LA CAPILLA BLANCA

   J’ai souvent fait référence, dans mes écrits divers, à mes tangos préférés et le roman auquel j’essaie de mettre la dernière main, ne faillira pas à cette discothèque sélective et affective que tout danseur porte en lui. Mais je prévois de le faire d’une manière originale… Dans un précédent article du  5 février 2016, j’ai déjà mis en avant « En esta tarde gris ».  Aujourd’hui, je voudrais dire pourquoi « La capilla blanca  » a pris une des meilleures places parmi mes tangos choisis et dont on trouvera ci dessous le texte, grâce au site « La Bible du Tango » et aux recherches de son auteur, André Vagnon*.

En la capilla blanca
De un pueblo provinciano,
Muy junto a un arroyuelo de cristal
Me hincaban a rezar, tus manos.
Tus manos que encendían
Mi corazón de niño,
Y al pie de un Santo Cristo
Las aguas del cariño
Me dabas a beber.

Feliz nos vio la luna
Bajar por la montaña,
Siguiendo a las estrellas
Bebiendo entre tus cabras
Un ánfora de amor.
Y hoy son aves oscuras
Estas tímidas campanas,
Que doblan a lo lejos
El toque de oración.
Tu voz murió en el río
Y en la capilla blanca,
Quedó un lugar vacío
Vacío como el alma
De los dos…

En la capilla blanca
De un pueblo provinciano,
Muy junto a un arroyuelo de cristal
Presiento sollozar
Tus labios.
Y cuando con sus duendes
La noche se despierta,
Al pie del Santo Cristo
Habrá una rosa muerta
Que ruega por los dos…

   Ce tango de 1944, a été écrit par Carlos Di Sarli** sur une letra de Héctor Marcó**, un des poètes avec lequel il a eu une longue et fructueuse collaboration. C’est une première raison d’apprécier ce tango car le tempo du compositeur est propice à la danse et on ne conçoit pas une milonga sans au moins une tanda d’un des mousquetaires de l’âge d’or avec Troilo, Pugliese et D’Arienzo. Le style Di Sarli est facilement identifiable, notamment quand sa formation passe de la tipica au grand orchestre avec des interprétations mélodiques et souvent romantiques. Les danseurs en redemandent!

   A sa création, le tango fut chanté par AlbertoPodesta**, autre partenaire fidèle de Di Sarli dont l’interprétation est d’une grande sensibilité et c’est une seconde raison pour aimer ce morceau que je lui ai entendu chanter lors de la Gran’ Milonga sur un des podiums de la fête du tango du mois de décembre 2014, un an avant sa disparition. Il en a donné un nouvel enregistrement, en 1973 avec l’orchestre de L. Federico. Podesta nous a quitté à la fin de l’année dernière ( voir mon article du 10/12/2015 ) mais je le revois encore, tout en rondeurs sympathiques et en conviction chantante, sur la scène de Nuevo Chiqué où il avait donné un concert remarqué en novembre 2011.

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   Contrairement à beaucoup de textes qui parlent de Buenos Aires et d’amours contrariés, « La capilla blanca »a une inspiration agreste et une ligne mélodique apaisée, et le texte fait la part belle au paysage : le village rustique, le petit ruisseau, la lune, la montagne, les étoiles… Et surtout, cette petite chapelle blanche perdue dans la nature : tous ceux qui ont voyagé dans le pays en ont sûrement visité une semblable, souvent vide et calme, isolée dans un paysage serein. Pour notre part, nous en avons rencontré plusieurs dont les photos figurent ci dessous. Et écouter ce tango fait surgir en moi des images reposantes de paysages argentins, que renforce la touchante histoire d’amour. Cette veine rustique et presque lamartinienne, où le paysage est un refuge consolateur, existe pourtant dans de nombreux tangos dont l’un des plus connu est « Caminito » ( 1926; musique de Filiberto, letra de Peñaloza). 

 

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* André Vagnon qui est la vigie du tango, me signale, à propos de mon article sur « En esta tarde gris » que ce titre était aussi celui d’une course de chevaux annuelle, réservée aux femelles de 3ans, à Montevideo, capitale de l’Uruguay ! Et quand on sait la passion des habitants du Rio de la Plata pour les rencontres hippiques, passion qui a par ailleurs transpiré dans certains tangos, il faut prendre en considération complémentaire cette anecdote amusante. Mais ce n’est pas ce qui me fait aimer ce tango !

** Pour plus de renseignements sur Di Sarli et Podesta, je conseille aux curieux et amoureux du tango de se reporter aux articles correspondants du « Dictionnaire passionné du tango » (  G.H. Denigot, J.L.Mingalon, E. Honorin)  récemment publié au Seuil:  je l’ai évoqué dans un article précédent du blog.

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par chabannonmaurice

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