UNE ANNEE SANS MILONGAS !

7 mars 2021

Ce dimanche 7 mars, comment ne pas mesurer que, depuis un an, les salles organisant les milongas que nous aimons sont fermées? Et nous ne nous résignons pas, heureusement, à oublier ce que ces rencontres nous apportent non seulement pour la danse qui nous rend si vivants mais aussi pour l’écoute de la musique, qu’elle soit produite par des DJs ou des orchestres. Pas plus que nous ne nous habituons à voir sur les écrans des transmissions de concerts, et plus largement de spectacles, dans des salles vides ou avec un public très restreint. Mais surtout les milongas nous manquent parce qu’elles sont un lieu de grande convivialité et que nous avons besoin des déplacements qui nous y conduisent, de l’accueil qui nous y est fait, des embrassades et des étreintes, des rires et des émotions qu’elles déclanchent, des buffets amicaux et surtout, de retrouver sur la piste les partenaires avec lesquels nous cherchons l’accord dans la musique…

Je voudrais ici avoir une pensée amicalement émue pour tous ceux qui sont les artisans et facilitateurs de ces moments chaleureux : organisateurs et propriétaires des salles, souvent animateurs en même temps ; associations qui font la promotion conviviale du tango ; DJs et créateurs de mini-événements ; musiciens et chanteurs des orchestres privés de publics ; professeurs de danse et de folklore réduits souvent à des cours par vidéo ou rencontres virtuelles ; organisateurs de festivals maintenus dans le plus grande incertitude. Sans oublier les agents techniques et les bénévoles qui font, dans l’ombre, tout le succès des manifestations. Tous attendent, le tango au coeur, qu’on puisse considérer aussi cette forme de culture dansée comme essentielle et que les rapprochements intimes du tango soient possibles. Au delà pensons aussi à tous nos amis argentins dont la détresse économique accroît les déconvenues culturelles, en pleine année de célébration Piazzolla !

Et justement, je dédie à tous ceux là et à ceux que j’aurais oubliés dans ma liste, mais surtout à vous tous, mes amis danseuses et danseurs, ce tango composé par Astor Piazzolla sur un texte de Jorge Luis Borges. Ce grand auteur argentin, prix Nobel de littérature, passe pour une écrivain d’un abord difficile mais il a toujours mis en avant, dans plusieurs oeuvres poétiques, son attachement à sa ville et on retrouve les thèmes du tango et notamment celui du faubourg : « Et c’est peut être que, dans le faubourg, la douleur du temps est plus profonde, peut être pour cette même raison qui rend le souvenir du chèvrefeuille ou du coquelicot des champs de blé plus durable que celui de la rose. » (Miguel Enguinados dans Le caractère argentin de Borges – Cahiers de Lerne – N° de 1981 consacré à Borges. ) Le tango « Alguien le dice al tango » ( Quelqu’un parle au tango ) nous fait entendre la voix du poète, dialoguant avec la danse des faubourgs. J’ai retenu la traduction de Denise Anne CLAVILIER, dans son ouvrage « Barrio de Tango », Editions du Jasmin, 2010. J’ai déjà recommandé cette anthologie organisée d’une manière astucieuse autour de la géographie et de l’histoire de la capitale argentine

Tango que j’ai vu danser / face à un couchant jaune / par ceux qui étaient capables / d’une autre danse, celle du couteau. / Tango de ce Maldonado / avec moins d’eau que de bourbe, / tango sifflé au passage / depuis le siège du cocher.

Désinvolte et insolent, / toujours tu regardais droit dans les yeux. / Tango qui fus le bonheur / d’être homme et d’être courageux. / Tango qui fus heureux, / comme moi aussi je l’ai été, / selon ce que me raconte le souvenir ; / et le souvenir ce fut l’oubli.

Depuis cet hier, combien de choses / nous sont arrivées à tous deux ! / Les séparations et la douleur / d’aimer et de n’être pas aimé. / Je serai mort et tu fredonneras / toujours notre vie. / Buenos Aires ne t’oublie pas, / tango qui fus et qui seras.

Pour l’écoute de ce tango, j’ai choisi sur You Tube, la version avec Edmundo RIVERO, parce qu’elle est sensible et sobre, dans le style général de cette grande voix du tango, et qu’elle illustre magnifiquement le dialogue entre le bandonéon à la manière de Piazzolla et un grand poète qui signe la letra.

Edmundo Rivero – Alguien le dice al tango – YouTubewww.youtube.com › watch

par chabannonmaurice

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