ABRAZAME…

J’écrirai très prochainement sur les nouveaux lieux de culture qui se sont ouverts récemment à Buenos Aires, mais je ne résiste pas au plaisir de parler d’une salle particulière du Centre Nestor Kirchner, Sarmiento 151, tout près du terminus de la ligne de Subte B, LN Alem. Il s’agit, au piso 6,  d’une des salles consacrées au projet  » Enamorar  » qui exalte, en termes et images poétiques, les valeurs humaines et sociales, de foi, d’espoir, de solidarité et d’amour…
Une salle est consacrée à l’abrazo, qui, pour les Argentins, ne se rapporte pas uniquement au tango mais est aussi un signe de reconnaissance, de respect, voire d’affection et de connivence dans la rencontre. Il s’agit de donner au partenaire une accolade vigoureuse et sympathique, parfois prolongée affectueusement, souvent accompagnée d’un seul baiser discret et symbolique sur la joue. Chez les hommes, c’est un abrazo viril, chez les femmes, c’est plus tendre. On y traduit toujours le plaisir de la rencontre et le respect de l’autre. Dans la salle que nous avons découverte en visitant le Centre, des photos défilent sur plusieurs panneaux, commandées sur tablette par un technicien, et elles montrent des abrazos de personnalités ou célébrités dans des circonstances officielles ou plus intimes, mais aussi de gens du peuple. On a ainsi un carrousel d’accolades. Mais la trouvaille, c’est une petite estrade au centre de la salle sur laquelle les visiteurs peuvent se faire photographier pour un abrazo amoureux, amical ou familial. Immédiatement intégrés dans le carrousel, ceux qui montent sur le petit podium se retrouvent ainsi entre un abrazo entre Kirchner et Lula, et un autre entre Gary Grant et Grâce Kelly. Ou on succède à une famille où cinq personnes se tiennent enlacées. C’est une trouvaille intéressante et symbolique. Inutile de dire que les visiteurs se bousculent pour accéder à l’estrade…
En ce qui concerne l’abrazo dans le tango, je parlerai aussi d’un spectacle vu dans ce même Centre Kirchner : “Asi se baila el tango”. Présenté par deux danseurs et une “conférencière” : il fait, en une heure et quart, le tour rapide de l’histoire de la danse et de ses styles. Lorsque les commentaires abordent les écoles, les figures, la circulation dans le bal et surtout l’abrazo, les danseurs se lancent dans une parodie hilarante des défauts affichés par certains danseurs. Tout l’auditoire rit sans retenue, surtout lors du final où le trio insiste sur l’image faussement érotique qu’on donne au tango, souvent à travers les spectacles pour touristes. Leur tango fantasia est alors digne des grands comiques du cinéma. Ce spectacle a déjà tourné en France, mais mérite d’y revenir pour amener tout danseur à une réflexion sur lui même et sur la danse.
C’est dire que l’abrazo, salut affectivement social dans la vie courante, et étreinte chorégraphique significative dans le tango, a pour les Argentins une haute portée symbolique. Ils ont largement anticipé sur la câlinothérapie !

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par chabannonmaurice

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