LA FERIA DE SAN TELMO: 2) à la rencontre des gens…

      Dans l’article précédent, j’ai évoqué l’extraordinaire marché que propose la feria, tant pour les objets et les fanfreluches que pour les vraies antiquités et puces diversifiées. C’est un spectacle attrayant, mais il est encore plus enrichissant d’observer les gens et de les rencontrer au besoin, car, par delà le prétexte commercial ou touristique, les Argentins sont très liants.

Il y a d’abord les habitués qui, depuis plusieurs années, occupent une place réservée, où nous les retrouvons avec certitude et qui, la plupart du temps nous reconnaissent. Le présentateur de marionnette est là, avec son petit danseur, personnage ivre qui tourne autour d’un réverbère sur l’air de“La Ultima Curda”, à proximité d’un duo de guitaristes qui passent plus de temps à discuter qu’à jouer. Le vendeur de jus d’orange fait main, est proche.  C’est tout près de la Place Dorrego où se tient le gaucho de San Antonio de Areco, qui en tenue de gala, propose des souvenirs de la pampa, éperons, objets en cuir, couteaux et autres boléos. 

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Un peu plus loin, installés dans la rue, des joueurs d’échecs ou de dames jouent leur partie, indifférents aux curieux, tandis qu’un vendeur de plumeaux circule entre les étals et ressemble à un drôle d’indien avec son magasin mobile. Dans la rue il croisera un promeneur de chiens, profession particulière à la capitale argentine, et un clown qui confectionne des jouets en baudruche pour les enfants… et les touristes !

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Le spectacle est permanent et insolite et m’a servi de toile de fond pour plusieurs de mes écrits, de la bohémienne qui danse, au sioux de circonstance, en passant par le fleuriste ambulant et les fausses statues…

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Bien sûr, le tango est toujours de la fête et permet à quelques artistes, ou parfois à des opportunistes, de profiter de la spécialité locale. Depuis de nombreuses années, s’installent, plus ou moins à la même place, celui qui voudrait être le sosie de Gardel, et surtout un couple et maintenant un trio de danseurs qui ont fait la une de pas mal de guides et ouvrages sur Buenos Aires, tant leur allure et leurs visages sont expressifs. Mais on ne s’en lasse pas !

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Plus artistiques encore, les prestations de “El Afronte”, l’orchestre du quartier qui anime en vivo deux milongas chaque semaine à San Telmo, le lundi et le mercredi ( Perú 571) et qui joue en face de l’église “Nuestra Señora de Belén”, proche de l’espace Mercedes Sosa. Et, sur la place Dorrego, les démonstrations élégantes de “El Indio”, un danseur qui est à l’origine, par ailleurs, d’une milonga au même lieu, chaque dimanche, et du Festival de San Telmo, en novembre (culture et tango). On peut enfin trouver des documents rares sur le tango chez les bouquinistes occasionnels installés sur la place.

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Et puis des visages, des sourires, et des rencontres extraordinaires, comme ces militantes d’une association féministe qui apprennent aux jeunes filles à s’occuper des bébés à l’aide de poupées factices mais si ressemblantes, parce qu’elles manifestent tous leurs besoins en pleurant ou criant, y compris la nuit… Ou cette vendeuse de jasmin avec sa petite fille, ou Thomas, qui vendait des partitions de tango et chantait tous les  tangos. Ce dernier figure en bonne place au panthéons de mes nouvelles ( “La Mariposa”, la seconde du recueil), mais nous ne le voyons plus…

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A la Feria, ne regardez pas seulement dans l’objectif de l’appareil photo ou du téléphone… Observez, baladez vous, au risque d’être vite fatigués comme la troupe d’étudiants ci dessous !

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par chabannonmaurice

LA FERIA DE SAN TELMO : 1) à la recherche d’antiquités et objets insolites…

  Les Ferias à Buenos Aires se vivent comme un événement hebdomadaire, but de sortie familiale ou touristique, mais ils sont devenus une institution historique, commerciale et culturelle. La plus connue, dans le quartier ancien de San Telmo, draine, chaque dimanche, des touristes mais aussi des portègnes à la recherche d’un cadeau ou d’un moment insolites. On peut en effet s’y promener sous le soleil en léchant des glaces et en se laissant porter, au gré des stands colorés, des odeurs inattendues et des bruits divers. Mais depuis que nous prenons chaque année nos quartiers dans la capitale argentine, nous trouvons plaisir à vivre cette rencontre populaire avec des yeux à chaque fois étonnés par le talent inventif des exposants. Certes, nous retrouvons à chaque fois les stands attrape-touristes, mais il y a souvent quelques vraies découvertes et de chaleureuses rencontres, et nous ne nous lassons pas de cet événement. C’est pourquoi j’y consacrerai trois articles, pour en montrer la diversité disparate, tant du côté des objets, que des gens ou des lieux. J’enchaînerai plus tard sur la Feria de Mataderos, une autre ambiance, tout aussi animée et intéressante…

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Partons à la recherche d’objets insolites et d’abord chez les antiquaires… Dans ce quartier riche en histoire – j’y reviendrai- des artistes s’installèrent dans les années 1960, suivis, un peu plus tard, par des antiquaires en tous genres. Ils étaient incités à s’installer à proximité de la Plaza Dorrego, par la création en 1970 de la feria qui regroupa au début une trentaine de stands. Depuis, ils ont proliféré et colonisé des bâtiments délaissés, y compris d’anciens conventillos, et une bonne part du Mercado de San Telmo dont les touristes oublient de détailler l’architecture datant de 1897. Dans ce marché, comme dans d’autres galeries, on a depuis organisé des mini magasins loués à l’année, car les antiquaires sont ouverts aussi en fin de  semaine. La crise économique incita en effet les portègnes des classes pauvres et moyennes à se défaire de meubles et objets familiaux, souvent inspirés, sinon importés d’Europe. On peut donc faire des découvertes intéressantes quand on est amateur de beaux meubles, d’objets décoratifs ou utilitaires devenus rares chez nous, avec dans certaines boutiques, une spécialisation sur un type d’objet, par exemple les statuettes art nouveau, les bijoux … ou les chapeaux anciens.  Certaines boutiques sont luxueuses, d’autres plus modestes.    

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        Une belle vitrine, une galerie de la calle Defensa, le Mercado et un espace aménagé dans d’anciens entrepôts. Le mercado a gardé une partie alimentaire, comme à sa création.                             

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Chapeaux en tous genres. Plusieurs boutiques prétendent avoir fourni Gardel en son temps. Je trouve les miens à “La Sombra del Arrabal” 1229 Defensa.

Dans le registre des antiquités, le tango et la culture argentine conservent une place de choix et on peut dénicher dans quelques boutiques spécialisées, des instruments anciens, des partitions musicales, des disques de qualités diverses et des livres sur tous les sujets, en prenant soin d’en vérifier l’authenticité.  Dans un article précédent daté du 5 février 2016, je parle du stand d’ Elena au Mercado où j’ai déniché des partitions, mais il y en a beaucoup d’autres et il faut fouiner. On trouve aussi sur la Plaza Dorrego, des vendeurs de gramophones anciens. Je connais des amateurs qui en dépit du poids, n’ont pas hésité à en rapporter en France. 

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Un stand de la Plaza Dorrego.  Avec Elena, à laquelle nous remettons un paquet de disques vinyls, cadeau de l’ami Vagnon, habitué des lieux. 

En dehors des antiquités, la Plaza Dorrego et les rues voisines regorgent de stands en tous genres, de plus ou moins bon goût, mais dont certains sont tenus par des artisans : la fabrication se fait sous les yeux des passants. Reste l’embarras du choix et le plaisir de flâner d’étalages colorés en étalages pittoresques. 

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Plateaux à picadas, bombos, ceintures, foulards, bouteilles, fleurs en tissu… 

Et au hasard de la déambulation, on peut voir se côtoyer les objets les plus antiques et des créations artistiques intéressantes car depuis quelques années, des designers se sont installés dans le quartier. Signalons enfin la présence de peintres dans la rue Humberto 1er à proximité de la Plaza Dorrego, et en cherchant bien, un ou deux fileteadores capables de vous peindre une plaque originale sur commande, au besoin avec un modèle.

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par chabannonmaurice