MARADONA, « un danseur en crampons »

Au lendemain des obsèques de Maradona, dans une ferveur populaire impressionnante, et bien que je ne sois ni un amateur, ni un connaisseur du football, il est impossible de passer sous silence le rôle exceptionnel de Diego Maradona et la place qu’il tient dans le coeur des Argentins. J’y suis incité par l’hommage chaleureux et apprécié par les Portègnes, que notre Président a rendu à la vedette décédée en parlant entre autres d’un « danseur en crampons ».
Cette expression bien choisie, dans un télégramme de condoléances au peuple argentin qui a beaucoup touché le Président du pays, m’invite à souligner la passion mondialement reconnue du peuple pour le football, sans doute supérieure à celle manifestée pour le tango. Cette passion, nous n’avons pas eu l’occasion de la partager dans un stade, malgré les recommandations touristiques, mais de la mesurer dans les conversations animées, et encore plus dans les rues, les soirs de matches. Sans doute Emmanuel Macron a-t-il pensé à rapprocher foot et tango, mais c’est effectivement une expression qui reconnaît à la fois l’habileté physique et le tempérament fougueux des Argentins quand ils s’adonnent à une passion personnelle. On trouvera ci-dessous 2 photos prises dans le quartier de Boedo, avec les supporters agglutinés à l’extérieur d’un bar et suivant le match à la télévision pendant que des enfants agitent les drapeaux du club.


Pour mieux mesurer les réactions du pays et de la presse nationale, j’incite mes lecteurs à aller plus avant en parcourant le blog de Denise Anne Clavilier : barrio-de-tango.blogspot.com et c’est aussi à son anthologie de référence que j’ai fait appel pour trouver des letras ayant trait au football. J’en retiendrai deux :
Déjà en 1933, Miguel Bonano écrivait un texte sur une musique de Horacio Pettorossi  » Mi primer Gol » ( Mon premier but ). On pourrait attendre un récit musclé d’une poursuite sur le terrain. Mais son originalité tient à la métaphore sur laquelle il repose : le poète compare l’amour à un match de foot où il s’agit de « tirer un but dans la cage du coeur » de l’aimée, et, qui plus est, en contournant les défenses du père de la belle, arbitre du jeu. Comme il est écrit avec des expressions en lunfardo, l’argot portègne, je ne suis pas sûr qu’il n’y ait pas des sous-entendus un peu licencieux, comme c’était fréquemment le cas dans les tangos de cette période. Vous en trouverez la musique et la letra sur le site de TODO TANGO souvent cité. La version est chantée par Gardel, lequel célébra aussi une autre passion argentine : les courses de chevaux et le turf. Un extrait ci dessous, dans la traduction de Denise Anne Clavilier :

Je ne suis qu’un pauvre amateur / Mais attends un peu que je m’installe / Dans les parages de ton coeur, / Je vais signer mon contrat / Dans le livre de l’amour…

Même ta détermination à tricher / Ne pourra pas éviter la chute / Quand au fond du filet de tes lèvres / Je logerai mon premier but.

En 2002, Alorsa a composé un candombé « Para verte gambetear », long hommage très expressif à Maradona, et dont le refrain rappelle l’ambiance des stades argentins où ce cri sert plus à déstabiliser les adversaires qu’à soutenir sa propre équipe :

Olé, olé, olé, olé, olé, olé, olé, ola / Para verte gambetear.

J’invite les amateurs à découvrir le texte intégral dans le recueil d’ Anne Denise, anthologie indispensable si vous voulez mieux appréhender la magie poétique du tango.

par chabannonmaurice

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