UNE PREMIERE NOUVELLE : « ELODIA »

                                                                    

Elodia signifierait « Parfum de la terre »

et « Richesse des richesses »

Celles qui portent ce prénom sont extraverties,

émotives et aiment se donner en spectacle …

 

 

          Dans l’espace étroit du bar, étrangement installé dans une sorte de couloir, attenant au salon de coiffure, Elodia ne passe pas inaperçue. Sa stature imposante masque en partie une vitrine de flacons de parfums à l’ancienne, tout près du vieux bandonéoniste au costume défraîchi. Il faut dire que la robe toute en paillettes bleues qu’elle s’est visiblement elle-même confectionnée pour l’adapter à sa taille, ne dissimule en rien son embonpoint. Bien au contraire, et comme elle s’est en plus affublée d’un chapeau en forme de capeline noire, qu’elle a orné d’une voilette et d’une fleur dans le même tissu que la robe, elle apparaît, pour ceux qui découvrent ce lieu, comme un personnage qui serait sorti d’un film d’Amoldovar ou de Fellini. Seins énormes, taille lourde, ventre saillant, bras rabelaisiens aux mains potelées de graisse et face rubiconde : c’est aussi une gaillarde digne d’un tableau de Breughel !

        Et pourtant, rien de ridicule en elle, parce qu’elle chante ! Elle interprète un tango, «Angustia», et elle le fait avec une telle conviction et une telle sensibilité que le public oublie sa silhouette. D’ailleurs, pour les habitués, elle est là, à toutes les séances. Tout son corps vit le tango : yeux mi-clos, bras et mains soulignant les paroles, posture droite, elle transmet son émotion à un auditoire captif parce qu’il est subjugué. C’est l’étrange magie du tango chanté qui envahit d’autant plus le spectateur attentif, qu’il l’écoute dans un lieu des plus populaires. On pourrait prendre la chanteuse pour La Castafiore et pourtant, on croit entendre Rinaldi. Son visage s’illumine de la beauté du tango et de l’expressivité de son interprétation. Elle chante. Ses yeux, quand ils ne sont pas fermés, brillent d’immersion dans le texte, mais aussi de complicité avec le public qui écoute religieusement. Tous connaissent ce tango célèbre et le fredonnent… Elle chante et on oublie le plâtras de rouge à lèvres, couleur «rouge baiser», avec lequel elle a dessiné outrageusement sa bouche sur un maquillage qui n’est pas plus discret. Elle n’est plus que La Chanteuse et quand elle termine sur le dernier vers, avec un grand mouvement du bras qui clôt le tango, ponctuation définitive et théâtrale en point d’orgue sur le dernier marcato du bandonéon, c’est une salve d’applaudissements qui la remercie. Ils sont vite renforcés par des cris « 0tro ! otro ! otro ! » Elodia en est toute rougissante et murmure qu’elle chantera à nouveau plus tard. D’ailleurs, un autre interprète se déplace déjà vers le musicien, partition à la main, mais le bandonéoniste fait signe qu’il n’en a pas besoin. Pourtant, le chanteur, à la mémoire défaillante, devra, lui, s’y reporter plusieurs fois au cours de sa prestation, tout aussi émouvante que la précédente.

     Le coiffeur, qui n’avait pas de client pendant l’intervention d’Elodia, après avoir mêlé ses applaudissements à ceux du public, retourne à son fauteuil où vient de s’installer un habitué : comme d’autres élégants du quartier et de Buenos Aires, il ne changerait de salon pour rien au monde. Il faut dire que c’est un lieu insolite, à la fois un musée, une scène de théâtre ou de cinéma populaire, comme seule la Capitale argentine sait en procurer aux curieux, désireux de sortir des sentiers battus. Et «La Epoca» récompense généreusement du choix qu’on fait de s’y rendre, soit pour se faire couper les cheveux, soit pour assister à une peña hebdomadaire, soit pour conjuguer les deux plaisirs. Le patron, bel homme de grande allure, ne déparerait pas au Teatro Colón, tant il met de soin dans le costume raffiné qu’il porte et qu’il impose à ses employés et apprentis : gilet à fleurs de soie brodées sur une chemise blanche cravatée, pantalon noir, souliers vernis et barbe soigneusement taillée. Il est, à Buenos Aires, Le Barbier par excellence et l’on vient de loin pour soigner cette pilosité à la mode ! Ceux qui s’installent dans son fauteuil ne sont pas déçus car il exerce avec dextérité, et bien sûr la théâtralité qui sied à ce salon original, le tout avec le sourire… et cet humour argentin si déroutant ! Celui qui ne connaît pas le lieu pourrait redouter l’égorgement quand le rasoir s’approche de sa peau, avec des gestes appuyés, mais c’est tout en douceur que le maestro passe l’instrument. Et sur fond sonore de tango qui donne des frissons et se marie si bien avec le décor et la boutique, véritable musée de la coiffure. Les multiples et imposantes vitrines en noyer débordent d’instruments astiqués bien qu’antiques : ciseaux, rasoirs, flacons pulvérisateurs en métal, blaireaux de toutes tailles, savonnettes, fers à friser, petits miroirs de toutes formes, peignes et brosses… Et surtout, ces sièges massifs à l’ancienne, ces lave-cheveux démodés, ces casques à friser en bakélite… Tout un bric à brac qui intrigue, fascine d’autant plus qu’il est encore entretenu et utilisé. Une grotte d’Ali Baba de la coiffure, dont des éléments débordent sur le trottoir pour attirer l’attention sur l’enseigne.

   Mario chante maintenant, encouragé par l’auditoire. C’est un petit homme rabougri, malingre et visiblement timide. Bien que très propret pour la circonstance, il n’a pas, comme Elodia, fait de frais de toilette et, pour chanter, il a simplement remis sa veste un peu défraîchie. Mal assuré lui aussi de la fidélité de sa mémoire, il a placé sa partition sur un pupitre tout proche. « Il est veuf depuis moins d’un an, dit une femme à sa voisine, le pauvre, il a bien besoin de nous et de nos peñas régulières ! » Son filet de voix passe difficilement mais il a entamé, avec un air de circonstance, «Mi noche triste». Toute l’assistance frémit car c’est un tango de référence de Gardel, l’idole qu’il ne faut surtout pas ternir… Mario fait l’impossible pour être à la hauteur et tout le monde comprend son choix et compatit quand il chante : « La nuit, quand je me couche / je ne peux fermer la porte / parce qu’en la laissant ouverte / ça me donne l’illusion que tu vas revenir. » On sent qu’il y a, dans la voix du chanteur, des sanglots refoulés et toute la salle sait que chaque participant est plus ou moins concerné par cette solitude désespérée, que d’autres tangos disent dans tout le répertoire. Mario a soudain un léger trou de mémoire et se raccroche vite à sa partition pour terminer laborieusement, mais sous de sincères applaudissements. Une femme des premiers rangs se lève, lui apporte un verre d’eau et l’embrasse avec émotion. Tous les participants, pour la majorité des seniors confirmés, se connaissent de longue date et partagent les mêmes petits bonheurs, les tracasseries quotidiennes et les plus grands malheurs d’une vie sur le déclin. On devine que ces réunions hebdomadaires sont pétries de solidarité et que pour tous ces isolés, ce rendez-vous social est le baume au coeur indispensable.

   Et déjà un autre chanteur amateur est en piste. Celui-là est connu pour chanter de temps en temps dans les bars et restaurants, et pour avoir participé au Comité qui a travaillé à la conception du Monument du Bandonéon. C’est une des vedettes occasionnelles de toutes ces soirées, un demi-professionnel et tout le monde admet qu’il sera le meilleur du point de vue artistique. Mais qui se soucie véritablement de classements artificiels, dans ces réunions populaires où le plus important reste la rencontre, dans ce lieu chaleureux créé par le coiffeur pour partager une même culture, celle du tango chanté, telle qu’elle vit depuis des décennies dans la convivialité portègne ? Et Julio, qui chante maintenant, incarne totalement et avec brio cette intention, lui qui est plus flamboyant que son prédécesseur. Veston bleu marine impeccable sur un pantalon au pli net, cravate et pochette rouges, il affiche son habitude de la scène. Sa complicité avec le vieux musicien accompagnateur est évidente, et les accords semblent sortir du fueye aussi spontanément qu’harmonieusement. Solidement campé sur ses jambes tendues, le torse en avant, Julio déploie en effet un volume qui sied au tango qu’il a choisi : «Viejo smoking», dans la version musicale de Juan Maglio, un peu canyengue, a-t-il annoncé. Et Julio a le sourire de circonstance et fait mine d’épousseter son revers de veste quand il dit malicieusement : « Vieux smoking, combien de fois / Les plus jolies milongueras / Ont couvert de poudre et de rouge / Le brillant de ton revers… » Toute l’assistance sourit à l’humour amer de cette composition un peu méconnue, mais ici, c’est aussi l’endroit où on sait exhumer et choisir des tangos moins en vogue. Même l’apprenti, jeune gandin en for­mation, a abandonné momentanément son poste, pour écouter le chanteur, fasciné par le jeu de Julio et sa vivante interprétation qui déclenche une belle approbation de l’auditoire attentif.

   Après lui, tous les autres chanteurs font pâle figure, mais déploient tout autant de conviction dans l’interprétation, tandis que le mozo circule difficilement entre les tables pour faire payer les consommations et que deux dames préparent le tirage de la tombola. C’est en effet une autre habitude de la maison : chacun recherche ou confectionne un objet en rapport avec le tango et on puise dans le stock pour offrir un lot à deux auditeurs du jour. C’est Elodia qui gagne aujourd’hui une carte postale ancienne qui représente le couple de danseurs El Cachafaz et Carmencita, vieille photo figée auréolée de roses. Mais c’est un document et Elodia, sans se soucier de son rouge baiser, embrasse la carte avec fougue pour montrer son plaisir « Me encanta ! » Et elle en profite pour proposer une chanson de clôture que personne ne se risque à refuser. Fine mouche, elle a repéré des touristes français dans la salle et elle propose «Griseta». Elle y met une implication entière, insistant sur tous les prénoms qui évoquent les destins tragiques des Musette, Mimi et autres Manon… Elle termine en envoyant des baisers à toute l’assistance, diva grisée par les derniers applaudissements.

   Comme quelques autres participants, elle est moins à l’aise quand elle doit se déplacer, son embonpoint étant un vrai handicap. Et c’est en s’appuyant sur le bras de sa voisine qu’elle s’engage dans la rue pour regagner son domicile, silhouette insolite dans un environnement quelconque où les passants filent tête baissée, sans même regarder vers la boutique du coiffeur. Mais à Buenos Aires, les gens sont de longue date habitués à toutes les surprises et ne s’en étonnent plus. Les deux femmes marchent lentement, contentes de leur soirée, il ne leur viendrait pas à l’idée de critiquer qui que ce soit sur son interprétation. L’essentiel n’était-il pas de se retrouver pour tromper la solitude et contribuer à cette vitalité du tango dans le quartier et dans la ville ? Et déjà d’envisager et de préparer la prochaine peña ? Car il ne suffit pas de connaître les paroles depuis l’enfance, en bon Argentin, pour savoir les interpréter. Il faut écouter des enregistrements divers, travailler, sans imiter servilement les vedettes, pour y mettre un peu de soi-même et de sa vie. Dernière réflexion de Maria qui accompagne Elodia : « Ce Julio, il est bel homme ! sais-tu s’il est célibataire ? » Elodia rentre en pouffant dans son petit appartement où elle retrouve son bichon et son chat. Elle sent brus­quement tomber le poids de la solitude qu’elle aimerait bien tromper, elle aussi, avec un compagnon. Et elle a beau parler à ses animaux, mettre la télévision, elle se sent solitaire et démunie car il y a si longtemps qu’un homme ne l’a pas courtisée. Elle souhaiterait se sentir protégée. Heureusement, elle habite au rez-de-chaussée et bien qu’elle craigne parfois les intrusions, elle apprécie d’être de plain pied avec la rue pour ses déplacements indispensables. Maintenant, enfoncée dans son canapé, elle se sert un verre de vin et écoute distraitement une émission qui ne l’intéresse pas. Alors, comme souvent le soir, elle prend un album de photos pour y retrouver ses souvenirs, ceux d’une époque où elle était encore jeune, mince, élégante et désirable… Celle où elle fréquentait les milongas, dansait une bonne partie de la nuit et, femme libre, n’hésitait pas à partager son lit. Mais comme elle ne voulait pas se sentir attachée, et encore moins sous la coupe d’un compatriote macho, elle ne s’est jamais mariée ; si elle a connu des aven­tures, maintenant elle sait que son tour est passé et qu’elle sera seule jusqu’à la fin. Comme Maria, elle peut toujours rêver d’une aventure avec l’un des hommes de la petite compagnie du coiffeur, mais elle ne voit pas lequel lui plairait vraiment, à part le Figaro lui-même, mais il est trop jeune et trop beau ! Comme beaucoup d’autres qui viennent régulièrement à la peña, elle devra donc seulement se contenter d’un peu de cette chaleur humaine que la grande ville leur refuse. Elle finit son verre, se contente de grignoter quelques restes et s’ installe devant son mi­roir, lui aussi défraîchi, pour se démaquiller laborieusement. Pour faire bonne figure, elle a mis la dose de fond de teint, de kohl et de rouge baiser… Quand elle a termi­né, elle est effrayée par le visage défait qu’elle présente, ses poches sous les yeux, ses bajoues et par les chairs effondrées de son corps. Elle fond en larmes, face à son propre reflet. Et lui revient le refrain d’ «Angustia» qu’elle chantait à la peña :

 

« Llora, llora, Corazón,

Llora si tienes por qué … »

« Pleure, pleure, mon coeur

Pleure si tu sais pour quoi »

 

Le bichon, qui s’est couché à ses pieds, la regarde avec un air interrogateur qui pourrait passer pour de la compassion et elle le prend dans ses bras. Elle retourne sur son canapé et décide qu’à la prochaine peña, elle sortira de son registre des tangos : elle chantera une zamba, plus gaie. Pendant la semaine qui vient, elle essaiera de se remémorer et de travailler les pas de cette danse qu’elle connaît déjà : voilà une initiative qui étonnera l’assistance. Et pourquoi pas chercher à entraîner un des hommes du groupe, comme partenaire ? Les Argentins ne font-ils pas de cette danse d’amour le contrepoint folklorique du tango ? Qui sait si dans le tournoiement fascinant du foulard, elle ne capturera pas son danseur ? Et c’est dans ce rêve coloré qu’Elodia s’endort sur le canapé, le bichon lové sur ses genoux. 

 

On trouvera ci -dessous ( et après chaque nouvelle publiée ), pour les lecteurs qui découvrent la culture sud-américaine et le monde du tango, un répertoire des mots argentins utilisés dans le texte, un index des tangos cités ( se reporter aux sites todotango ou bibletango pour les écouter ) et des personnages, lieux, événements… auxquels il est fait allusion : 

  • Canyengue : manière de danser en imitant les Noirs par accentuation des postures ( position canaille joue contre joue, genoux un peu fléchis, déhanchement du bassin.) Pour utiliser les syncopes et les changements de rythme, la musique joue sur les effets de bruitage, en frappant par exemple les caisses des instruments. La danse canyengue paraît un peu comme un jeu…

    Fueye ou fuelle ( el ) : soufflet du bandonéon et par extension, l’instrument lui même, selon le vocabulaire familier des musiciens.

    Marcato ( el ) : au bandonéon, c’est une manière de souligner notes et accords, par une technique qui consiste à accentuer l’effet musical en soulevant le soufflet sur le genou, en l’étirant, et en le laissant retomber tout en plaquant les boutons nerveusement.

    Milonga ( la ) : nom donné au bal de salon consacré exclusivement au tango argentin, dans un cadre de rencontres sociales. C’est aussi l’une des trois formes, avec le tango proprement dit et la “vals”, qui diversifient le registre de cette danse.

    Mozo(a) ( el – la ) : jeune homme ou jeune fille et par extension, garçon de café, serveuse.

    Peña ( la ) : rencontre informelle de musiciens et chanteurs souvent dans des bars typiques où le public vient écouter, mais aussi manger et boire, parfois participer de manière impromptue ! ( Voir l’article du 29/11/2014 sur les peñas folcloricas ).

    Zamba ( la ) : genre musical et chorégraphique, d’origine hispanique, au rythme lent et élégant ( ne pas confondre avec la samba brésilienne ). C’est une danse de séduction où les partenaires agitent des foulards et s’en servent au final pour s’enlacer. ( Relire mon article du 29/04/2015 : La zamba, une danse d’amour. )

  • Angustia ( Angoisse ) : tango, musique et letra de Horacio Pettorossi ( 1925 ? ) où il est beaucoup question, dans le refrain ( “llorar por una mujer” ) du coeur qui pleure un amour perdu. Gardel en donna sa version en 1933.

    Griseta ( Grisette ) : tango, musique de Enrique Delfino et letra de José Gonzáles Castillo ( 1924 ) qui met en scène une grisette, prostituée d’origine française, qui comptait sur un destin brillant à Buenos Aires, mais mourut tristement comme Mimi et Manon, les héroïnes d’Opéra.

    Mi noche triste ( Ma nuit triste ) : tango, musique de Samuel Castriota et letra de Pascual Contursi ( 1916 ). Ce morceau passe pour être le premier tango canción, d’autant plus illustre qu’il fut interprété par Gardel en 1917 à un moment où il passait des dominantes folkloriques de son répertoire à celles du tango.

    Viejo smoking ( Vieux Smoking ) : tango, musique de Guillermo Barbieri, letra de Celodonio Flores ( 1930 ) : ce texte, d’un des premiers poètes du genre, se lamente sur un vieux smoking, témoin défraîchi par le temps d’une carrière de séducteur, vieilli et abandonné lui aussi.

  • El Cachafaz : avec sa partenaire, Carmencita, ils formaient le couple de danseurs légendaires des années 30, très inventif. Suite à des tournées internationales, il a fondé son academia d’enseignement.

    La Epoca : un salon de coiffure célèbre dans le quartier de Caballito. C’est un véritable musée de la coiffure, doublé d’un bar où s’organise régulièrement une peña populaire avec les gens du secteur. Le lieu étant exigu, le propriétaire vient de déménager dans un espace plus grand, mais où il entend maintenir le même esprit. ( Relire sur ce sujet, mes deux articles, abondamment illustrés des 20/12/2014 et 03/03/2018. )

    Rinaldi Susana : chanteuse et actrice née en 1935, surnommée « La Tana » ( La Ritale ) , très impressionnante en scène par sa vitalité, sa théâtralité et son aura. Forte personnalité, elle reste une figure emblématique des chanteuses contemporaines et fut attachée culturelle à l’Ambassade d’Argentine à Paris, ville avec laquelle elle a toujours entretenu des liens étroits.

par chabannonmaurice

UN HOMMAGE AUX FEMMES QUI ILLUMINENT LE TANGO.

      Dans mon dernier article, j’annonçais une surprise pour les lecteurs, danseurs, chanteurs et autres amis amoureux de l’Argentine. Après la publication de mon roman « La vie est une milonga » en 2017, et donc depuis plus de deux ans, j’ai en effet repris la rédaction de Nouvelles et Récits que je me proposais de publier au printemps dernier. Dans l’écriture, j’ai retrouvé ainsi, à partir de rencontres réelles et du plaisir qu’elles m’ont procuré, l’alacrité des saynètes, à la mode de certains tangos mettant en scène des personnages de la vie populaire. Je pense à « A media luz », « La ultima curda » ou « Nino bien » et bien d’autres

   En effet, chaque fois que nous sommes allés à Buenos Aires, les rencontres que nous avons pu faire ont toujours été étonnantes, conviviales et enrichissantes. Avec le phénomène « boule de neige » qui fait qu’une personnalité en présente une autre et qu’une tablée comporte toujours des personnages hauts en couleurs. Nous avons eu ainsi la chance de rencontrer certes des célébrités en tous genres, des animateurs de casas de tango, de milongas, de peñas, et des musiciens, comme les bandonéonistes de« Los Reyes del tango » ou de « Sans souci » dont la modestie m’a toujours étonné, eu égard à leur immense talent. Mais nous avons aussi cherché à partager des moments de la vie quotidienne des portègnes que nous avons côtoyés dans la capitale mais aussi des habitants du pays. Nous nous sommes même mêlés à des manifestations de rue pour comprendre les revendications des participants. J’ai déjà eu l’occasion de parler de toutes ces rencontres dont certains protagonistes sont aujourd’hui disparus. En parcourant les articles précédents de ce blog, vous pourrez trouver des relations de ces instants exceptionnels.               

   Mes observations du moment, consignées au fil des jours dans 4 carnets – où je notais aussi quelques figures apprises en cours – ont naturellement servi de terreau fertile à mes écrits précédents. Mais, pour ces dernières nouvelles, j’ai choisi délibérément de distinguer les femmes : pas seulement pour la beauté et l’élégance de beaucoup d’entre elles, fruit sans doute du métissage de l’immigration, mais parce qu’elles m’ont fasciné par leur grande énergie, associée à la finesse de leur jugement dans une société réputée machiste où elles prennent cependant toute leur place. Dans la préface que j’avais prévue, j’écris d’ailleurs : « Et de mes rencontres surgissent de belles figures, de la partenaire de danse aux fioritures discrètes à la musicienne aux cheveux noir de jais, sans oublier la vieille quechua mutique qui nous accueillit du côté de Cafayate, dans le cadre d’un tourisme géré par les nativos. » On aura bien sûr compris combien je suis sensible à l’univers féminin. Dans ma vie professionnelle, j’ai d’ailleurs côtoyé beaucoup de femmes, dans des postes aux compétences diverses, et j’ai toujours été conquis par leur appétit d’action, leur sens du réalisme qui donnaient toujours à espérer et, souvent leur discrétion, sans souci de se mettre en valeur. Je constate chaque jour que, dans ma famille et chez des amis proches, les femmes jouent pleinement ce rôle et mes écrits leur rendent quelque part aussi une admiration appuyée.

« Cascabel, cascabelito,                                                                                                                                  Rie, no tengas cuidado                                                                                                                            Que aunque no estoy a tu lado.                                                                                                                    Te levo en mi corazón » 

« Fille espiègle au rire de grelot,                                                                                                                Ris, ne fais pas attention                                                                                                                               Bien que je ne sois pas à tes côtés,                                                                                                           Je te porte dans mon coeur. »  

CASCABELITO, tango de 1924,                                                                                                             Musique : José Bohr, letra :  Juan Andrés Caruso.

   Comme j’ai dû renoncer pour l’instant à la publication de ces écrits récents du fait du confinement et de la suspension de toutes les activités autour du tango et de la culture argentine, j’aurai plaisir à en diffuser régulièrement sur ce blog, avec l’ espoir qu’elles contribueront à maintenir le moral des danseurs et à entretenir la flamme des relations privilégiées avec la culture rioplatense. En ce sens les avis et retour des lecteurs seront bienvenus.                          Première nouvelle  » Elodia » publiée très bientôt. 

   Et pour illustrer cet hommage rendu aux femmes, je ne résiste pas au plaisir de joindre une photo de Gardel en charmante compagnie, mais bien évidemment, sans aucune prétention à un quelconque rapprochement avec El Morocho

 

 

 

 

par chabannonmaurice