MARGARITA

Avec ce second confinement et l’approche des Fêtes de fin d’année, comment ne pas penser à tous ceux qui vivent plus ou moins bien une solitude qu’elles ou qu’ils n’ont pas toujours choisie et que le tango chante souvent d’une manière mélancolique ?Je fais allusion, en particulier, à tous ceux pour lesquels les milongas et les rendez vous réguliers accordés au tango étaient une manière vivante de cultiver des relations sociales, chaleureuses et enrichissantes, autour du bar, d’un buffet convivial ou de l’écoute d’un orchestre. Et bien sûr, sur la piste, de partager avec un partenaire les émotions que procurent musique et danse, sans avoir besoin de rien se dire… A la veille de la fête des Marguerite, je dédie cette nouvelle, que je viens de terminer et qui s’ajoute aux 15 autres déjà rédigées, à tous nos amis du tango et plus particulièrement à toutes les danseuses avec lesquelles j’ai partagé l’abrazo. Je garde évidemment l’espoir que nous pourrons à nouveau danser… sans masque. Con todo mi corazon. Maurice.

Margarita vient du mot grec qui signifie « Perle » et fait bien sûr aussi référence à la fleur des amoureux.  Les femmes qui portent ce prénom prôneraient l’émancipation féminine, tout en restant très sociables et actives.

      Les petits-enfants de Margarita n’avaient pas hésité à venir la voir, malgré les restrictions de déplacement et la menace d’un confinement proche du fait de la pandémie internationale. Depuis quelques jours l’Argentine se débattait dans des informations sanitaires alarmantes et les politiques, comme d’habitude, semblaient dépassés et livrés à leur lassantes querelles. Malgré cela, l’énorme bouquet de roses rouges trônant sur la table du salon de Margarita apportait une note joyeuse, mais  sans attirer l’attention des petits enfants de celle-ci. D’aucuns et particulièrement Anita, la plus futée de ses petites filles auraient pu s’interroger sur sa provenance…

«  Tu lis un aussi gros bouquin ? Les mémoires d’un écrivain inconnu! » Les petits-enfants de Margarita n’arrivaient pas à comprendre ce qui pouvait bien motiver leur grand-mère qu’ils traitaient toujours avec un mélange de respect et d’affectueuse ironie. Car ils savaient tous qu’elle était grande lectrice et que sa bibliothèque était riche d’ouvrages divers, mais pourquoi des souvenirs ?… Les petits moqueurs pouvaient-ils d’ailleurs imaginer qu’on puisse s’intéresser à la mémoire des autres quand la mélancolie de ses propres souvenirs prend de plus en plus de place ?  Et n’y avait-il pas quelque chose d’indécent pour un écrivain, à étaler et publier ce qui révèle la vie intime de quelqu’un, fut-il célèbre?  Et enfin qui était ce Chilien, Pablo Neruda, que la grand-mère citait à tout propos, auteur et en même temps poète, dont ils n’avaient jamais entendu parler ?  Une personnalité forte et célèbre prétendait Margarita, Prix Nobel de littérature, mais vraiment ça ne leur disait rien. «  J’ai besoin de chaleur » disait  la vieille dame, comme une excuse, et en ajoutant «  Vous devriez lire plus ». Alors on détournait la conversation et peut-être pensait-on que la Mamie commençait à radoter. Pour les convaincre, elle avait même tenté une lecture à haute voix de ce que Neruda écrit concernant sa femme : « De la terre, avec des pieds et des mains, des yeux et une voix, elle m’a apporté toutes les racines, toutes les fleurs, tous les fruits parfumés du bonheur » citant là un court passage d’un chapitre consacré à la poésie. «  Est-ce que n’est pas simple et beau cette déclaration d’amour ? »  Mais ça n’avait ému personne, tellement ça paraissait décalé et ça avait plutôt fait sourire, discrètement, car on n’aimait pas contrarier l’aïeule qui, en plus, parlait d’amour ! Un livre paru en 1974, autant dire le Moyen Age. Les jeunes s’attardent-ils encore à des pratiques amoureuses d’un autre âge ? Et pouvaient-ils imaginer que leur grand-mère fût encore intéressée par de tels sentiments ? Margarita avait marmonné que ce qui comptait dans la vie et dans les livres, c’était l’authenticité et  la chaleur des relations humaines, au delà des tribulations quotidiennes et on en était resté là. 

C’est vrai que Margarita reprenait souvent  ce mot chaleur, et pas seulement à propos de celle des relations… Avec son défunt mari , quand ils vivaient dans la région des Lacs, à proximité de Bariloche, ils avaient  aménagé un chalet traditionnel en rondins où un poële gigantesque chassait froid et humidité de cette région climatiquement hostile en hiver, mais si grandiose à la belle saison. Au printemps et en été, ils avaient plaisir à chercher la chaleur du soleil, dans leurs promenades au bord des grandes étendues d’eau ou dans le parc des Arayans, aux magiques couleurs orangées.  Dès l’automne, dans la maison, allumer le feu, après avoir transporté laborieusement les grosses bûches, procurait un plaisir à chaque fois renouvelé. Ils aimaient  écouter le pétillement du bois, lovés dans les fauteuils au dossier inclinable et sirotaient leur vin râpeux sans rien dire,  se contentant d’écouter le silence… Le mari se félicitait tout haut du laborieux abattage du bois, et des provisions faites au prix des efforts pour refendre les grosses bûches. Puis Margarita sortait les empanadas du four et ils les dégustaient lentement, toujours installés devant le feu réjouissant, parfois en tirant sur leur genoux une couverture de laine alpaga. Ou bien ils lisaient en silence, côte à côte, sans avoir besoin de parler. Et parfois, son mari n’hésitait pas à servir une petite aguardiente, eau de vie, appellation qui l’avait toujours amusée, face aux détracteurs de l’alcool. Occasion encore de savourer ensemble la chaleur de la liqueur , pourtant rude au palais. Combien de fois enfants et petits-enfants avaient-ils entendu le récit de ces modestes souvenirs dont ils ne mesuraient pas le prix : ils leur paraissaient d’une époque pionnière révolue ! Et ils n’imaginaient pas non plus, quand elle racontait combien les vieux avaient plaisir à s’asseoir au petit matin sur un banc, qu’on puisse perdre du temps à contempler le paysage et ce fameux volcan Lanin dont elle gardait une photo majestueuse sur le mur de sa chambre. 

A la mort de son mari, sur l’insistance de ses enfants, Margarita était revenue à Buenos Aires, dans un modeste appartement qu’elle louait dans le barrio de Montserrat, tout près de ses descendants. C’était un cousin qui le lui avait procuré, Avenida Santiago del Estero, et cela lui convenait bien, non seulement parce que le nom de la rue portait des odeurs de ruralité mais surtout parce que c’était à proximité du Centre et de la Plaza de Mayo où il se passait toujours quelque chose. Car l’appartement étant petit, Margarita ne voulait pas y rester enfermée et  avait besoin d’air, même en sachant que celui de Buenos Aires n’avait  pas la pureté de celui des rives , forêts et lacs de leur vie antérieure qu’elle avait beaucoup regrettée dans un premier temps. Et, depuis la mort de son mari, Juan, elle avait besoin de tromper la douleur et la solitude et elle multipliait les initiatives pour surmonter son désarroi. Au début elle prit plaisir à découvrir des magasins, à visiter des monuments et musées, sur les traces de l’histoire de son pays et de sa capitale. Elle flâna dans les multiples parcs où elle cherchait la verdure. Mais très vite, une autre chaleur lui manqua : celle des relations sociales, pour effacer sa mélancolie. Certes, elle voyait aussi souvent que possible enfants et petits enfants, mais ils étaient toujours occupés et fatigués, ne serait-ce que par les déplacements dans cette ville tentaculaire. De surcroît, elle ne voulait ni déranger, ni paraître être à charge… et elle se félicitait de garder lucidité intellectuelle et activité physique pour préserver son indépendance.  

Elle se lia aussi avec sa voisine de palier, qui l’intriguait, parce qu’elle la voyait souvent sortir le soir, habillée coquettement et maquillée avec soin. Avait-elle un amant ? Allait-elle au spectacle ? Quelle activité pouvait supposer une telle recherche vestimentaire, renouvelée plusieurs fois par semaine ? Par pure curiosité, Margarita finit par inviter Julia à boire un maté  et la questionna habilement sur ses occupations. Mais bien sûr ! Comment n’y avait-elle pas pensé ? Julia se rendait régulièrement dans des milongas pour danser le tango, une activité que les ruraux jugeaient irréelle, trop urbaine et bien loin de leurs préoccupations. Certes, Margarita avait vu des spectacles de tango à la télévision nationale, mais pour elle, c’était comme le théâtre ou le cirque, et il ne lui était jamais venu à l’idée de danser. Elle se souvint seulement qu’à San Carlos de Bariloche,  avec Juan son mari, ils avaient vu un petit spectacle drôlatique, animé par Laura Falcoff et  un couple de tangueros, représentation qui parodiait avec humour les travers du tango et le ridicule de certains danseurs dans leurs postures maladroites ou leur attention trop pressante envers la danseuse. Intriguée par l’assiduité de Julia, elle la questionna longuement : celle-ci vanta, outre les plaisir de la danse, celui de l’atmosphère chaleureuse des bals et tout particulièrement des milongas organisées par des associations souvent dédiées à la maintenance d’une culture d’origine : il existait des clubs espagnols, italiens, arméniens… et souvent même, rattachés à une région ou une ville, comme Gênes ou Madrid. Cette communauté culturelle faisait toute l’authenticité de l’ambiance et la chaleur des rencontres. Chaleur ? Le mot ne pouvait que piquer la curiosité de Margarita et Julia l’invita à l’accompagner un soir. «  Mais je ne sais pas danser !  – Ce n’est pas grave, tu t’installeras en observatrice et tu n’es pas obligée de répondre aux danseurs qui t’inviteraient au cabeceo – cabeceo, c’est à dire ? – avec le regard , mais il suffit que tu ne regardes pas le solliciteur … » Margarita, bien qu’effrayée par ce qu’elle jugeait être des rites contraignants, se laissa tenter. «  Je te prêterai une de mes robes, mais nous allons dans des milongas populaires et il n’est pas nécessaire d’avoir des tenues sophistiquées, tout au plus élégantes. »

Et voilà comment Margarita découvrit les milongas  et le tango auquel elle trouva beaucoup plus que du charme. Julia, sentant cette attirance naissante, lui proposa de lui apprendre les rudiments. Elle lui prêta d’abord des disques pour que son amie écoute la musique et rapidement elle lui apprit à ressentir celle-ci, dans son tempo et le vécu de l’atmosphère créée par la letra, quand le morceau était chanté. Dans ses moments de solitude, Margarita trouva vite que le tango la plongeait dans une ambiance à la fois triste et envoûtante, qui lui convenait et quelque part l’intriguait. Comment cela se passait-il avec un cavalier qui vous prend dans ses bras, elle qui, depuis Juan, n’avait jamais approché un autre homme ?  Elle redoutait de trahir quelque part des souvenirs précieux et, avec le deuil, elle avait idéalisé son mari … Elle s’en ouvrit à Julia qui délicatement lui expliqua que la danse n’implique pas forcément une relation : « Bien sûr, tu vas tomber sur des esseulés qui vont te proposer un café ou un verre de vin, mais tu sauras refuser et surtout ne pas répondre aux invitations réitérées à danser. Une tanda et surtout pas une autre le même soir ! Mais je vais te présenter quelques copains sérieux et qui n’entreprendront rien d’autre que de t’apprendre à danser. J’organiserai  chez moi une rencontre avec un bon danseur et tu vas apprendre vite, pour peu que tu continues à bien écouter et ressentir la musique… » Et voilà Margarita dans les bras de Roberto, un vieux milonguero plein d’humour et de délicatesse, d’abord chez Julia, et très vite à la Milonguita, dans le Centre de culture arménienne. Elle se sent si facilement conduite par des partenaires attentionnés,  sélectionnés et incités par Julia à l’inviter, qu’elle prend goût à la danse et progresse très vite. Et qu’elle affectionne de plus en plus ces matinées et soirées car, adoptée par les habitués, elle entre dans leur cercle pour partager et la table et des planchas de charcuteries et fromages, surtout à Nuevo Chique.  Et qu’elle sort de plus en plus, au point que ses enfants et petits enfants s’en étonnent mais s’en réjouissent à la fois : elle semble rajeunir et  oublier sa vie rurale antérieure ! Aurait-elle rencontré quelqu’un ? 

Et le fait est qu’elle s’intéresse de plus en plus à Santiago, un autre ami de Julia, un bon danseur qui pratique aussi le folklore, dans une vie antérieure sportif et entraîneur de football et grand admirateur de Maradona. Le sport n’est pas original pour un Argentin, mais il lui a permis de garder une belle allure et un optimisme à toute épreuve. Margarita se prend à apprécier sa compagnie dans le cercle amical et à espérer qu’il l’invite plusieurs fois… Mais elle reste sur la réserve, et garde toujours sur sa table de nuit la photo de Juan, photographié au bord d’un lac, souriant triomphalement, avec son attirail de pêcheur dans une main et un énorme poisson dans l’autre. Et semaine après semaine, entraînée par un plaisir qui vire à la passion, notre danseuse novice devient une habituée des milongas  où elle a bientôt, en compagnie de Julia, sa table réservée… et sa liste de partenaires d’élection. 

Mais pourquoi aujourd’hui, seule dans son salon,  Margarita est-elle si triste ? Pourquoi a-t-elle aligné ses trois paires de chaussures de danse avec l’intention de les cirer et de les ranger dans leur boîte ? Pourquoi a-t-elle pendu dans son armoire, dans des housses aseptisées, les robes achetées à petits frais depuis qu’elle danse ? Pourquoi écoute-t-elle en boucle «  En esta tarde gris », ce tango auquel elle trouve une indéniable nostalgie et qui lui tire des larmes à chaque fois qu’elle l’entend ? Au point qu’elle en a cherché, avec l’aide de Roberto et de Santiago de multiples versions ?  Pourquoi Anita sa petite fille la trouve-t-elle si désemparée le même soir, quand elle lui rend visite en sortant de l’Université ?  Et pourquoi son visage ne s’éclaire-t-il pas aux récits insignifiants de celle-ci, auxquels elle s’intéresse habituellement parce qu’elle sait qu’Anita est amoureuse et lui fait ses confidences ? «  Le gouvernement vient de décider de  confiner les Portègnes et de fermer les lieux accueillant du public et en particulier les milongas, à partir de  demain… » dit-elle avec un air catastrophé ! «  J’y revivais et je me réjouissais à chaque sortie de rencontrer des amis, de partager des repas avec eux,  de savourer la musique et de danser. Ce virus inquiétant finit par tout compromettre, et à écouter les gens du gouvernement, il faudrait mettre les vieux en cage !  Que vais-je faire, toute seule dans ce petit appartement, même avec ma provision de livres et de disques ?  Tu comprends ça, Anita, toi qui aimes beaucoup retrouver tes copains ? » Anita, dans son insouciance, la rassure en disant que la menace du virus ne va pas durer et que la vie va bientôt reprendre un cours normal. Mais Margarita sait que ce soir elle voit encore sa petite fille et peut encore rencontrer ses amis, mais que dans les semaines qui viennent, la vie sera contingentée par des contraintes sanitaires incontournables.  Elle ne peut en vouloir au Président et au Gouvernement nouvellement mis en place, parce qu’elle sait qu’il sera plus attentif aux petites gens que l’équipe  précédente qu’elle n’appréciait pas beaucoup pour sa morgue ultra libérale ! Elle a suivi les informations et compris que c’est une épidémie mondiale qui menace tous les pays et toutes les activités et notamment le tango. Comment imaginer l’abrazo et, pour les adeptes du style milonguero, le joue à joue qui donne ce frémissement particulier et ce petit rien émotif qu’est toujours le contact de deux peaux, fussent-elles étrangères l’une à l’autre ?  Comment imaginer, comme le font déjà certains, de danser masqués, alors qu’un regard, un soupir ou la letra murmurée à l’oreille peuvent dire tant de choses ? Et surtout, lorsqu’elle en discute avec Roberto, Santiago ou Julia, ils craignent tous que sur la durée, le tango s’appauvrisse dans son essence même qui est d’être vécu, partagé, dansé, écouté… Roberto les rassure en rappelant que la danse a survécu à la dictature ou au discrédit jeté en d’autres temps et qu’il a une vitalité mondiale, mais sur le court terme, cela n’ouvre pas pour autant un horizon qui reste sombre. «  Et encore, nous n’en vivons pas, dit Santiago. Que va-t-il advenir des maestros de danse, des musiciens, des Djs et de tous ceux pour lesquels le tango est une source de revenus ? » 

Et c’est pour s’étourdir, le soir, veille du confinement, dernier jour de danse, qu’ils vont tous se retrouver dans une salle animée par Analia, un musicienne qui fait beaucoup pour ses collègues mais aussi pour les jeunes du quartier. Elle a annoncé qu’elle lançait une collecte pour aider ceux qui seraient forcés à une inactivité non rémunérée, et en particulier pour les orchestres de barrio.  Margarita retrouve ce soir- là la solidarité chaleureuse qu’elle a perçue à de multiples petits riens dans les milongas : conduire une vieille dame à sa place, s’associer à un événement heureux, mariage ou naissance, inviter un danseur handicapé, offrir un verre de Torrontès au voisin de table… Analia, malgré son sourire avenant, dit qu’elle n’est guère optimiste sur la suite des événements et qu’elle envisage d’ores et déjà d’autres moyens d’action pour faire vivre le tango, à la télévision, sur internet, dans la rue si c’est possible… Mais qui croit réellement à une fermeture longue des salles ? Ce soir tout le monde veut faire comme si la vie continuait normalement et danse autant qu’il le peut. Et le DJ, compte tenu de l’ambiance se transcende et choisit les morceaux les plus porteurs, comme s’il voulait que tous les danseurs gardent le souvenir de cette soirée. Margarita va jusqu’au bout de sa fatigue et quand Santiago la prend dans ses bras pour lui dire au revoir, elle ne peut cacher quelques larmes. Le reverra-t-elle ? Reverra-t-elle tous ses amis ?  Que réserve cet avenir où les médecins et les politiques doivent décider de ce qui convient à leurs concitoyens ?  Margarita, en cherchant ses clefs pour ouvrir son petit appartement a le sentiment qu’elle entre dans une nouvelle tranche de sa vie. Heureusement, les visites aux personnes âgées restent encore possibles et elle pourra voir ses enfants et petits-enfants.

   Quelques jours plus tard,  elle a une magnifique surprise : un fleuriste lui livre une énorme bottes de roses avec la carte de Santiago. Elle s’attendait à y trouver un mot mais il n’y a que sa signature… et, collée au dos, une clef qu’elle s’empresse de brancher sur l’ordinateur que ses petits enfants lui ont offert au Navidad précédent et dont elle se sert de plus en plus habilement. Deux tangos ont été gravés qu’elle écoute religieusement comme un parfum supplémentaire au bouquet de roses : « La Cancion de Buenos Aires » et  « Charlemos ». Elle avait déjà entendu le premier, chanté par Carlos Gardel, hommage à la ville qu’elle aime chaque jour un peu plus et dont Santiago a promis de lui faire connaître des lieux chargés de l’histoire du tango. Mais le second, elle le découvre. «  Bavardons, rien de plus… » Elle écoute et réécoute ce texte étrange et délicat, et sent un bel espoir monter en elle et transcender cet enfermement qu’elle n’a pas souhaité. « Rien de plus, vraiment ? »

 

Comme pour les nouvelles précédentes, se reporter aux lexiques et répertoires que j’ai renseignés en bas de celles-ci, pour le vocabulaire argentin déjà employé.

  • abrazo : enlacement des deux partenaires au début du bal et étreinte maintenue pendant la danse. Cette posture, fermée ou ouverte, qui assure la cohésion et la connexion du couple, est fondamentale en tango. Ce mot désigne aussi l’accolade fraternelle que se donnent les Argentins quand ils se rencontrent.
  • aguardiente : eau de vie.
  • cabeceo : code du tango, pratiqué dans la plupart des milongas argentines, pour l’invitation d’une manière chevaleresque mais sélective. L’homme sollicite la femme par un échange des regards ( mirada ) et l’acceptation se fait par hochement de la tête. Toutefois, pour éviter les confusions, la femme ne quitte pas sa place, tant que le cavalier n’est pas en face d’elle pour l’inviter à danser.
  • Maestro(a) ( el-la ) : titre respectueux donné aux poètes, compositeurs, musiciens, danseurs célè­bres dans le monde du tango.
  • Milonguero(a) ( el – la ) : danseur ou danseuse de tango argentin. Le terme a perdu son côté initial péjoratif pour désigner un danseur qui adopte la position fermée, appuyée « apilada », ou parfois un vieux pratiquant.
  • Plancha : planchette ou ardoise garnie de charcuteries et fromages, traditionnellement servie dans les milongas argentines.
  • Tanda ( la ) : séquence conventionnelle de trois ou quatre morceaux de genre, de style, d’époque et de rythme homogènes. Les tandas sont entrecoupées de cortinas, intermèdes musicaux qui invitent à regagner sa place et à changer de partenaire. Elles sont, la plupart du temps, organisées en deux tandas de tangos alternant avec une tanda de vals, suivie d’une nouvelle série de deux tandas de tangos puis d’une tanda de milongas.
  1. Pablo Neruda : écrivain et homme politique chilien ( 1904-1973), prix Nobel de littérature. Il est connu pour ses magnifiques poèmes d’amour et ses mémoires publiées en français sous le titre  » J’avoue que j’ai vécu »
  2. San Carlos de Bariloche : capitale de la Patagonie des Lacs, ancienne ville des natifs mapuches avant l’arrivée des colons, toute proche du Chili.
  3. Bosque de Arrayanes : sur une petite péninsule qui s’avance dans le Lac Nahuel Huapi, un parc national protège l’arrayàn , arbre endémique qui se distingue par son écorce orangée.
  4. Volcan Lanin : à proximité de San Martin de los Andes, dans un autre parc national, le volcan offre un cône parfait qui culmine à presque 4000 mètres.
  5. Santiago del Estero : au sud des provinces du Noroeste, ville qui doit sa réputation à ses traditions folkloriques et au synchrétisme religieux qu’on y pratique encore.
  6. Maradona : tout le monde connait cette vedette du football argentin dont l’Argentine vient de fêter les 60 ans en grande pompe. Des tangos lui ont bien sûr été consacrés.
  7. Torrontés : issu d’un cépage indigène c’est un vin qui se cultive dans les vallées calchaquies, au Sud de Salta. Il peut être sec ou liquoreux.
  8. Navidad : Noël, fête de la Nativité.
  • « En esta tarde gris » tango (1941), musique de Mariano Mores, letra de José Maria Contursi. Se reporter à l’article qui présente mes tangos préférés, en date du 05/02/2018 ).
  •  » La Cancion de Buenos Aires » : tango ( 1933 ), musique de Orestes Cufaro et Azucena Maizeni, letra de Manuel Romero. Une des compositions qui chante la Capitale et le tango, dont l’évocation console l’exilé : « Ca c’est le tango que je porte profondément en moi, planté au fond de mon coeur criollo. ( Criollo = propre à l’Amérique latine )
  • « Charlemos » : tango ( 1940 ), musique et letra de Luis Rubistein. Sur le thème de la conversation téléphonique, c’est un dialogue triste avec une inconnue :  » Bavardons, pas plus, / Car ici dans mon coeur / en vous écoutant je sens battre / une autre émotion. »

par chabannonmaurice

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