CONVIVIALITE ARGENTINE.

Quitte à contrarier à  nouveau ceux qui professent qu’on danse aussi bien en Europe, sinon mieux qu’en Argentine, je voudrais consacrer cet article à ce qui fait, à notre avis, le sel d’un voyage  dans ce pays : la convivialité, dans la danse, comme dans la vie quotidienne.

C’est d’abord vrai dans les milongas et j’ai déjà eu l’occasion d’insister sur cet aspect, notamment dans ma conférence « Les milongas argentines, un rendez-vous social ». Malgré les bouleversements dans les lieux où elle se déroulent ( sécurité du public ? petits règlements de compte ? …) l’accueil reste toujours chaleureux. Car on ne se borne pas à encaisser votre entrée, mais vous êtes reconnus, que vous soyez nouvellement arrivés ou habitués de la milonga : abrazo y beso de rigueur. Ensuite, à l’installation dans la salle où on vous accompagne jusqu’à votre table, et même si les porteños y ont leur place attitrée, l’amphitryon essaie généralement de vous choisir le meilleur endroit pour la pratique du cabeceo. Vous pouvez d’ailleurs être très vite assimilé, si vous prenez l’habitude de revenir pour retrouver les mêmes danseurs ou profiter de l’ambiance plaisante propre à chaque lieu. Car il est vrai aussi que dans les milongas, ici, comme en France, les habitués dansent d’abord entre eux, avant d’inviter un touriste sans avoir jaugé ses capacités. Le système des « encuentros » installé en Europe, paraîtrait ici très élitiste et sélectif, même si certaines milongas prônent une belle qualité de danse. La rencontre ici, va de soi, se fait toujours naturellement et  spontanément, sans souci de prévoir sa participation tel jour à telle heure plus ou moins indue, avec partenaire affiché pour limiter le nombre de participants et rester entre soi  ! On est loin des milongas populaires, comme celle du Bar Notable « Los Laureles », ( Iriarte 2290), le samedi soir « La Milonga Empastadas » ( avec des disques de pasta y vinilo ! ) où l’on vient en famille, à la fois pour dîner, pour écouter musiciens et chanteurs et pour danser sur une simple piste en carrelage ! Pas d’élégances ostentatoires, des tablées joyeuses, la cocina casera, et un patron attentif et des serveurs amusants…Mais quelle ambiance, que nous avions déjà appréciée en 2015 !  ( voir mon article du 12/01/2016 ). Et ce samedi dernier, il y avait deux excellents musiciens, travaillant au chapeau,  » a la gorra », comme dans la plupart des peñas.

              

Mais c’est aussi dans la vie quotidienne qu’on peut apprécier la convivialité argentine. De l’inconnu qui vous offre son aide dans la rue pour vous guider, au chauffeur de taxi qui s’intéresse à votre motivation ou vous parle de son amour de l’Opéra ou du Théâtre qu’il pratique en amateur, la connexion est facile sans être aussi intime que dans le tango. Bien sûr, c’est avec les amis que le partage se fait facilement, le plus souvent autour d’une table ou dans un bar avec peña ou milonga. La communication des bonnes informations est spontanée et enchaîne souvent par coïncidence de belles invitations. Un exemple : quand nous avons été reçus par le Président de l’Academia Nacional Del Tango, grâce à deux amis présents à Tarbes qui nous ont été présentés en août dernier par Manée Bruyère, l’ancienne présidente de l’association « Tangueando Ibos », nous avons rencontré dans les couloirs un chanteur qui préparait un tour de chant au Teatro Maipu et il nous a immédiatement invités à sa soirée. Le même jour, lors d’un repas de commémoration de l’inauguration du Monument del Tango, le patron du Bar Sur, à San Telmo, lieu fréquenté par les touristes mais cependant authentique, nous avait déjà invités spontanément à la soirée. Et d’autres amis argentins proposaient en choeur de nous y accompagner et de nous reconduire ensuite en voiture. Et bien sûr, les amis argentins n’hésitent pas à vous ouvrir leur appartement. Ce fut le cas chez Maria Rosa , une artiste qui habite un lieu insolite près de la célèbre Librairie Ateneo, ancien Teatro Splendid à Santa Fé, mais aussi chez Jacqueline Sigaut, une chanteuse qui ouvre régulièrement sa maison pour des soirées  » Lo de Jac » où se retrouvent artistes, producteurs, cinéastes et amoureux du tango, sujet sur lequel on peut discuter pendant des heures. J’y reviendrai… Tango qu’un chauffeur de taxi, nous conduisant hier soir à l’Obelisco, tangueria qu’il connaissait manifestement bien,  ( Entre Rios 1056 ) a eu la gentillesse de mettre en fond sonore, avec la radio 2X4.

  

Enfin la convivialité c’est aussi, dans ces occasions multiples, l’intérêt porté à la présence en nombre des Français à Buenos Aires et à ce qui nous fascine, les uns et les autres dans la culture argentine. Les discussions sur la piste, entre deux tangos portent souvent sur ce que nous apprécions dans ce pays, cette ville et dans les milongas. Nous ne perdons pas de vue que nous sommes ici en privilégiés et d’ailleurs, une danseuse, quand je lui parlais de ma fascination pour Buenos Aires a souligné « porque no vives aqui » ! La convivialité, c’est aussi de vous ramener à la réalité… avec le sourire !

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par chabannonmaurice

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