ce bar intimiste et historique, la soirée était de qualité. Et hospitalité oblige, Oscar a tenu à nous raccompagner dans sa voiture : un des Maîtres du tango, d’un âge certain, au volant dans Buenos Aires, la nuit… Tout cela dans la plus grande simplicité et la meilleure convivialité.  Inolvidable !

       

Moins intimidantes, mais tout aussi pitttoresques ont été les rencontres avec Elena de San Telmo, antiquaire spécialisée dans les revues, disques et autres documents originaux et authentiques sur les années brillantes du tango. Nous la connaissons depuis quelques années déjà : elle approvisionne, entre autres, les collections d’André Vagnon qui échange avec elle des raretés françaises contre des antiquités argentines du tango : voir mon article du 12/03/2016. Son magasin est à San Telmo, dans le mercado, et son bureau dans la Rue Bolivar, au dessus d’un bouquiniste. Nous l’avons rencontrée une première fois, entraînés par André qui lui a remis un paquet surprise, mais elle a manifesté le désir de nous revoir… et avait préparé un cadeau pour chacun d’entre nous : affiche ancienne de Gardel, partitions dédicacées, brochures en tirage limité sur des compositeurs … Encore un signe de la générosité argentine !

                                            

Enfin, lors de l’exposition organisée par Maria Rosa Braile à l’Ateneo, dont j’ai parlé dans un article précédent, nous avons croisé un peintre-danseur ou danseur-peintre, Guillermo Alio , qui travaille régulièrement à Caminito à La Boca, et qui est déjà venu en France, pour des cours avec Marina Caranza et Jean Ronald Tanham,  et en 2015, pour une performance dans le cadre du Festival de Tarbes, où il peignait en dansant ! Vous pouvez voir cet événement sur You Tube et découvrir quelques-uns de ses tableaux sur internet. C’est un personnage chaleureux et pittoresque, qui doit cependant utiliser une partie de son temps pour peindre des oeuvres mineures pour touristes, devant le café tenu par son épouse… Il dessine habilement et avec virtuosité, à partir d’un prénom, d’un mot, d’une phrase, d’un croquis…. et il a tenu à exécuter et dédicacer pour nous une de ces petites saynètes dont il a le secret… Toujours la gentillesse, la disponibilité et l’hospitalité !

                 

Comment ne pas aimer ce pays qui vous procure toutes ces rencontres fortuites et si enrichissantes, car chacune, dans son registre, nous parle du tango et de la culture ?

par chabannonmaurice

MOMENTS CULTURELS et LIEUX HISTORIQUES à Buenos Aires.

 

J’ai déjà eu l’occasion de mettre en avant le rôle éminent de Buenos Aires comme capitale culturelle de l’Amérique latine, dans mon article du 17/12/2015. J’insistais sur le fait que des lieux mythiques avaient été intelligemment restaurés, transformés, adaptés et remis ainsi en valeur pour y servir de cadre à des manifestations diverses.

Au cours de notre récent voyage, nous avons découvert l’ Ateneo, Gran Splendid, Santa Fe, 1860 (Recoleta) : c’est un ancien théâtre à l’italienne dans lequel s’est installée la plus grande librairie d’Amérique latine. C’était sans doute le moyen de lui conserver son cadre luxueux et de sauver ce lieu historique. En effet, cet endroit est largement lié à la trajectoire du tango, notamment parce que son premier propriétaire et initiateur, Max Glücksmann, qui le fit créer et ouvrir en 1919, était impresario et assura la promotion d’artistes comme Carlos Gardel, Francisco Canaro ou Roberto Firpo. Non seulement en les produisant sur scène, mais aussi à la radio qu’il avait créée en 1929, “Radio Splendid”, et en les enregistrant grâce à la compagnie “Nacional Odeón” dont il était le manager. Il a d’ailleurs fait connaître beaucoup d’artistes à l’époque où les enregistrements ont fait énormément pour la promotion du tango. L’Ateneo est donc, pour celui qui en connaît l’histoire, un lieu où flotte l’esprit de l’âge d’or. Plus tard, vers 1929, le théâtre fut transformé en cinéma et on y projeta les premiers films parlés et chantés. En 2000, les lieux furent acquis par un groupe qui le transforma en librairie, avec un rayon musique, en le faisant rénover par des architectes compétents. Le parterre, le balcon et les galeries comportent ainsi des rayonnages et il a été ménagé des lieux de lecture un peu partout et notamment dans les loges.

 

                  

Un café restaurant, sympathique, mais cher par rapport aux restaurants portègnes, occupe la scène, mais il est plaisant de consommer un verre de vin ou un cortado dans ce lieu extravagant, où il faut prendre le temps non seulement de feuilleter et choisir les livres, mais aussi d’admirer le plafond en dôme, orné d’une belle fresque. Une salle présente régulièrement des expositions d’artistes  et nous avons eu l’occasion d’assister au vernissage d’une d’entre-elles, mettant en valeur un choix des oeuvres de cinq femmes dont une amie, Maria-Rosa Braile, sculptrice reconnue et initiatrice de l’événement.

                                           

Depuis sa réfection, Le Teatro Colón présente chaque année un programme de qualité : opéras, ballets et concerts et nous avons pu cette année encore assister à un spectacle d’opéra. J’ai déjà, dans mon article du 05/12/2014 vanté la beauté et l’acoustique excellente de ce joyau de la ville où les gens se pressent sans décorum excessif. Cette année, nous avons vu “Andrea Chénier” de Umberto Giordano, un opéra méconnu qui se retrouve cette année à l’affiche de plusieurs salles du Monde. Il relate les démêlés du poète français André Chénier avec les révolutionnaires pendant la Terreur sur fond, bien sûr, d’amour contrarié. La musique très belle, ( Callas en a illustré plusieurs airs ), la cohérence de la mise en scène, des interprètes, des costumes et des décors, nous ont fait passer une soirée excellente. Mais là encore, la qualité du cadre compte dans l’impression générale. Il faut voir, une fois au moins, une représentation au Colón et en s’y prenant à l’avance on trouve des places en galerie à un prix abordable, et d’où l’on voit et entend parfaitement bien. Le teatro a un peu délaissé le tango au profit d’autres lieux qui lui sont dédiés mais n’oublions pas que, dans le passé, de grands artistes, musiciens et danseurs s’y sont produits ( Charlo, Sassone, Rivero, Salgan, Troilo, Pugliese,Piazzolla, Baltar… ) Et Evita Perón sut utiliser habilement l’Opéra pour plusieurs galas, avec un savant mélange politique et culturel au profit du péronisme. Le programme du 26 juin 1950, hommage au Général-Président, s’ouvrait par l’Hymne national argentin, la marche “ Los Muchachos peronistas”, la marche de la CGT et affichait, entre autres vedettes, Troilo, De Angelis, Nelly Omar, Alberto Marino, d’Arienzo, De Caro et Varela… Le gratin du tango !

                   

                                 

Et si vous suivez ce conseil ne manquez pas d’aller goûter au délicieux chocolat, la boisson réputée du “Petit Colón”, un bar notable tout proche de l’Opéra, avec vue sur la très belle Place Lavalle, entourée d’immeubles imposants.

                   

Enfin pour compléter sur une note gastronomique, mais sans oublier le tango, le restaurant El Tropezón, Avenida Callao 248, vient de rouvrir en septembre 2017, à l’emplacement qu’il occupe depuis 1926, après d’autres lieux, depuis sa création en 1896 par des Espagnols des Asturies et de Gallice. Son nom désigne une sorte de soupe avec des morceaux de jambon et des légumes. A Callao, il était alors fréquenté par des personnalités : Federico Garcia Lorca,  Discépolo, Troilo… entre autres, et surtout Carlos Gardel qui y avait sa table réservée pour déguster el puchero de gallina, une sorte de poule au pot avec du maïs. Les politiques s’y pressaient aussi en nombre car le Congresso n’est pas loin. Le lieu a été rénové avec goût, dans le style d’origine, et l’atmosphère y est animée, autour d’une cuisine soignée et délicieuse. Ne manquez pas le matembré, un plat typiquement argentin, et notez que le plat gardelien est servi surtout en hiver et certains jours seulement. Réserver à l’avance est prudent. L’accueil est à la fois stylé et chaleureux, et le Maître d’hôtel, avec lequel nous parlions du lieu, nous a fait le plaisir de visiter la cave où Troilo et quelques amis dégustaient le viejo vino Carlón ( voir photos ci-dessous )Il est d’ailleurs question de ce plat et du vin dans le tango « Pulcherito de Gallina », paroles et musique de Roberto Medina,  à écouter et lire sur le site de Todo Tango, chanté par E. Rivero. C’est ce morceau, qu’elle écoutait quand elle était petite, qui a incité la nouvelle propriétaire à réinvestir les lieux qui étaient occupés par d’autres commerces et qu’elle a fait restaurer dans le style ancien, notamment avec la verrière.

                                             

         

A Buenos Aires, le tango n’est jamais loin et souvent là où on ne l’attend pas… A votre santé !

                               

par chabannonmaurice

A LA DECOUVERTE DES MISSIONS JESUITES.

Depuis que nous nous rendons en Argentine, nous n’avions pas découvert la Province de Misiones dont on nous vantait pourtant l’intérêt. Mais nous avions déjà eu l’occasion de mesurer l’importance des traces et vestiges laissés par les Pères de la Compagnie de Jésus, à Buenos Aires où la Manzana de la Luces et quelques bâtiments attenant sont les seuls constructions restantes, ou à Cordoba où la Manzana Jesuitica occupe tout un pâté de maisons et témoigne de la puissance de l’Ordre. Mais nous n’avions guère approfondi le rôle joué par les Missions, notamment avec les expériences agraires menées dans les grandes estancias de la région de Cordoba, ou sociales avec  » la République guarani » du Nordeste. Tout au plus avions-nous le vague souvenir d’un film qui était consacré à la manière dont les Jésuites avaient approché l’évangélisation des autochtones.

De nombreux écrits relatent et analysent cette expérience et on peut aussi trouver des articles détaillés sur internet. J’ai pour ma part lu un ouvrage conséquent et bien illustré de Sélim Abou  » La République jésuite des Guaranis (1609 – 1768 ) et son héritage ( Perrin Editions 1995 ), ouvrage qui figurait entre autres, dans la bibliothèque de l’Estancia Inès dont j’ai parlé précédemment. Cet ouvrage analyse clairement la genèse de cette aventure, en la replaçant dans la veine des mouvements religieux et philosophiques qui cultivaient le goût de l’utopie, de l’émancipation et au final des Lumières, car même Voltaire qui n’était pas suspect de complaisance vis à vis de la religion, fut intéressé par les missions jésuites.  Délégués par la couronne d’Espagne comme évangélisateurs, en rivalité avec les bandeirantes de soldats et colons portugais qui leur disputaient la Province jésuite du Paraguay à cheval sur la Bolivie, l’Argentine, le Pérou, le sud du Brésil, l’Uruguay et le Chili…ils voulaient selon les termes de Raynal, essayer de soustraire les indiens à l’esclavage et « d’en faire des chrétiens qu’après en avoir fait des hommes.» L‘encomienda réduisait en effet les autochtones à la servitude la plus dégradante puisque les esclaves étaient exploitables à merci.

                                      

Carte des missions jésuites dans le Nordoeste.

Les Jésuites rencontrèrent des difficultés avec certaines tribus nomades mais surent intégrer l’organisation civile, économique, militaire et religieuse des Guaranis. Ceux ci pratiquaient une sorte de démocratie villageoise participative sous l’autorité d’un cacique et croyaient à un Etre Suprême et à une Terre sans Mal, sorte de paradis… Ils avaient développé certaines cultures, notamment celle du maté. L’habileté des Jésuites fut donc, dans les « Reductiones », de reprendre cette organisation pour l’intégrer dans un système architectural induisant un mode de vie collective autour de l’église, mais aussi de la place centrale, des jardins collectifs et privatifs, des maisons familiales et des ateliers où les indiens émancipés de l’esclavage apprenaient un métier, notamment pour nourrir, construire et embellir les villages. Un cabildo, sorte de conseil municipal, gérait la vie et la défense du village.

             

Cette organisation se lit parfaitement dans la plupart des Missions que nous avons visitées, surtout celles les mieux conservées ou restaurées parmi toutes celles établies dans les divers pays : San Ignacio Mini en Argentine, et Jesus et Trinidad au Paraguay. Les vestiges permettent d’imaginer la vie dans ces villages, dont certains accueillaient près de 7000 habitants et dont le rayonnement culturel était solide. Par exemple c’est à Loreto en Argentine que fut imprimé le premier livre de ce pays et c’est aussi dans les missions qu’un art baroque spécifiquement marqué par les artisans guaranis put enjoliver l’architecture et sans doute aussi la musique, à travers les choeurs et orchestres.

                              

         

Dans ces décorations ouvragées, mettant en valeur les couleurs chaudes de la pierre,on remarquera les anges en forme de sirènes, bon exemple du syncrétisme religieux, et la finesse de l’ange harpiste.

On sait que la puissance et le prestige acquis par les Jésuites inquiéta vite les puissances européennes dans le contexte de la controverse de Valadolid et de la contestation de l’esclavage, et que la couronne d’Espagne, encouragée par celles de France et du Portugal, finit par décréter l’expulsion des Pères. Les missions et les estancias qui en dépendaient furent pillées, saccagées et les populations locales abandonnées à leur sort et à des partages politiques difficiles. La grandeur déchue des ruines qu’on visite permet d’imaginer leur désarroi, car ils avaient peu à peu acquis une manière de voir le monde et de comprendre la vie, différente de ce qu’était leur culture initiale. Il leur était aussi difficile d’ admettre cet “abandon” par les Jésuites. Le film Mission, réalisé par Roland Joffé, Palme d’Or au Festival de Cannes en 1986, se situe à cette période trouble de l’expulsion et des exactions commises par les troupes portugaises pour reprendre pied dans les territoires pacifiés par les Jésuites. Il montre aussi le états d’âme qui pouvaient être ceux des religieux abandonnant leurs ouailles.

                                     

Mais on se rend compte aussi combien cette expérience a marqué les pays concernés et tout particulièrement l’Argentine qui, en donnant à une de ses Provinces, le nom de Misiones, accepte l’héritage et assume le mythe fondateur comme une référence identitaire. Le métissage physique et culturel est très visible dans cette région où la culture du maté, du manioc,  mais aussi l’élevage dans les vaquerias, sont issus des savoirs autochtones, tout autant que l’art culinaire et médical et une forme de syncrétisme religieux particulièrement pittoresque lors des grands pèlerinages. Au Paraguay voisin, la langue guaranie est langue officielle et marque d’une culture nationale. Et toutes les régions voisines cultivent un rythme local, le chamamé, qu’un festival annuel porte à la hauteur des chacareras et autres zambas.

par chabannonmaurice

Une soirée à LO de JAC.

J’avais repéré sur le blog de Denise Anne Clavilier “ Barrio de Tango” les annonces diffusées par Jacqueline Sigaut, une chanteuse dont les antécédents familiaux sont français. Elle met en valeur, avec sa voix profonde et expressive le tango-canción, par exemple dans son disque hommage à Troilo, “ Desde el recuerdo, te vuelvo a ver”, avec une superbe interprétation de la “Milonga de Manuel Flores” sur un texte de J.L. Borges, ( belle partition de bandonéon et piano ) , de “Sur” et de “Una Canción”.  De plus, elle organise  régulièrement chez elle, dans son appartement proche de la Plaza Italia, des réunions culturelles autour d’un thème, ou des peñas avec des chanteurs et musiciens, ou des cours de chant, autant d’activités susceptibles d’inerver et de promouvoir la culture argentine et le tango… Elle diffuse largement l’information et il suffit de s’inscrire par mail pour se trouver invité…

Nous avons décidé de nous y rendre un vendredi soir, quelques temps après notre arrivée à Buenos Aires. La soirée était consacrée au renouveau du Bar “El Faro”, à partir d’un documentaire monté  sur une idée de Fabricio Castañeda, un touche à tout qui compose, publie, produit, filme… et est à l’affût de tout ce qui bouge en matière de tango. Par ailleurs il est, je crois, chirurgien-dentiste ! Nous l’avions déjà rencontré en 2015, au Centro Oliverio Girondo que pilote Analia, l’ancienne pianiste de “ Color Tango”. Il y présentait alors un disque “Milonga Borgeanas ” dont il a composé les textes des différents morceaux et, pour les mettre en musique et en chant, il a fédéré des compositeurs et des chanteurs, dont Jacqueline Sigaut. Il a aussi sorti plus récemment, en 2016, un autre CD “Orillas”, toujours avec un panel de chanteurs. Dans cette soirée sympathique et dynamique, nous avons été accueillis chaleureusement. Nous y avons vérifié, une fois encore, qu’une rencontre en entraînait bien d’autres  puisqu’étaient là, entre divers invités, les chanteurs Osvaldo Peraldo et Cucuza Castiello, déjà cités dans plusieurs articles précédents. Carlos Zito, grand réalisateur de vidéos sur les événement culturels était aussi de la partie.

            

            Dans l’assistance, au premier plan, Fabricio Castañeda et Cucuza Castiello

La soirée s’est déroulée en deux temps, le premier étant consacré à la projection : documentaire dynamique sur les soirées animées du bar. Dans un deuxième moment, l’hôtesse a sorti et installé des petites tables pliantes, celles que des vendeurs à la sauvette proposent dans la rue… Les participants se sont alors installés en rond, comme dans un bistrot, et Jacqueline a proposé les plats qu’elle avait confectionnés avec quelques bénévoles : empanadas, raviolis, flans caseros… accompagnés de quelques boissons fraîches… Le vin ou la bière aidant, une discussion animée s’en est suivie dans une atmosphère bon enfant. Nous avouons n’avoir pas tout saisi de l’humour des uns et des autres, mais la conversation a beaucoup roulé sur l’importance des peñas et leur devenir, plusieurs bars ayant été fermés comme Le Sanata, où nous allions régulièrement, et sur lequel j’avais écrit plusieurs articles… Par delà la convivialité, cette soirée confirmait pour nous nos observations précédentes : les préoccupations sur le devenir de la culture porteña mobilisent les artistes des diverses générations, sans aucun souci de vedettariat.

 

par chabannonmaurice

Un jeune orchestre qui tient la vedette: « ROMANTICA MILONGUERA »

Depuis que j’alimente ce blog par des articles, notamment sur nos découvertes portègnes, j’ai vanté la musique in vivo et mis en avant des orchestres traditionnels  ( Los Reyes del Tango, Color Tango, Sans Souci… ) ou de jeunes ensembles qui font leur place au soleil ( Misteriosa Buenos-Aires… ) et j’ai voulu souligner que les relais étaient assurés par la jeune génération de musiciens, avec un souci de renouvellement, comme pour la danse d’ailleurs.
Parmi les rencontres d’interprètes que nous avons faites cette année à Buenos Aires , un jeune orchestre a emporté notre adhésion. Apparemment en vogue dans plusieurs milongas, nous avons eu l’occasion de l’écouter lors de la Milonga “Marabu” au Maracaibo dont j’ai déjà parlé dans un article du 24 novembre, car nous y avions apprécié une des plus anciennes formations “Los Reyes del tango”. Cette salle, qui a vu officier les orchestres de Di Sarli et Troilo – voir les plaques commémoratives – produit régulièrement des musiciens et danseurs en vivo et, avec l’élégance et la fonctionnalité des lieux, ce n’est pas le moindre mérite des organisateurs. Il semblerait aussi que ce soit la salle de prédilection de la rédactrice de la revue « La Milonga » qui fait une bonne place à sa publicité. La piste est donc bien fréquentée et par de bons danseurs.

           

Nous avions repéré cet orchestre sur You Tube où vous pouvez découvrir le clip de lancement dynamique de leur disque récent et quelques interprétations parmi lesquelles je vous recommande Poema,avec une version à la fois poétique, humoristique et romantique par la pulpeuse chanteuse Marysol. Regardez aussi En esta noche de luna où l’orchestre a l’intelligence de se placer sous le parrainage complice de deux sommités du chant : Cucuza Castiello et Osvaldo Peraldo, tous les deux au dynamisme communicatif et facétieux. Les deux enregistrements, et quelques autres, donnent une bonne idée de la volonté de renouvellement pour ne pas dire de rafraîchissement du tango, tout en respectant la qualité musicale des différents pupitres.

C’est ce jeu que nous avons pu apprécier le soir où nous nous sommes rendus au Marabu pour écouter l’orchestre en vivo. Notre bonne place nous a permis de suivre de près le travail des musiciens dans une décontraction apparente et avec une belle unité d’interprétation. Les trois bandonéonistes auxquels répondent trois violons font merveille et quelques beaux solos mettent en valeur piano et contrebasse. La séquence avec l’orchestre est d’un dynamisme tel que les danseurs, après s’être contenus pour écouter religieusement le tango d’ouverture, se précipitent sur la piste et qu’il devient difficile d’y évoluer. Le répertoire, enregistré sur disque, est cohérent avec une dominante effectivement romantique, voire parfois lyrique pour certains morceaux. Mais il faut surtout retenir le chant expressif, complice et enjoué des deux chanteurs qui alternent devant la scène : Marisol Martinez et Roberto Minondi, et chantent parfois en duo. Tous deux jouent beaucoup de leur charme, avec un humour décalé qui n’exclut pas le talent. Marysol, notamment, dépoussière le rôle de la chanteuse, en jouant beaucoup sur une sensualité provocante, mais drôle. Au point d’être épuisée comme en témoigne la photo volée dans la rue, après les deux séquences où l’orchestre se dépense sans compter !

                                             
Si on ajoute que les musiciens ont choisi des tenues de scène soignées mais décontractées  – robes à pois pour les femmes, simple gilet ou chemise le plus souvent pour les hommes – on aura une idée de la volonté de ce jeune orchestre de se faire vite une place dans les salles argentines et internationales. Cela nous a paru en bonne voie et nous avons aimé la fougue de leur interprétation. Les danseurs qui viendront à la Milonga Lo de Lola, ce dimanche 14 janvier prochain, à Loriol du Comtat pourront en juger en dansant sur une tanda de cet orchestre.

par chabannonmaurice