ECRIRE UN ROMAN

      Plusieurs lecteurs de mes récits s’étonnent amicalement de ma propension à écrire et m’interrogent, par delà mon goût de la plume, sur la quasi exclusivité que je réserve au monde du tango et à la culture que révèle cette danse… Une journaliste, dans un article tout récemment paru dans la Provence, le jeudi 13 avril intitule celui – ci : « Le tango comme mode de vie, c’est tout un roman… »

   A vrai dire, ma profession de Professeur de Lettres m’incitait naturellement à la lecture partagée avec les élèves. Et en encourageant ceux ci à la rédaction, j’ai toujours cultivé l’écriture, que ce soit celle du courrier personnel ou celle plus secrète des carnets intimes ou professionnels. J’avais l’habitude de prendre des notes, par exemple pour garder la mémoire des péripéties quotidiennes, pittoresques ou parfois tragiques de mon expérience de chef d’établissement scolaire. Des amis m’ont alors encouragé à les mettre en forme pour transmettre ces témoignages à mes collègues, et c’est ainsi, en 2003, que j’ai publié mon premier ouvrage, Abécédaire du Chef d’établissement, au CRDP de Grenoble. Ce n’était pas un recueil de conseils mais plutôt une mise en situation incitant à la réflexion. Avec le même esprit j’ai enchaîné sur deux guides destinés aux parents délégués et c’est la même démarche qui m’a incité à me lancer dans la nouvelle, puis dans le roman, à partir de mon expérience de la danse et de l’univers argentin.

                         

   Au début était le tango redécouvert en couple au moment de la retraite, et très vite le désir de nous rendre en Argentine à la recherche de cette image idyllique mais fascinante que présentaient les spectacles, les films… et les professeurs installés dans l’apprentissage de cette danse. Quelque part traînent toujours dans la mémoire des images du spectacle Tango Argentino ou du film La Leçon de tango. Tout autre se révéla ce que nous allions découvrir peu à peu, au fil des visites dans Buenos Aires, des rencontres amicales de Portègnes, et surtout de la fréquentation des milongas et peñas. J’ai alors commencé à noter dans des carnets les observations que je pouvais faire à un moment où nous nous lancions dans un monde certes convivial, mais où nous étions mal assurés de nos talents et des codes. Dans cette milonga, une vieille dame assidue venait régulièrement pour partager et l’atmosphère sympathique, et le spectacle des danseurs, elle même n’ayant plus l’agilité physique pour aller sur la piste. Dans une autre, un taxi – danseur tenait lieu de partenaire rémunéré à une Anglaise soigneusement fardée pour dissimuler ses rides. Dans l’ancienne Casa de Tango, près de la place Dorrego, rencontrer Oscar Fischer, luthier de bandonéon, fut une découverte à la fois technique et culturelle, et le coup de cœur pour l’instrument roi du tango. Au point de vouloir en acheter un… Danser un soir avec une superbe jeune femme, aussi mystérieuse que brune : un autre enchantement quand elle révéla un prénom dont elle me dit qu’il était quechua… Nous étions alors dans un étonnement sans doute un peu naïf, mais découvrions, à des faits minuscules, tout ce qui fait la richesse des milongas argentines et les petits secrets du tango.

Très vite, j’eus le besoin impérieux d’étoffer toutes ces observations et de broder autour… Et c’est ainsi que j’ai rédigé les nouvelles que j’allais rassembler dans le recueil Avec un tango à fleur de lèvres, publié à compte d’auteur en 2011 et épuisé à ce jour. A l’incitation de mon épouse, nous avions même illustré chaque nouvelle par une photo de notre cru. Comme pour les écrits professionnels, j’avais été encouragé à les publier par des amis dont certains me disaient que je traduisais bien ce qu’ils avaient pu eux mêmes observer : «  On y est ! » me dit même l’un d’eux. Mais pourtant, je ne me satisfaisais pas entièrement de cette vision un peu superficielle des choses et les discussions que j’avais avec des Argentins et des Européens vivant longuement sur place, révélaient des problèmes sociaux et politiques que nous n’avions pas su voir. Nous allions les découvrir en croisant des manifestations de rue, au hasard d’une ballade dans Buenos Aires. Nous la suivîmes en essayant de comprendre les revendications, plutôt virulentes. Plus tard, en 2015, nous avons suivi le déroulement de la campagne de la Présidentielle argentine et l’élection de Mauricio Macri… Importantes aussi, les réflexions des chauffeurs de taxis, critiquant avec humour, au hasard d’une conversation, les responsables politiques : «  La Présidente ? Elle se préoccupe plus de sa ligne que de la nôtre ! »  Enfin, la présence des Indigènes, particulièrement visibles dans les petits commerces d’artisanat disséminés sur les trottoirs de Corrientes ou de la Rue Florida, au grand dam des commerçants, traduisait mieux pour nous les conséquences sociales d’une colonisation, que le tango dont on analysait pourtant les racines métissées ! Le beau rideau rouge de la danse se déchirait ainsi pour révéler une vie populaire plus prosaïque…Parfois traduites par des tangos dont les poètes et les letras nous intéressaient de plus en plus. Pensons à Cambalache, par exemple. 

                   

                                         

   D’où l’idée d’écrire un premier roman sur le destin parallèle de deux jeunes couples vivant à Buenos Aires : Abigaïe, Manuel, Gabriela et Antonio se battent pour assurer un avenir incertain et seuls, l’amour et les milongas apportent les étincelles de l’espoir, à travers la musique, la danse et les rencontres. Le désespoir d’Antonio, qu’il tente d’oublier dans le malbec avant une fin tragique, m’a tout naturellement incité à choisir comme titre La Dernière Cuite, traduction du tango de Anibal Troilo, letra de Catulo Castillo. J’ y ai mis, bien sûr, beaucoup de mes observations locales, mais aussi inévitablement des ressentis et quelques souvenirs plus personnels. Ecrire n’est jamais neutre et un auteur, si modeste soit-il, laisse toujours transparaître une part de lui même. Par exemple mes découvertes de l’art des filetes ou des vins argentins. Mais aussi des références à des épisodes de ma propre vie… Un éditeur parisien L’Harmattan a trouvé un intérêt à cet ouvrage pour le publier en 2014.

                           

   L’envie d’écrire reprend vite le dessus après l’épisode fastidieux de la mise en forme du manuscrit, des navettes de la relecture, et après le travail, plus stimulant sur la couverture et la communication publicitaire. J’étais toujours dans le même état d’esprit, mais plus confiant dans l’intérêt que pouvaient me porter mes lecteurs. J’avais en outre trois autres ambitions : montrer les va et vient entre la France et l’Argentine, m’appuyer plus encore sur des souvenirs personnels et retracer ce que peut être, pour tout individu, une quête du bonheur et de la sérénité, par delà tous les aléas de la vie. Et bien sûr,  en gardant en toile de fond le tango et l’Argentine, en mettant plus encore l’accent sur la musique et les letras : d’où le choix de donner pour intitulé à la plupart des chapitres, le titre d’un tango, comme un clin d’oeil à la fois aux poètes et à la vie. D’évidence, Clémence et Feliciano devaient être musiciens et le bandonéon pouvait prendre une place de choix. Quant au titre, par déclinaison de toutes mes ambitions littéraires énumérées ci-dessus, j’ai tout de suite pensé à la phrase refrain du superbe tango de Troilo, Pa’ que bailen los muchachos : La vie est une milonga. Et plus qu’un mode de vie comme l’a dit la journaliste, le tango devenait ainsi une philosophie. Restait à choisir une illustration pour la couverture et j’ai puisé dans ma  photothèque en écartant les clichés un peu convenus et en retenant celle de deux très jeunes danseurs dans une Milonga de feria à l’ Uni Club, dans le quartier d’Abasto, superbe soirée où se produisaient successivement 3 orchestres: Sexteto Fantasma, El Aranque et Misteriosa.

                

   Maintenant, le livre étant publié il me reste à faire confiance aux lecteurs et à attendre leur retours critiques ou élogieux. Mais pour moi, l’essentiel reste le plaisir de l’écriture et la promotion du tango et de la culture de ce pays que nous aimons et où nous préparons un 9ème séjour. Pour l’instant, je me consacre à la promotion du livre, avec l’éditeur L’Harmattan, mais j’ai déjà commencé à jeter une trame et quelques paragraphes sur l’ordinateur, car écrire reste un besoin. 

   Le roman peut être commandé dans toutes les librairies et, par internet, à l’Harmattan, à la FNAC et chez Amazon.

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par chabannonmaurice

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