PREPARER LE VOYAGE A BUENOS AIRES : 4 ) Lire…

Nous avons l’habitude de préparer et d’accompagner nos voyages par la lecture de romans et poésies d’auteurs du cru et d’étudier des documents divers, susceptibles d’éclairer et enrichir nos découvertes, bien au delà des guides touristiques. Je donne ci-dessous nos trouvailles les plus récentes, qui permettent de mieux comprendre l’Argentine.

  1. Carolina de Robertis « Les Dieux du tango » Editions du Cherche Midi » 2017. Je passerai assez vite sur cet écrit d’une écrivaine américaine, d’origine uruguayenne, parce que j’ai trouvé un côté  un peu artificiel, voire invraisemblable, au roman qu’on m’avait vanté. Certes, il y a de belles descriptions de la Buenos Aires des immigrants du début du siècle, certes la croissance du tango et surtout la prééminence de la musique sont omniprésents, mais l’histoire de l’héroïne, jeune veuve qui, pour survivre dans un monde d’hommes, doit prendre la place et le costume d’un mari disparu pour jouer un rôle viril, paraît invraisemblable à cette époque, et dans un milieu aussi rude. Les lettres des tangos nous donnent une image violente des relations entre compadritos et une telle supercherie est d’autant plus étonnante à cette époque, qu’elle amène Leda à pratiquer des relations lesbiennes… Mais le livre est agréablement écrit et se laisse lire avec plaisir et, après tout, un roman comporte aussi sa part de fantasmes.
  2. « Buenos Aires », vue par le journaliste Jules Huret dans la série « heureux qui comme… » Editions Magellan & Cie  » 2009 ( en collaboration avec Géo ) J’ai découvert cette collection intéressante alors qu’elle existe de longue date : il s’agit, dans de petits opuscules, de faire partager les émotions des premiers écrivains- voyageurs, à une autre époque. En ce qui concerne Buenos Aires, il s’agit de la relation faite par Jules Huret ( 1863-1915), envoyé par Le Figaro en Argentine et son reportage fut publié en 1911 sous le titre  » En Argentine : de Buenos Aires au Grand Chaco ». Le petit livre ne retient que ce qui concerne la capitale, vue par un observateur curieux, et très attentif au côté humain de cette période où l’expansion et l’immigration battent leur plein. En arrivant au port de la Boca, il est tout émoustillé : « J’ai hâte, à présent, d’arriver. Je sens s’aviver ma curiosité, j’essaye d’imaginer ce pays nouveau, si lointain. Comme je vais regarder tout ! Avec quelle ardeur j’interrogerai chacun ! » Et le fait est que le regard est acéré mais aussi très humain et souvent humoristique, ce qui donne du sel quand on rapporte ses observations à notre vision actuelle. Jules Huret explore les quartiers, mais aussi les institutions comme les oeuvres de bienfaisance, ou le Pénitencier national et l’Asile pour les fous de Lujan, qui pratique déjà la méthode de la porte ouverte… Il rend longuement hommage à l’architecte-paysagiste Thays qui a fait planter beaucoup d’arbres et aménager des parcs: ils donnent aujourd’hui à la Capitale son allure de ville verte. mais surtout, il ne tarit pas d’éloges sur la beauté des femmes : « Quant à leur beauté, elle est sans égale… Jeunes femmes au teint mat, aux grands yeux brûlants, aux traits réguliers et fins, mais immobiles, d’une expression grave ; pures jeunes filles au regard sans timidité, au sourire discret … Leur ardente grâce, la passion contenue et peureuse de leurs gestes, et, surtout le feu profond de ces regards dans ces physionomies sérieuses et concentrées, mettent au coeur du passant étranger, à l’heure du Corso de Palermo, des rêves de volupté intense et religieuse qu’il lui faudra bien vite éteindre.»   Che ! A ver !
  3. « Buenos Aires – Port de l’Extrême Europe » dans la Collection autrement -1987 ( Série « Monde » ) Cet ouvrage m’a été donné par un ami et j’avais déjà une autre publication dans la même série : « Buenos Aires 1880-1936 – Le mythe des confins » – 2001. Le principe de cette collection c’est de croiser les regards d’Argentins ou d’étrangers à travers des points de vue divers. Ainsi, dans le premier ouvrage, on trouve aussi bien un article sur le colectivo 60, par Graciela Schneir qui appelle ce bus, qui traverse toute la ville, Le Transporténien, que sur Lnoche porteña par Horacio Ferrer : « Il ne faut pas confondre les noctambules avec ceux pour qui, à onze heures, il se fait tard. » L’article le plus intéressant, pour moi est celui où des Argentins de Paris parlent de la Capitale, dans un entretien polyphonique :  « Le Porteño physiquement est très beau, de toute la race masculine, ce sont les plus beaux… les hommes argentins sont sans comparaison…Les Porteños aiment bien baratiner, ils cherchent toujours une combinaison pour gagner plus d’argent en travaillant le moins possible.» ( Tilda Thamar, vedette de cinéma des années 40 à Buenos Aires ). Voilà qui équilibre avec le point de vue de Huret sur les femmes. L’autre édition d’Autrement explore plus le mythe et la poétisation de Buenos Aires, mais j’y reviendrai.                                                                                                                    
  4. Pour finir une citation de Luis Alposta, poète:  «Quelquefois je me demande / Ce que serait cette ville sans la poésie. / Que serait devenue Buenos Aires / Si le tango n’avait pas existé ? »

Comment ne pas attendre encore de nouvelles surprises de cette ville ? Comme Jules Huret, nous avons hâte de la retrouver. Volver !

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par chabannonmaurice

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