LA 116ème « RECUPERATION » D’UN PETIT FILS !

« Las Abuelas anunciaron la recuperación del nieto 116, un joven nacido en la ESMA » ( Titre d’un journal gratuit distribué à l’entrée du métro). Si le mot récupération peut paraître péjoratif, dans sa traduction française, il prend ici une valeur noble et affectivement triomphale, puisqu’il s’agit de l’aboutissement du long travail de mémoire et de justice entrepris par les Mères (Madres) et Grands Mères ( Abuelas) de la Plaza de Mayo. Pour avoir plus de détails sur l’action politique, morale, judiciaire et donc fortement humaniste de celles que la dictature appelait « Les Folles », je conseille de consulter le blog très documenté de Denise Anne Clavilier, correspondante française officielle de l’Academia Nacional del Tango: http://www.barriodetango.blogspot.com   

Dans la nouvelle « Le promeneur de chiens », je faisais une allusion aux traces cachées de la dictature.  Mais j’étais trop fasciné par le tango pour penser que nous pouvions côtoyer, dans la rue, dans des manifestations ou rencontres, et peut être de manière plus proche, dans les milongas, des Argentins ayant vécu les vicissitudes de la situation de l’époque, du côté du pouvoir ou de celui des opprimés. Nous avions cependant remarqué, au fil de nos promenades dans les rues, de multiples plaques commémoratives, signalant des lieux où ont été enlevés ou torturés des militants d’opposition, parfois des familles entières. Mais la danse et ses préoccupations annexes reprenaient le dessus… Plus récemment, dans mon roman, j’y fais de plus fréquentes allusions, notamment avec les examens d’ADN qui ont été institutionnalisés au niveau national pour identifier les victimes.

Au fil des séjours, d’ailleurs, nous avons voulu en savoir plus, et aller au delà de ce que nous connaissions sur Les Mères de la Place de Mai, devenues depuis les Grands Mères. Nous en avons  discuté avec des Argentins, qui manifestement n’aiment pas trop remuer ces souvenirs de jours mauvais, puis avec quelques spécialistes de la question. La presse nationale, suivant ses orientations, est plus ou moins discrète sur ce sujet.  Nous avons cherché des ouvrages et été plus attentifs aux annonces de la presse. Mais surtout, en 2013, nous nous sommes rendus sur les lieux de mémoire . D’une part, au Mémorial, Parque de la Memoria, aménagé sur la Costa Norte ( Rafael Obligado 6745 ), au bord du Rio de la Plata où un mur impressionnant, aménagé en couloirs, affiche les noms des victimes et disparus -assassinés ou enlevés et jamais retrouvés- , rangés par années de disparition. On y grave encore des identifiés récents … Une statue, en partie immergée, symbolise les disparus jetés dans le Rio

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Il faut aller ensuite dans l’ancienne Ecole de Mécanique de la Marine ( ESMA) , lieu terrifiant des séquestrations, tortures et enlèvements, transformée depuis quelques années en Centro Cultural de la Memoria Haroldo Conti ( Av del Libertador, 8151 ). Plusieurs salles sont gérées par de jeunes équipes, soucieuses de ne pas perdre le fil d’une histoire qui s’estomperait trop vite…

Par une coïncidence intéressante, le 7 décembre, lendemain du communiqué qui ouvre cet article, PAGINA 12, journal qui tranche par ses audaces avec les quotidiens plus classiques et plus discrets, a fait la une avec un grand article illustré « La ESMA en primera persona » où il est question du système de défense de responsables haut placés, médecins et officiers, qui allèguent les traumatismes dont ils souffrent suite à leur obéissance aveugle pour raison de service, et le harcèlement moral causé par les victimes et par les actions associatives et médiatiques ! 

C’est à l’ESMA, dans une salle particulière, qu’avaient lieu les  accouchements de femmes militantes enlevées et auxquelles les bourreaux soustrayaient leur enfant pour le donner à des familles stériles et aisées. On peut imaginer la suite et pour les accouchées, le plus souvent immédiatement assassinées, et pour les enfants dont on a détourné l’identité… C’est cette identité que les Abuelas, tentent de restaurer, de retrouver et de faire éventuellement accepter. Pour ce 116ème retrouvé, l’identité des parents a été reconstituée et confirmée par une annonce officielle. « Enorme alegria por otro nieto más el 116 ! Vamos »

Pour en savoir plus:                                                                                              « Disparition et témoignage » Alice Verstraeten, Hermann 2006 ( Presses de l’Université Laval ) http://www.editions-hermann.fr                       « Laura Bonaparte, un Madre de la Plaza de Mayo contra Olvido » Claude Mary ( Marea Editorial, colección Historia Urgente ) Claude Mary est une journaliste française, correspondante à Buenos Aires de divers journaux. La traduction française est épuisée.

« Et nous continuons à vivre ainsi, tannés par la solitude, Et en nous mêmes sont nos morts pour que personne ne reste seul en arrière » Chanson « Los Hermanos » de A Yupanqui et M.Sosa.

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par chabannonmaurice

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