« GENERACION TANGO »

Dans mon article précédent, j’ai vanté les milongas comme lieux de convivialité. S’il y a souvent beaucoup plus de couples jeunes que dans nos bals, il n’en reste pas moins que les milongas traditionnelles sont surtout fréquentées par les plus de quarante ans, avec une majorité de  «jubilados» ( retraités ) dont la coquetterie et l’alacrité dissimulent souvent les rides…
Où sont massivement les jeunes? En dehors de plusieurs milongas connues qu’ils noyautent majoritairement, comme le «Club Fulgor» ou  «La Catedral», ils ont aussi leurs lieux de rencontre dans la plupart des quartiers, clubs ou salles multi-usages, sites plus décontractés, installés dans des hangars, entrepôts, bars et autres salles désaffectées, avec un mobilier hétéroclite et pas toujours commode. Ce sont ces lieux qui sont contestés par la Municipalité du futur Président, en alléguant la sécurité, et plusieurs ont été fermés, comme par ailleurs des bars à Peñas,  le Sanata, entre autres.
L’année dernière, nous avions déjà découvert deux lieux insolites. D’abord «La Bicicleta» ( Gorriti 5417 ), dans un site difficile à trouver mais branché: canapés et fauteuils défoncés, tabourets et sièges en tous genres, bar bien sûr où on consomme bière, vin et coca cola, entre autres… Nous y avions retrouvé l’orchestre «Cachivache» qui s’y produisait ce soir là dans une ambiance survoltée, avec un répertoire où se mêlaient tango traditionnel, influences électroniques et adaptations propres à l’ensemble. Ensuite au «Centro Oliverio Girondo» ( Vera 574 ) à la Milonga que dirige Analia Goldberg, pianiste et chef de l’orchestre   «Ojos de tango» . Une ambiance très détendue mêle une majorité de jeunes à des couples plus âgés du quartier où a vécu Pugliese. Il faut dire que là, il y a des tables, qu’on peut manger et qu’on est plus proche des milongas traditionnelles. Un orchestre faisait découvrir son répertoire et présentait son disque. Dans les deux lieux, où l’invitation se fait à la bonne franquette, nous avions déjà eu la surprise d’être entraînés sur la piste par des jeunes danseurs ou danseuses.
Cette année, ce jeudi dernier, c’est à l’Uni Club ( Guardia Vieja 3360 ) à Abasto qu’était organisée une grande feria où se succédaient trois orchestres :«Sexteto Fantasma», «El Arranque» et «Misteriosa de Buenos-Aires» à partir de minuit…Beaucoup de jeunes, dans une ambiance de boîte de nuit, avec une petite piste où, étonnamment les jeunes danseurs dansent très milonguero… sur «un piso de mierda», selon une  danseuse qui m’invita de manière très naturelle. Peu de sièges, seulement quelques canapés éculés, mais on s’assoit par terre ou dans les escaliers des deux mezzanines, et il y a du monde autour du bar. J’y découvre le Fernet, un mélange de Fernet Branca et de Coca cola…dont les jeunes font grande consommation avec la bière et le vin achetés au litre! Tout le personnel est bénévole et d’une joyeuse humeur.
Le passage des orchestres est un moment attendu et apprécié où toute la salle, debout, suit avec passion des compositions de tangos modernes, du folklore… et du traditionnel, parfois avec des instruments inaccoutumés : saxo, trompette bouchée, guitare électrique, percussions et un drôle de piano portatif en forme de guitare dont je ne connais pas le nom. Bien sûr, le bandonéon était aussi de la fête. Étonnant et novateur, avec des chanteurs en solo ou en duo, notamment pour une superbe zamba. Projecteurs, fumées, effets de lumiére ajoutent à l’ambiance festive. Sur la piste beaucoup de couples dansent plutôt bien et …milonguero. En prime, avec le «Sexteto Fantasma», une superbe séquence dansée par un très jeune couple, bien typé et d’une souplesse à envier.

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  Le Sexteto Fantasma et le couple de danseurs pendant la démonstration.

Nous ne nous sentons même pas décalés, car, comme dans toutes les milongas, c’est convivial et le problème des générations n’a aucune importance à partir du moment où la salle communie dans le tango. Pour nous une belle découverte de cette «generacion tango» comme le proclame l’affiche de la soirée. Et une confirmation de cette puissance de la transmission inter-générationnelle qui fait la force, ici, de cette musique et de sa danse comme élément culturel indiscutable.

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par chabannonmaurice

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