11 DECEMBRE : El Dia del Tango. Pour le célébrer, un de mes tangos préférés : « Esta noche de luna » 1943.

Ceux qui ont pu assister à Buenos Aires aux festivités del dia del tango, peuvent imaginer la tristesse de nos amis argentins qui ne pourront danser, ni dans la rue ( c’est l’été dans cet hémisphère ), ni dans les milongas ! C’est pourtant un jour de liesse populaire dont la date a été choisie parce qu’elle coïncide avec la date de la naissance de Carlos Gardel et de Julio de Caro. On pourra lire, dans mon article du 03/12 /2016, la relation de ce moment mémorable auquel nous avons eu le plaisir de participer plusieurs fois.

Pour marquer cet instant à ma manière, je partage avec vous mon ressenti par rapport à un nouveau titre dans la liste de mes tangos préférés. ( Après « En esta tarde gris » – 05/02/ 2016 -, « La Capilla blanca » – 10/05/2016, –« Sur » – 14/09/2016 -,  » El dia que me quieras » – 12/08/2017-,  » Pa’ que bailen los muchachos » – 03/12/2017 -, « Cascabelito » – 06/04/2020 -, « El adios » – 09/05/2020 -, « Trensas » – 03/11/2020 -, et « Soledad » – 25/11/2020 – ) Aujourd’hui, je mets à l’honneur « Esta noche de luna » , tango écrit en 1943 sur une musique de José Garcia et Graciano Gomez et une letra de Héctor Marco. C’est d’ailleurs l’orchestre de José Garcia qui l’enregistra en première version, avec Alfredo Rojas au chant et dans le style classique et dansant qui était celui de sa formation. Vous pouvez l’écouter sur la site de TodoTango.com auquel je vous renvoie habituellement. Pour ma part, je préfère la version de Pugliese avec Maciel au chant parce qu’elle est plus lyrique :

En effet, ce qui étonne dans ce tango, contrairement au pessimisme de beaucoup d’autres compositions, c’est justement que la letra est un texte amoureux, empreint de couleurs romantiques et presque mystérieuses, à la manière de certains tableaux ou poèmes où la lune joue un rôle essentiel dans le décor. On sait que depuis l’antiquité la LUNE est une figure féminisée qui occupe un rang mythologique, religieux, culturel et artistique et fascine peintres, musiciens, poètes, entre autres créateurs. On peut citer pour mémoire les poèmes de Hugo, Verlaine, et celui de Baudelaire  » Tristesse de la Lune  » ( Les Fleurs du Mal ) que je retiens ci-dessous :

Ce soir, la Lune rêve avec plus de paresse, / Ainsi qu’une beauté, sur de nombreux coussins, / Qui, d’une main distraite et légère, caresse / Avant de s’endormir le contour de ses seins,

On voit que les thèmes de l’astre nocturne ( rêve, beauté, rondeur…) sont associés étroitement à ceux de la féminité. Et c’est aussi ce qui motive mon choix de retenir deux tableaux de Chagall, artiste qui fait souvent, sur fond bleu, figurer la lune au dessus d’un couple d’amoureux ou d’un musicien, dans une atmosphère onirique séduisante.

Cela correspond assez bien avec l’atmosphère d’un des couplets du tango « Esta noche de Luna » : « La noche es azul, / convida a soñar, / ya el cielo ha encendido /su faro mejor.«  « La nuit est bleue, / et invite à rêver, / maintenant le ciel a allumé / son phare le plus brillant.

Le texte de ce passage donne le ton d’un tango où le poète amoureux flotte entre sensations magiques, sentiment d’être minuscule, appartenance à univers merveilleux où l’amour oscille entre réalité et rêve mais où l’aimée reste lointaine.

Si un beso te doy, / pecado no ha de ser; / coupable es la noche / que incita a querer. / Me tienta el amor, / acércate ya,
que el credo de un sueño / nos revivirá

Corre, corre barcarola, / por mi río de ilusión. / Que en el canto de las olas /surgirá mi confesión.

Si je te donne un baiser, / ce ne sera pas un péché ; / coupable est la nuit / qui incite à aimer / L’amour est tentant / approche toi maintenant, / que le credo dans un rêve, / nous fasse revivre.

Cours, cours, barcarolle / sur le flot de mon illusion. / Que dans le chant des vagues / Surgisse ma confession.

La référence à la barcarolle, chant traditionnel des gondoliers vénitiens, renforce pour l’auditeur l’atmosphère musicale, que les variations mélodiques agrémentent, d’autant que le couplet suivant s’élance sur une invocation, au ciel à la mer et surtout cri d’amour à la femme convoitée, mais respectée :

Soy una estrella en el mar / que hoy detiene su andar / para hundirse en tus ojos.
Y en el embrujo / de tus labios muy rojos, / por llegar a tu alma /mi destino daré.

Je suis une étoile en mer, / qui s’est attardée aujourd’hui sur sa trace / pour plonger dans tes yeux.
Et sous le charme / de tes lèvres écarlates, /pour atteindre ton âme / je donnerai mon destin.

Je conseille la lecture intégrale du texte, en même temps que l’écoute de la musique, car chaque élément renforce l’autre, avec des balancements poétiques, par exemple le dernier mot, point d’orgue des deux strophes qui se répondent avec morir, puis vivir ! Certes, Héctor Marco n’est pas un poète aussi connu que Cadicamo ou Manzi, mais le romantisme de ce tango est très séduisant et engage à une danse recueillie. Pour vous confirmer dans cette impression vous trouverez ci-dessous la version par la Tipica Romantica Milonguera que nous avons écoutée et dansée à la Milonga Maïpu, avec au chant une Marie Sol à la voix langoureuse… et aux attitudes spectaculaires. Vous pouvez relire l’article sur cet orchestre publié le 07/01/2020, avec la même vidéo

Dans cette version, j’attire votre attention sur le jeu des bandonéons, les solos de piano et violons et sur la présence complice de plusieurs personnalités du tango que certains connaissent certainement, dont un des chanteurs les plus âgés encore en piste, puisqu’il vient de fêter ses 90 ans, Osvaldo Peralta. Mais vous trouverez beaucoup d’autres enregistrements de ce tango amoureux.

Je termine cet article en lançant à nouveau un appel pour que les amoureux du tango s’abonnent à « La Salida » revue éditée par l’Association  » le Temps du tango » ( OEPF, 5 Rue du Moulin Vert, 75014 PARIS ) , contact@letempsdutango.com ; cette publication, la seule qui a survécu sur le tango, vit des abonnements et de la publicité pour les milongas et festivals et pour les cours. Avec l’arrêt des activités, elle ne peut compter actuellement que sur un renforcement des abonnements. Vous pouvez voir les sommaires sur le site et les chroniques sont toujours intéressantes et documentées, notamment sur le cinéma, la littérature autour du tango, la vie des orchestres ( un article dans le dernier numéro sur le travail en cours entre Juliette, la chanteuse et l’orchestre Silbando ), les artistes divers. Enfin la chronique régulière  » Cafetin de Buenos Aires », analyse des tangos autour d’un thème ou d’un auteur, grâce à A.L Epstein et Solange Bazely, constitue une anthologie indispensable, accumulée au fil des numéros. Abonnez vous et offrez un abonnement…

par chabannonmaurice

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