POUR PARLER DE LA DANSE…

En lisant  les réflexions de Brigitte LEFÊVRE, ballerine de danse classique, chorégraphe et jusqu’à récemment, directrice de la danse pendant vingt ans à l’Opéra de Paris, j’ai aimé cette phrase qui s’applique parfaitement au tango :  » La danse permet d’appréhender l’espace autrement. Elle doit s’apprécier et se vivre dans sa diversité… presque biologique » .

J’ai cherché d’autres références en consultant le Blog :  Les corps émouvants.overblog.com et j’invite les lecteurs à le parcourir. Pour ma part, j’ai privilégié les citations suivantes parce qu’elles viennent de personnalités d’horizons et de sensibilités différents:

  •  » La danse, c’est une cage où l’on apprend l’oiseau « .  Claude NOUGARO, auteur interprète. 
  •  » Danser, c’est lutter contre tout ce qui retient, tout ce qui enfonce, tout ce qui pèse et alourdit, c’est découvrir avec son corps l’essence, l’âme de la vie, c’est entrer en contact physique avec la liberté « .  Jean Louis BARRAULT, acteur, metteur en scène.
  •  » Danser, c’est s’interroger, aller au plus profond de soi « .  Marie-Claude PIETRAGALLA, danseuse et chorégraphe. 
  •  » Celui qui danse chemine sur l’eau et à l’intérieur d’une flamme « .  Federico GARCIA LORCA, poète.
  •  » Apprends à danser, sinon les Anges au ciel ne sauront pas quoi faire de toi « . Indira GHANDI, femme politique.
  •  » Les danseurs, comme les toreros et tous ces gens dont l’art naît de l’énergie vitale, ont cette élégance de l’effort invisible « .  Christian LACROIX, couturier.
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par chabannonmaurice

Et comment sait-on que l’on est écrivain, Harry ? – Personne ne sait qu’il est écrivain.Ce sont les autres qui le lui disent.

Pour communiquer avec lecteurs, danseurs et amoureux de l’Argentine, j’ai  choisi le blog plutôt que les réseaux sociaux qui se cantonnent trop souvent à une expression forcément sommaire, fugace et parfois narcissique.  J’y satisfais certes un désir permanent d’écriture, mais avec le projet social d’échanger avec un réseau intéressé par la culture autour du tango, de l’Argentine et, au delà, de l’Amérique du Sud. Et je réponds ainsi à une suggestion d’amis, qui pensent que mes informations et observations glanées à Buenos Aires peuvent  aider et guider les néophytes du voyage vers la Mecque du tango . Un de mes modèles reste le Blog de Denise Anne Clavilier, www. barrio-de-tango.blogspot.com, mais je me démarquerai de  son orientation très documentée, littéraire et politique par des articles plus personnalisés et parfois d’apparence plus futile, s’ils touchent des faits de la vie quotidienne. Et mon idée est enfin d’organiser un va et vient avec mes écrits d’une part et avec mes lecteurs d’autre part.

Loin de moi l’idée prétentieuse de me prendre donc pour un écrivain, dans une rentrée littéraire qui met en avant aussi bien des auteurs confirmés comme Carrère, ou des narratrices d’histoires d’alcôves politiques. Mais, quand on a pris beaucoup de son temps pour rédiger, les réactions des lecteurs sont d’autant plus encourageantes qu’elles émanent d’un public diversifié qui ne compte pas que des danseurs. Je crois intéressant, sans forfanterie, d’en traduire quelques-unes pour inciter de nouveaux lecteurs à me donner leurs impressions. Elles ont été le plus souvent écrites et je les publie avec l’accord de leurs auteurs.

Des lecteurs qui ne dansent pas:

  • «  J’ai cherché une intrigue romanesque que je n’ai pas trouvée, c’est plutôt un récit, une tranche de vie. » ( P. B)
  •  » Ton écriture a pris de la vigueur, la construction du roman est solide, tes personnages son attachants, même Antonio, avec son côté revendicatif un peu agaçant. » ( MC. L)
  •  » Tes descriptions sont parfois si précises qu’elles ne m’ont pas laissé assez de place pour rêver. » (A. N)

Des danseurs et souvent amoureux de l’Argentine:

  •   « Je viens de dévorer ton livre en deux jours. Cet ouvrage si bien documenté a dû te demander un vrai travail d’observateur affûté. » ( A. BK)
  •  » Je me suis régalée car étant passionnée de Tango dansé et chanté, je suis assoiffée de connaissances et d’immersion dans un monde que j’ai envie de rencontrer. Ce “Buenos Aires querido”… au coeur des mots…  je l’ai trouvé. J’ai voyagé,  je me suis familiarisée avec les lieux, les espaces de vie, les habitudes de danse, les désordres économiques et sociaux, l’histoire et la géographie. Il y a beaucoup de tendresse au fil des lignes, et elle m’a bercée avec délicatesse. C’est exactement ce dont j’avais envie. »  (N. M)
  • « Je me régale à lire votre livre » La Dernière Cuite », reçu ce matin par Amazon ! Je suis allée deux fois en Amérique du Sud , Argentine et Chili et reconnais bien l’ambiance et les lieux que vous décrivez . Merci pour ce bon moment . » ( F. S)
  •  » Ton livre m’a donné envie de revenir à Buenos Aires pour voir tout ce que je n’ai  pas vu et que tu m’as fait entrevoir. D’ailleurs, je pense que ton livre devrait faire partie des bagages que les tangueros emportent dans leur voyage tango en Argentine »  (N. G)

Merci aux lecteurs de « La Dernière Cuite » qui continueront de me donner leurs impressions, utiles aussi pour mes futurs écrits, déjà en cours…

Merci aux découvreurs du blog: je suis preneur aussi de suggestions pour des articles susceptibles de les concerner.

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Pour commander l’ouvrage, adressez vous à votre libraire préféré, à l’éditeur  » http://www.editions-harmattan.fr » ( y voir l’espace auteur )… ou à l’auteur directement.

PS: la citation du titre est empruntée au roman de Joël DICKER, « La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert » (Editions De Fallois), Prix de la Vocation Bleustein Blanchet, Grand Prix du Roman de l’Académie française et Prix Goncourt des Lycéens, en 2012. C’est un ouvrage dont Bernard Pivot dit  » Si vous mettez le nez dans ce gros roman, vous êtes fichu. »  En prime d’une intrigue haletante, il y est beaucoup question des affres de la création littéraire. 

par chabannonmaurice

A propos d’ABIGAÏE et des QUECHUAS.

Cette jeune femme d’allure aguichante se produisait encore récemment sur une des scènes d’un bar de la Boca,  où elle invitait les touristes à montrer leurs talents de danseur. J’ai eu l’occasion d’apprécier sa présence dans l’abrazo. Elle pourrait être Abigaïe, l’héroïne de la dernière de mes nouvelles. On retrouve celle ci comme un des personnages principaux du roman, où elle travaille dans une casa de tango ( voir article précédent ), et épousera Manuel, l’artiste peintre… J’ai imaginé qu’elle était Quechua.

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J’avais écrit la nouvelle en hommage à une mystérieuse danseuse, croisée dans une milonga de San Telmo, et dont l’attitude énigmatique et le prénom original, tout différent des prénoms habituels, révélèrent qu’elle était d’origine indienne. Elle dansait avec grâce et émotion, et ce fut une des rencontres marquantes que j’ai tenté de faire vivre dans mes écrits. J’ai voulu aussi traduire les sensations extraordinaires que procure la vraie connexion dans le tango.  » … à chaque impulsion donnée par le cavalier, la partenaire répond merveilleusement avec une énergie contenue et une sorte de vibration connectée du corps qui donnent aux pas une sensualité qu’il n’imaginait pas » 

Mais au delà, la révélation, par la jeune femme elle même, de ses origines autochtones, ajouta à la fascination qu’exerce sur moi, depuis longtemps, le sort des peuples indigènes, brimés et parfois exterminés par les conquérants des deux Amériques. Comment ne pas s’interroger sur le sort de ces populations originelles, maltraitées et évangélisées par les conquérants, et notamment par les Espagnols ? Comment ne pas constater leur regain de vigueur démographique, mais aussi politique, que ce soit dans les Chiapas au Mexique, chez les Mapuche  dans les Andes chiliennes ou argentines, ou chez les Quechuas du Noroeste argentin ? Comment ne pas s’apercevoir qu’à Buenos Aires même, les « Indios » sont de plus en plus visibles et j’y fais aussi allusion dans mon roman, à propos des ventes à la sauvette et des manifestations dans la capitale ? Mais comment enfin, ne pas admirer les traces artistiques qui subsistent, y compris dans la musique et les instruments ?

Les Quechuas sont des descendants des Incas, mais le mot désigne d’abord leur langue, reconnue officiellement au Pérou : voir l’article de Wikipédia qui les concerne. On les trouve encore massivement au Pérou, en Bolivie, en Equateur et dans le Nord de l’Argentine. Comme pour les Mayas, les spécialistes s’interrogent sur les raisons profondes d’une décadence et parfois d’une disparition rapide de ce peuple. La colonisation n’y est pas pour rien;  mais la résistance à l’assimilation transparaît encore dans les rites syncrétiques qui rythment les croyances, les fêtes, les usages… par exemple lors des carnavals, encore très vivaces et colorés dans toute l’Amérique latine. Quant à la Pachamama,  » Madre Tierra », on en trouve des représentations partout, souvent juxtaposées ou mêlées à l’image de la Vierge. Nous l’avons trouvée dans les dessins des Mapuche vers Calafate en Patagonie et à l’île de Chiloë au Chili. Elle est très présente à Salta ou Jujuy et dans toute la région.

Si vous allez ou retournez en Argentine, regardez bien, non seulement les étals de certains marchés mais surtout visages et silhouettes. Attachez vous à repérer  la présence indienne, souvent métissée et vous verrez que ce mélange avec les immigrants a donné de très beaux personnages. Certains fréquentent les pistes des milongas…comme Abigaïe.

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               La Pachamama, entre une danseuse et un marché, dans le Noroeste argentin.

par chabannonmaurice

SIGNATURES à la Librairie Montfort à Vaison la Romaine.

L’organisation d’une dédicace dans une librairie est une expérience étonnante pour l’écrivain en herbe… C’est ce que j’ai pu vivre grâce à l’amabilité de la libraire de Vaison qui a organisé deux séances de signature dans le cadre des spectacles consacrés au tango : « Milonga » ( Festival Vaison-Danses) et « Plaza Francia », récital de Catherine Ringer ( Festival au fil des Voix).
Les lecteurs de mes nouvelles,  » Avec un tango à fleur de lèvres »,  avaient eu l’occasion de me faire connaître de vive voix leurs impressions, mais dans la rencontre, il y a une confrontation directe avec les amateurs qu’il faut tenter « d’accrocher », surtout quand on est installé à la porte de la librairie, dans une rue piétonne! Quelques réflexions ou discussions rapportées aussi fidèlement que possible, en passant sous silence toutes celles que j’ai eues avec des amis qui avaient tenu à faire le déplacement et que je remercie.
♥ Un touriste québécois:  » C’est la première fois que je rencontre un écrivain ».
♥ Un habitué qui affiche près de 90 ans avec fraîcheur:  » J’écris mes mémoires… quels tuyaux pouvez vous me donner pour la publication? J’ai beaucoup à raconter car on n’arrive pas à mon âge par hasard: il faut cultiver le corps, l’âme et le cerveau, et aimer les femmes…Le tango ça parle d’infidélités et j’en ai connu beaucoup, sans avoir jamais été plaqué… Bonne chance pour votre livre et pour la vie ! »
♥ Une curieuse qui feuillette le livre et que je complimente sur sa robe, appropriée pour danser le tango argentin, histoire d’accrocher son attention: » Je suppose, Monsieur, que vous dansez le tango? Bien? J’ai envie d’apprendre « .
♥ Un touriste belge:  » Qu’est ce que ça fait de voir et tenir son livre publié? Comment vous est venue l’idée d’écrire? Combien de temps pour rédiger un roman? Je ne crois pas qu’en Belgique on ait de grands écrivains… »
♥ Quatre adolescents curieux, léchant des glaces  » Elle est jolie la couverture ». Je leur dis qu’en Argentine il y a d’excellentes heladerias.  » C’est quoi? – Des glaciers et une scène de mon livre en parle longuement, avec les impressions d’un gourmand, amateur de glaces – Ah bon! c’est bien! – Attention de ne pas faire couler la glace sur les couvertures du roman! »
♥ Une passante et sa fille  » Maman, on entre à la librairie?  – Non, on n’a pas le temps, aujourd’hui on fait les soldes… »
♥  Une étudiante en Lettres:  » Ah, vous étiez professeur et proviseur! Comment devient-on écrivain? J’écris aussi des confidences. Quels sont vos auteurs préférés? Camus j’aime beaucoup…Et pour les poètes? Racine, pourquoi? René Char, je ne le connais pas… »
Dans le flot des gens qui déambulaient dans les rues piétonnes, capter l’attention de quelques amateurs de littérature est gratifiant par la diversité des personnages rencontrés et par les quelques étincelles dédiées à la littérature .

En pleine discussion avec des amis, lors de la signature en juillet. Chantal et Gérard avaient auparavant accepté d'illustrer la conférence " Les milongas de Buenos Aires : un rendez vous social", que j'avais donnée à Vaison. Ils ont chanté, avec coeur et talent, les principaux tangos auxquels je fais référence dans mes propos. J'y reviendrai.

En pleine discussion avec des amis, lors de la signature en juillet. Chantal et Gérard avaient auparavant accepté d’illustrer la conférence  » Les milongas de Buenos Aires : un rendez vous social », que j’avais donnée à Vaison. Ils ont chanté, avec coeur et talent, les principaux tangos auxquels je fais référence dans mes propos. J’y reviendrai.

par chabannonmaurice

TANGO ET FADO ou l’âme d’un peuple.

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Amalia Rodriguez et Carlos Gardel, les idoles dont le portrait s’affiche partout…

                     Au retour d’un séjour au Portugal, et après une nouvelle approche trop rapide du fado que nous connaissions depuis longtemps, je suis frappé par les parentés qui l’unissent au tango. Dans les bars à fado authentiques de Lisbonne, où règne une écoute quasi religieuse, dès que l’artiste s’exprime, on pense immanquablement à l’atmosphère des cafés à peñas de Buenos Aires. Dans les deux capitales, en tenant ses distances avec les boîtes à touristes, on peut ressentir l’essence de ces chants si particuliers. Ambiance participative, visages tendus vers les chanteurs et musiciens, dramaturgie de l’expression lyrique et des gestes qui la soulignent, douleur et regret des amours perdues, plainte de la guitare portugaise ou du bandonéon… Au restaurant « Fado Maior » dans Alfama, à Lisbonne,  fréquenté par des passionnés portugais, chaque spectateur vit le fado avec la même ferveur que celle que nous avons connue au café restaurant « La Aurora », rue Corrientes, à Buenos-Aires, pour le tango. Les auditeurs murmurent la plupart des morceaux et appellent de leurs voeux les pièces d’anthologie. Ici et là, la patronne, des clients amateurs, mais aussi des professionnels, se succèdent sur la scène, sans esprit de rivalité mais avec émulation. D’autres similitudes sont troublantes: les photos d’artistes qui tapissent les murs ( ici Amalia, là bas Gardel ), le décor global propre à créer l’ambiance ; la virtuosité des accompagnateurs qui jouent à la demande et sans partitions ; l’improvisation par des amateurs: ici une serveuse du restaurant, là une vieille dame nonagénaire ;  la participation des spectateurs qui commentent tel ou tel morceau et parfois s’emparent du micro …Et surtout les deux modes d’expression véhiculent, au delà de la compréhension de la langue,  pour ceux qui y sont sensibles, des états d’âme, des sentiments, une nostalgie prégnante que les accords musicaux soulignent avec insistance. On souffre, mais on compatit avec complaisance! Et on s’immerge avec bonheur dans l’âme d’un peuple. Certains maestros ont fait ce rapprochement de longue date, et on rappellera en particulier que, voici quelques années déjà, Erna et Santiago Giachello ont créé, au Festival de Tarbes, un spectacle partagé avec une chanteuse de fado et ils dansaient sur divers morceaux, avec le même recueillement et la même élégance.

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                         La même ferveur des chanteurs amateurs à Lisbonne et à Buenos Aires. 

par chabannonmaurice