MES TANGOS PREFERES : « Trenzas » 1945

Pour m’inscrire à nouveau dans l’inventaire de mes tangos préférés, j’insiste sur le fait que mes choix s’attachent souvent au ressenti de la musique et de la letra ( ou vice-versa ) mais aussi à la façon dont l’oeuvre participe à la culture argentine et universelle. Enfin, la puissance évocatrice et onirique du tango compte aussi, comme pour toute oeuvre artistique. Je ne prétends donc pas à une étude historique mais à une approche personnelle, voire affective. Pour ceux qui voudrait aller plus loin, ils trouveront beaucoup de détails intéressants sur les sites que j’ai déjà cités : Todotango et Bible du Tango.
Le tango que je présente dans cet article est peu joué dans les milongas mais il est pourtant très intéressant pour les danseurs. Sur une musique de Armando Pontier, le texte a été écrit par Homero Exposito, tous deux novateurs dans leur domaine. Pour vous le mettre dans l’oreille, je vous renvoie ci-dessous à la version donnée par la Tipica « Sans Souci » que j’ai déjà mise en valeur, avec au chant Chino Laborde. Comme la vidéo a été tournée dans une milonga, vous pourrez observer les danseurs et constater que chacun interprète à sa manière. J’y reviendrai en parlant du rythme de ce morceau.

https://www.youtube.com/watch?v=2nUBAWg8KHk

Pour ma part c’est d’abord son titre original ( « Tresses » ) qui m’a séduit parce qu’il évoque tous les attraits de la chevelure féminine qui fait les délices des artistes depuis l’antiquité. Dans l’Iliade, déjà, les déesses et belles mortelles bénéficient de qualificatifs y faisant allusion  » Ariane aux belles tresses… » Et les statues de Coré, jeunes filles officiant dans les temples, montrent des chevelures aux coiffures savantes que les jeunes garçons arboraient parfois aussi.

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La sculpture de la Renaissance, n’est pas en reste, mais c’est la peinture qui va exploiter de tous temps, de Botticelli ( portrait de Jeune femme ) à Renoir (  » La natte : portrait de Suzanne Valadon – ) en passant par Cranach l’Ancien ( « Jeune femme aux grappes et pomme  » ) On peut trouver beaucoup d’autres peintres fascinés par la chevelure féminine.

Quant à la littérature, elle n’est pas en reste et il suffit de penser au poème de Baudelaire  » La chevelure » pour mettre en valeur ce que nous savons tous : la charge érotique qu’exprime la coiffure féminine dans tous ses états, même si le port de tresses est moins fréquent pour les femmes d’aujourd’hui, à l’exception des coiffures africaines qui les affichent savamment, comme marque d’une identité.

 » Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève «  écrit Baudelaire

Les trenzas ajoutent-elles du mystère en mettant la belle à distance parce qu’elle est plus apprêtée ? Ou, comme dans le tango, marquent-elles, plus encore, quand l’abandonné y songe, l’absence de la femme qui l’a quitté ? Voici quelques extraits en traduction :

« Tresses, / Soie douce de tes tresses / Lune à l’ombre de ta peau / et de ton absence… Tresses de la couleur du maté amer / qui adoucissaient ma grise léthargie… Et ainsi je suis en pleurs, / fatigué de pleurer / tressé à la vie / avec des tresses d’angoisse … sans toi.  »

On retrouve l’atmosphère de la plupart des tangos, sans doute moins désespérée et morbide que dans d’autres textes que j’ai déjà mis en avant. Exposito était en effet un auteur moins mélancolique que les poètes traditionalistes qui le précèdent. Il use beaucoup de la métaphore et ici les tresses prennent, dans le souvenir du délaissé, la valeur symbolique du lien défait mais encore tenace, car elles rappellent tendrement la beauté de l’aimée.

Quant à la musique, elle se distingue aussi par l’ accentuation du mot trenzas qui revient en refrain et qu’elle met en valeur. J’ai trouvé, pour les musiciens, une étude remarquablement détaillée de la partition sur le site documenté de l’Association « Al tango fuerte » d’Alençon :
– Une analyse de la structure métrique du tango « Trenzas …altangofuerte.jimdofree.com › une-analyse-de-la-struct..

Enfin, pour terminer, on trouvera ci-dessous, une autre interprétation de ce tango, celle d’un enregistrement d’origine, avec l’orchestre de Miguel Calo et au chant Raul Iriarte. On appréciera les solos des divers instruments qui donnent à cette version une couleur lyrique incontestable :
https://www.youtube.com/watch?v=0FbtNRCIEFw

En ces temps de re-confinement, l’écoute de ce tango, incite les danseurs à penser à leurs partenaires d’élection, qu’elles aient des cheveux courts ou longs, bruns, blonds ou roux, raides ou suffisamment souples pour être tressés !

par chabannonmaurice

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