Mes tangos préférés ( suite ) : “ SUR ”

     J’ai délaissé mon site pendant le mois d’août pour la trêve estivale et familiale et pour quelques événements en plein air qui ont fait la joie des danseurs, notamment au Pont du Gard, dans le cadre du Festival de Nîmes, et à Uzès pour les soirées animées par l’association Tabou Tango. Pendant cet été, un très grand musicien, Horacio Salgan, dont j’avais célébré le 100 ème anniversaire ( mon article du 15 juin 2016 )  nous a quittés tout doucement sur les dernières gammes d’un piano. Il avait porté cet instrument à un très haut niveau et le tango lui doit autant qu’au bandonéon de  Piazzolla, dans sa régénération et son regain d’inventivité.

Je reviens à mes lecteurs assidus avec la liste de mes tangos préférés, en tête de laquelle j’avais placé “ En esta tarde gris ” et “ La capilla blanca ”: voir mes articles des 5 février et 10 mai derniers. Aujourd’hui, je veux parler de “ Sur ” dont la letra est de Homero Manzi et la musique de Anibal Troilo. La signature de ces deux grands du tango serait suffisante pour expliquer la notoriété de ce morceau qui fut un succès immédiat à sa sortie, en 1948, d’autant que les plus grands chanteurs s’en sont emparé : Nelly Omar, Edmundo Rivero et Roberto Goyeneche, entre autres. D’autres musiciens l’ont inscrit à leur répertoire et notamment Pugliese. Il faut dire qu’il y a une fusion exceptionnelle entre la musique et le texte qui donne aux volutes de ce tango un charme particulier qu’il faut essayer d’analyser pour comprendre son emprise sur les Portègnes.

                                                  sur

Pour ma part, j’ai d’abord été saisi par la poésie du texte qui ne raconte une histoire d’amour révolue, qu’entre les lignes. La place essentielle est donnée au décor, que le poète peint à travers une énumération ou plus exactement une juxtaposition d’impressions et de souvenirs où, comme dit Baudelaire dans le poème “ Correspondances ”, les parfums, les couleurs et les sons se répondent… “ Le coin de rue du forgeron, boue et pampa, / Ta maison, ton trottoir, le fossé, / Et un parfum d’herbe et de luzerne / qui m’emplit le coeur à nouveau. ” La traduction prive cette méthode poétique des sonorités propres à la langue espagnole et des allitérations qui donnent au texte une grande musicalité,  simplement dans la lecture. “ San Juan Y Boedo antiguo y todo el cielo, / Pompeya y, más allá, la inundación…”. Ces deux vers, qui ouvrent le poème, suffisent à créer une atmosphère, celle des quartiers Sud de l’époque, quand Manzi enfant, débarquant d’un petit village proche de Santiago del Estero, découvrait la banlieue méridionale de Buenos Aires,  où le sud, et ce qu’il figurait de restes de pampa, était peu à peu effacé par l’urbanisation. La nostalgie des lieux transformés ou perdus, se mêle à celle des amours fanées : “ Ta coiffure de mariée dans mon souvenir : et ton nom flottant dans l’adieu…”. Quand on sait que Manzi, écrivait ce tango alors qu’il se savait atteint d’un cancer qui l’emportera en 1951,  on mesure encore mieux la tristesse tranquille de cette superbe composition : “ todo ha muerto…ya lo sé: tout est mort… je le sais ”. Cette technique d’écriture impressionniste, le poète l’utilise dans d’autres morceaux que les danseurs apprécient, en particulier dans “ Barrio de tango ”, écrit en 1942 sur le même thème, et avec le même compositeur : “ Faubourg de tango, lune et mystère, / rues lointaines ! comment êtes vous ? «  Il faut aussi noter que Homero, “ Barba ” pour les familiers, écrit sans utiliser le lunfardo, ce qui a sans nul doute contribué à sa réputation littéraire.  

                home      troilo06

Cela n’a pas entaché son prestige aux yeux des Portègnes qui accordent au mythe du Sud, la plus haute importance et ce tango en est devenu l’emblème. A tel point qu’une plaque rend hommage au poète à la esquina de San Juan et Boedo, sans parler d’autres qui signalent les lieux qu’il a fréquentés. Il nous a fallu divers voyages à Buenos Aires pour comprendre cette importance du Sud, et nous imprégner alors de ce qui fait l’aura de ce tango, LA référence historique, géographique et poétique qui a inspiré des films, des oeuvres diverses, des patronymes de lieux et bien sûr, d’autres tangos, dont un des plus célèbres est celui de Astor Piazzolla, “Vuelvo al Sur ”, sur une letra de Fernando Solanas auquel on doit le film “ Sur ” où s’illustrèrent Goyeneche et … Philippe Léotard, acteur français trop tôt disparu.  Le tango de Piazzolla étire, sur les complaintes du bandonéon, le mot Sur, comme un leitmotiv : “ Vuelvo al Sur, / llevo el Sur, / te quiero Sur, te quiero Sur…”  Sur ce mythe du Sud, je recommande de lire l’article  détaillé qui figure dans “ Le Dictionnaire passionné du tango ” déjà cité ( page 641 ) et, sur les références topographiques du tango, celui du livre de D.A. Clavilier, “ Barrio de Tango ” auquel je renvoie souvent aussi mes lecteurs ( page 240 ). 

L’oeuvre de Manzi est importante et on lui doit, outre des titres célèbres, comme “ Malena ” ou  “ Desde el alma ”, un renouvellement de la milonga dont la plus célèbre reste “ La Milonga sentimental ”. Il faudrait aussi parler de son travail journalistique, cinématographique et de son engagement politique. Enfin son amitié indéfectible avec Troilo explique la symbiose du texte et de la musique, magnifique dans sa complainte étirée ou le bandonéon apporte la couleur nostalgique, parfaitement assortie au texte. Quand mourut Manzi, Troilo s’enferma dans son chagrin et il composa en ode funèbre, un douloureux tango “ Responso ”.                                                                                                                                                                                                        

Publicités
par chabannonmaurice

MAGIC CITY et le tango à PARIS.

A propos du tango en France et plus particulièrement à Paris, le “Dictionnaire passionné du Tango”, déjà cité dans mes précédents articles, reprend une phrase portègne qui dit : « Buenos Aires est l’épouse et Paris est la maîtresse.» On est ainsi dans le registre de l’amour régulier ou illicite mais tous les danseurs savent que la propagation de notre danse favorite doit énormément au nomadisme entre les deux capitales. Pour mieux cerner cette relation passionnelle et fusionnelle, je conseille à mes lecteurs de se reporter à l’article très documenté du Dictionnaire qui    développe sur plus de 15 pages, l’historique de la vie du tango à Paris et met en valeur les acteurs vedettes dont Gardel, mais aussi des poètes, compositeurs, musiciens, danseurs, et personnalités diverses comme Cadicamo, les frères Canaro, Tania ou Copés… 

Dans ces échanges permanents et ce bouillonnement d’activités, un lieu va jouer un rôle dynamique, dans un cadre insolite puisqu’il s’agit d’un parc de loisirs et d’attractions dont on pourrait penser qu’il s’agit d’un concept récent. Il s’agit de “Magic City” qui a fonctionné de 1910 à 1942, en face du Pont de l’Alma, avant d’être transformé en studios de télévision qui porteront le nom du fondateur du parc Ernest Cognacq-Jay. C’est à ce lieu mythique que André Vagnon vient de consacrer un ouvrage, pour l’instant sur internet, avant une publication papier envisagée. Pour ce premier livre en e-book, proposé par la collection Bibletango, l’auteur a effectué des recherches dans les archives pour le texte, les illustrations, la musique, les films d’animation d’époque, et la lecture et l’écoute permettent des découvertes étonnantes, tant dans l’iconographie que dans les tangos. 

                                           .magic_tango_part_438 (2)

Mais ceux qui connaissent André savent que sa curiosité insatiable déniche des petits trésors. Il en va ainsi des affiches, publicités, cartes postales ou films d’époque qui illustrent les différents chapitres. Les plus captivants pour les danseurs, sont le chapitre 3 consacré aux bals, spectacles et expositions, et le chapitre 5 qui détaille les Bals de la Mi-Carême,  bals travestis fréquentés par une population homosexuelle que Brassaï a filmés avec réalisme et humour.

                   magic_salle_lucot_438     magic_city_brassai_3_1931_292

Le livre interactif, magnifiquement mis en scène pour les films et animations par Jean-Philippe Dégletagne, est accompagné de renvois multiples, d’annexes détaillées et d’une bibliographie. La discographie des tangos enregistrés par les orchestres tziganes, très en vogue à l’époque est des plus intéressantes ( annexe 18 ), comme les manuels de cours de tango argentin de Bayo et Chrysis ( annexe 24 ). Ne manquez pas, en conclusion la démonstration de tango ou la carte d’invitation sur le bal des internes au Bal Bullier, suivie des tableaux de Sonia Delaunay sur le même sujet ( annexe 4 ).

Un conseil: consultez vite ce travail remarquable et vous aurez envie de l’acheter: les quelques photos ci dessus devraient vous mettre l’eau à la bouche et des fourmis dans les pieds. 

                  https://itunes.apple.com/fr/book/magic-city/id1104651900?mt=11 

par chabannonmaurice

LE BANDONEON, instrument aux multiples facettes.

         L’histoire de l’instrument emblématique du tango prétend que le premier bandonéoniste fut un militaire du Paraguay, qui, en 1870, défila dans les rues de Buenos Aires avec son instrument, au sein des troupes du Général Bartolomé Mitre pour fêter la victoire dans la Guerre libératrice de la Triple Alliance. Ce José Santa Cruz et son bandonéon avaient bien mérité de la Patrie car l’instrument avait distrait et réjoui les troupes pendant les veillées de bataille. Il l’avait acheté à un marin allemand et à l’origine, l’instrument était conçu comme un “ organito” portable pour animer mariages, défilés et processions en plein air. Comme le saxophone prévu par Adolph Sax pour la musique militaire et des concerts académiques et devenu la vedette du jazz, le bandonéon de Heinrich Band, son inventeur, fut incorporé aux orchestres de tango, délogeant la flûte pour prendre le premier rang et exprimer les plaintes et complaintes des compositeurs : 

               « ¡ Che papusa, oi… los acordes melodiosos que modula el bandoneón…»                                                                                                                                                                        E. Cadicamo, “¡ Che papusa” 1927)

C’est donc un peu abusivement que le bandonéon , diffusé en Argentine et dans toute l’Europe par les marins et immigrants, tient le devant de la scène seulement dans le tango et qu’on oublie les possibilités musicales que lui donne sa conception définitive par l’allemand Carlos Zimmermann et reprise par Ernst Louis Arnold : 2 claviers, un registre différent pour chacun en tirant et poussant et…144 notes. Le concert qui s’est tenu le 24 juin dernier au Conservatoire du Pontet et qui avait été préparé par les master classes avec J.J.Mossalini et V.H.Villena ( voir mes articles précédents) a montré, selon la volonté d’Yvonne Hahn, professeur au Conservatoire Régional du Grand Avignon, que notre instrument fétiche pouvait aborder un vaste répertoire. 

               IMG_1519      IMG_1522

                                    IMG_1529

   Trois moments du concert, le dernier avec un des plus jeunes bandonéonistes.

En effet, le programme qui a été concocté par Yvonne Hahn en collaboration avec d’autres professeurs du Conservatoire et avec le parrainage des deux bandonéonistes argentins cités plus haut, comportait évidemment des morceaux dédiés au tango, notamment joués avec brio par un orchestre de tango dirigé par Juan José Mosalini ( “Ciudad triste”, “Trenzas”, “Bordoneo y 900”, “Yo soy Maria”), ou en duo de bandonéons, sous la direction de Victor Hugo Villena ( “Milonga para Samuel”, “Paysaje Azul”). Mais l’intérêt du concert résidait d’abord dans le choix de morceaux du répertoire classique avec Arvo Pärt ( 10 bandonéons et 4 accordéons soutenant un choeur),  Kurt Weill et Purcell ( piano,  7 bandonéons et choeur avec solistes) et Reynaldo Hahn ( piano et 3 bandonéons). Enfin, en point d’orgue, un “ Double Concerto pour bandonéon et accordéon” était créé à l’occasion du concert, sur une composition commandée par le Conservatoire du Grand Avignon, à Alejandro Schwarz, compositeur argentin, présent ce soir là et très ému par la qualité de l’interprétation ( solistes : V.H.Villena au bandonéon et Eric Pisani à l’accordéon). Ajoutons qu’en prime ce concert a permis de gommer la supposée rivalité entre les deux instruments : « trop souvent confondus, méconnus, ces deux instruments ont été enfermés pour l’un dans le tango, pour l’autre dans le musette. Il s’en libèrent aujourd’hui.» ( extrait du programme). C’est ce qui justifiait le titre subtil du concert “ Lames libérées – L’âme libérée.”

              IMG_1549   IMG_1550

                            Les deux solistes du Double Concerto.

Dans une salle comble, les spectateurs n’ont pas ménagé leurs applaudissements et leurs commentaires sur les découvertes faites au fil de ce concert où la collaboration harmonieuse entre les différentes classes du Conservatoire était évidente ( une mention spéciale pour la classe de chant, excellente dans plusieurs morceaux ). Mais ils ont surtout, par ces bravos nourris, encouragé les professeurs, les élèves de tous âges, et les artistes solistes nationaux et internationaux. Ils ont entériné le fait que pour sa deuxième année d’existence, la classe de bandonéon, créée par Yvonne Hahn a pris toute sa place dans la région et a donné ses lettres de noblesse à l’instrument. Merci à Yvonne pour ce travail de fond. 

                               IMG_1560

Sur scène, A.Shwarz, J.J. Mosalini, V.H Villena, E. Pisani et le chef d’orchestre M. Barruol.

 

par chabannonmaurice

SECONDE MASTER CLASSE avec Juan José MOSALINI

          En novembre 2015,  j’ai déjà relaté la répétition dirigée par Juan José Mosalini, avec les élèves avancés du Conservatoire Régional d’Avignon, à l’auditorium du Pontet.

Un des plus grands bandonéonistes actuels, dont le talent s’accompagne d’une extrême simplicité, était à nouveau à la baguette ce dimanche 12 juin dernier, dans le même site, pour une master class au Conservatoire, à l’auditorium dans le parc du Château de Fargues. Juan José Mosalini est un des derniers bandonéonistes de la génération des années 1940. Installé en France depuis 1977, il a créé divers ensembles et il a joué un rôle moteur dans le développement du bandonéon en France en ouvrant en 1989 une classe de cet instrument au Conservatoire de Genevilliers. Depuis, d’autres Conservatoires ont suivi cet exemple, dont celui du Pontet qui a ouvert une classe voici deux ans, sous l’impulsion d’Yvonne Hahn. Des élèves de Juan José ont depuis intégré des grands ensembles, dont le plus grand orchestre d’Europe, mais le Maître reste inégalable, tant dans le jeu que dans la direction et la composition. Dans ce domaine on lui doit des tangos, valses et milongas, bien sûr, mais aussi de superbes solos de bandonéon, des concertis et des cantates qui font entrer l’instrument dans le registre de la musique classique… ou de la musique de film. Il proposait d’ailleurs à la répétition des morceaux de sa composition dont « Ciudad Triste » et « Bordoneo y 900 »
Je recommande aux curieux de lire l’article détaillé sur lui dans « Le Dictionnaire passionné du tango » ( GH Denigot, E. Honorin, JL.Mingalon- editions du Seuil, 2015) ou de consulter les articles et reportages sur internet, Wikipedia et You Tube en particulier. Napo, un dessinateur humoristique argentin, a illustré un ouvrage plein d’humour sur le tango, sur une sélection musicale jouée et enregistrée par Mosalini ( disque joint à l’ouvrage ), avec une préface de Horacio Ferrer et une synthèse historique du genre par Oscar del Priore. ( Editions Consonances, Paris, 2005. L’ouvrage peut être demandé à Y. Hahn ). Vous pouvez aussi vous reporter à l’article du 24/11/2015, que j’ai rédigé sur ce blog , à l’occasion de la première master class de novembre. 

        P1170574 P1170573 

                   En répétition avec l’orchestre et en discussion avec Yvonne Hahn.

Une fois de plus, comment ne pas être impressionné par la virtuosité technique de cet artiste et la simplicité humaine qu’il dégage quand il explique comment il a sensibilisé aux rythmes que contient le tango des élèves de Genevilliers qui, au départ n’étaient pas musiciens et lisaient mal les partitions ? Et de joindre les gestes à la parole en montrant comment on peut partager cela simplement en marquant les pas sur place et en frappant les rythmes sur ses cuisses… Mais en dehors de cette technique, reprise depuis dans les cours sur la musicalité dans le tango, comment ne pas admirer la sollicitude qu’il montre vis à vis des musiciens, excellents par ailleurs mais parfois néophytes quant aux effets sonores du tango? Il revient inlassablement auprès de la pianiste pour aller vers la perfection, et vers le contrebassiste pour lui montrer les effets de percussions sur la caisse. Il insiste sur le tiré d’archet des violons en jouant sur un instrument imaginaire, mais on voit bien ce qu’il veut. Avec les bandonéons, il a un excellent moyen : saisir le sien et interpréter quelques mesures pour montrer ce qu’il maîtrise parfaitement.  Aussi ne néglige-t-il aucune des nuances, des silences dont il montre le rôle respiratoire, des solos donnés à tel ou tel instrument… Et, quitte à fatiguer les musiciens, il fait reprendre inlassablement tel ou tel passage pour aller vers la perfection. Mais il insiste surtout sur la nécessité, dans l’orchestre, d’écouter les autres et explique que si, dans la danse, le tango est plutôt libre dans son expression, dans la musique, chaque musicien ne peut jouer à sa façon et doit être dans l’expressivité voulue par le compositeur ou l’arrangeur. Un grand moment…

                     P1170579    P1170580

                              Deux attitudes de Juan José pendant la répétition.

Notons que les élèves d’Yvonne Hahn donneront un concert pour marquer non seulement la fin de la saison au Conservatoire, mais aussi les deux années de fonctionnement avec succès des diverses classes, dans un programme éclectique que je communique par ailleurs. Ce sera le vendredi 24 juin prochain, à 20h30, à l’auditorium du Pontet. J’incite les amateurs à venir encourager les musiciens et à juger du travail d’Yvonne, soutenu par les Master Classes de V.H.Villena et de J.J.Mosalini.  

par chabannonmaurice

TANGO ET LONGÉVITÉ : HORACIO SALGAN A 100 ANS !

    Par trop plein d’activités, j’ai délaissé mes fidèles lecteurs depuis un mois, mais l’occasion m’est donnée de revenir à mon blog avec l’événement du jour, non seulement en Argentine, mais dans le monde entier des danseurs et musiciens. Horacio Salgán, l’un des plus célèbres pianistes du tango, fête en effet aujourd’hui ses 100 ans et l’événement est suffisamment marquant pour faire la une des pages artistiques du quotidien Página 12. 

                                       tapa E&C, 15.06.16

Salgán fut, dès ses débuts, un des rénovateurs du tango, au même titre que Piazzolla, intéressé qu’il était par les diverses expressions musicales : tango et folklore argentins bien sûr, mais aussi jazz et musiques du monde et il en retenait les rythmes novateurs. Il a pratiqué d’ailleurs plusieurs instruments dont l’orgue, le saxophone et la contrebasse. En ce qui concerne le piano, il reconnaissait avoir été influencé par la virtuosité des plus grands musiciens du jazz, comme Art Tatum ou Duke Ellington.  De la même façon que Pugliese avait inventé l’effet « yumba », lui a introduit le « umpa-umpa » et il aimait souligner que ses ascendances noires expliquaient la teneur énergique de ses compositions. Un de ses tangos le plus connu,  » A fuego lento », en donne une idée. Il a travaillé avec les plus grands musiciens des diverses époques ( Calo, Firpo, Troilo, Mosalini…), les plus grands chanteurs dont Rivero et Goyeneche, préférant nettement les formations réduites, en duo avec Ubaldo de Rio, en quinteto avec le célèbre « Quinteto Real » qu’il a formé et présenté dans le monde entier. Son fils César, également pianiste,  le maintient depuis 12 ans maintenant. Il a aussi, comme l’a fait Piazzolla avec son Operita  » Maria de Buenos Aires », travaillé avec Horacio Ferrer, pour composer l’Oratorio « Carlos Gardel » joué avec un orchestre symphonique et le bandonéon de Juan José Mosalini en soliste.  

A l’occasion de cet anniversaire on relira avec profit les articles d’ouvrages de  référence comme « Le Tango » ( Horacio Salas – Actes Sud ), le « Dictionnaire passionné du Tango » ( GH.Denizot, JL. Mingalon, E.Honorin -Seuil ), on se reportera à divers sites internet. Il faut aussi regarder le film « Café de Los Maestros  » une de ses dernières apparitions publiques. Mais surtout il faut réécouter les compositions du Maître et en particulier « A fuego lento »,  » Don Agustin Bardi » et l’arrangement du célèbre « El Choclo » pour le Quinteto Real, où la mélodie est reprise en soliste, successivement par le bandonéon, le piano, la guitare et le violon. On y appréciera non seulement la virtuosité chère à Horacio, mais aussi son sens de l’équilibre, la finesse d’interprétation… et le plaisir de jouer.

Nombreux sont les plus grands noms du tango qui vivent jusqu’à un âge avancé et la chanteuse Nelly Omar avait, elle aussi, dépassé les 100 ans. Un des secrets de la longévité est-il dans le tango ? Féliz cumpleanos, Maestro !     

par chabannonmaurice

LA CAPILLA BLANCA

   J’ai souvent fait référence, dans mes écrits divers, à mes tangos préférés et le roman auquel j’essaie de mettre la dernière main, ne faillira pas à cette discothèque sélective et affective que tout danseur porte en lui. Mais je prévois de le faire d’une manière originale… Dans un précédent article du  5 février 2016, j’ai déjà mis en avant « En esta tarde gris ».  Aujourd’hui, je voudrais dire pourquoi « La capilla blanca  » a pris une des meilleures places parmi mes tangos choisis et dont on trouvera ci dessous le texte, grâce au site « La Bible du Tango » et aux recherches de son auteur, André Vagnon*.

En la capilla blanca
De un pueblo provinciano,
Muy junto a un arroyuelo de cristal
Me hincaban a rezar, tus manos.
Tus manos que encendían
Mi corazón de niño,
Y al pie de un Santo Cristo
Las aguas del cariño
Me dabas a beber.

Feliz nos vio la luna
Bajar por la montaña,
Siguiendo a las estrellas
Bebiendo entre tus cabras
Un ánfora de amor.
Y hoy son aves oscuras
Estas tímidas campanas,
Que doblan a lo lejos
El toque de oración.
Tu voz murió en el río
Y en la capilla blanca,
Quedó un lugar vacío
Vacío como el alma
De los dos…

En la capilla blanca
De un pueblo provinciano,
Muy junto a un arroyuelo de cristal
Presiento sollozar
Tus labios.
Y cuando con sus duendes
La noche se despierta,
Al pie del Santo Cristo
Habrá una rosa muerta
Que ruega por los dos…

   Ce tango de 1944, a été écrit par Carlos Di Sarli** sur une letra de Héctor Marcó**, un des poètes avec lequel il a eu une longue et fructueuse collaboration. C’est une première raison d’apprécier ce tango car le tempo du compositeur est propice à la danse et on ne conçoit pas une milonga sans au moins une tanda d’un des mousquetaires de l’âge d’or avec Troilo, Pugliese et D’Arienzo. Le style Di Sarli est facilement identifiable, notamment quand sa formation passe de la tipica au grand orchestre avec des interprétations mélodiques et souvent romantiques. Les danseurs en redemandent!

   A sa création, le tango fut chanté par AlbertoPodesta**, autre partenaire fidèle de Di Sarli dont l’interprétation est d’une grande sensibilité et c’est une seconde raison pour aimer ce morceau que je lui ai entendu chanter lors de la Gran’ Milonga sur un des podiums de la fête du tango du mois de décembre 2014, un an avant sa disparition. Il en a donné un nouvel enregistrement, en 1973 avec l’orchestre de L. Federico. Podesta nous a quitté à la fin de l’année dernière ( voir mon article du 10/12/2015 ) mais je le revois encore, tout en rondeurs sympathiques et en conviction chantante, sur la scène de Nuevo Chiqué où il avait donné un concert remarqué en novembre 2011.

                            P1070433

   Contrairement à beaucoup de textes qui parlent de Buenos Aires et d’amours contrariés, « La capilla blanca »a une inspiration agreste et une ligne mélodique apaisée, et le texte fait la part belle au paysage : le village rustique, le petit ruisseau, la lune, la montagne, les étoiles… Et surtout, cette petite chapelle blanche perdue dans la nature : tous ceux qui ont voyagé dans le pays en ont sûrement visité une semblable, souvent vide et calme, isolée dans un paysage serein. Pour notre part, nous en avons rencontré plusieurs dont les photos figurent ci dessous. Et écouter ce tango fait surgir en moi des images reposantes de paysages argentins, que renforce la touchante histoire d’amour. Cette veine rustique et presque lamartinienne, où le paysage est un refuge consolateur, existe pourtant dans de nombreux tangos dont l’un des plus connu est « Caminito » ( 1926; musique de Filiberto, letra de Peñaloza). 

 

     DSC1004 (204) DSC_0076

                  DSC_0162 P1020346

* André Vagnon qui est la vigie du tango, me signale, à propos de mon article sur « En esta tarde gris » que ce titre était aussi celui d’une course de chevaux annuelle, réservée aux femelles de 3ans, à Montevideo, capitale de l’Uruguay ! Et quand on sait la passion des habitants du Rio de la Plata pour les rencontres hippiques, passion qui a par ailleurs transpiré dans certains tangos, il faut prendre en considération complémentaire cette anecdote amusante. Mais ce n’est pas ce qui me fait aimer ce tango !

** Pour plus de renseignements sur Di Sarli et Podesta, je conseille aux curieux et amoureux du tango de se reporter aux articles correspondants du « Dictionnaire passionné du tango » (  G.H. Denigot, J.L.Mingalon, E. Honorin)  récemment publié au Seuil:  je l’ai évoqué dans un article précédent du blog.

par chabannonmaurice

LA FERIA DE SAN TELMO : des lieux mythiques .

 J’en viens, pour terminer mes articles sur la Feria de San Telmo, au  décor que constitue ce quartier historique et mythique, lieux qu’on voit mal le dimanche, dissimulés qu’ils sont par les stands et par la foule des badauds. Mais comme nous le disait une Portègne d’origine française et dont le grand père, architecte a construit de nombreux immeubles de la capitale, dont la Banque Centrale, à Buenos Aires, il faut savoir chercher et regarder en l’air pour déchiffrer l’histoire ou lire les plaques commémoratives. Et ce qu’on remarque à San Telmo, c’est l’unité créée par une juxtaposition de maisons de style colonial, d’une hauteur modeste et uniforme, depuis quelques années en rénovation progressive, grâce aux commerces et hébergements qui y prolifèrent.

Le barrio de San Telmo est, comme le savent les fervents de la capitale, l’un des quartiers les plus anciens de Buenos Aires, avec les premières églises et des demeures aristocratiques imposantes souvent délabrées aujourd’hui, car elles furent délaissées au moment où la fièvre jaune obligea les propriétaires à migrer vers des barrios plus sains. Des immigrés plus démunis, à la recherche de logement y installèrent alors des conventillos, maintenant recyclés en magasins. La visite indispensable d’El Zanjón, calle Defensa 755, une demeure historique, rénovée et protégée donne une idée des utilisations diverses d’un tel bâtiment et permet de voir les couches archéologiques successives du peuplement. On peut aussi découvrir, dans le quartier, une des plus petites maisons d’origine, la Casa Minima, 380 Pasaje San Lorenzo.

                   IMG_0416       P1010987

Il faudrait consacrer un article détaillé aux églises du secteur, avec notamment l’Iglesia Ortodoxa ( Brasil 315), qui étonne dans le paysage, et La Basilica Nuestra Señora del Rosario ( Defensa 422) avec, sur son parvis le spectaculaire mausolée du Général Belgrano.  Je retiens d’elles un portrait en filete du Pape François, gloire nationale, dans l’église Nuestra Señora de Belén ( Humberto 1er 340) et le souvenir d’un éblouissant concert de bandonéon, hommage à Troilo en 2014, joué sur un de ses instruments par les plus grands artistes de la capitale.

             P1140743       P1120541

Le coeur de San Telmo est la Plaza Dorrego, charmante par ses dimensions restreintes, par rapport aux parcs de la ville. Elle est envahie par les terrasses des bars, tourisme oblige, avec danseurs de tango sur bande de linoleum… ( photo à la une), mais c’est un endroit agréable pour une pause. Comme le sont aussi plusieurs bars remarquables du secteur et notamment El Dorrego Bar, (1098, Defensa ), vieillot à souhait avec ses tables et son comptoir marqués d’inscriptions célèbres, mais envahi par les touristes. Nous préférons le Bar El Federal,  à la esquina de Perú y Carlos Calvo, au somptueux présentoir décoré, qui propose aussi une restauration intéressante, et on peut y déguster une tarte renversée des plus alléchantes, accompagnée d’un torrontes excellent…

             P1020446       P1010874

            P1010911     P1140599

Notre café préféré reste le Café la Poésia ( esquina de Chile et Bolivar ) parce que l’âme d’ Horacio Ferrer y plane depuis qu’il le fréquentait régulièrement ( voir mes articles des 08/10, et 27/12/2014  ) et parce que la clientèle est populaire, étudiants amoureux et vieux portègnes esseulés, utilisant volontiers la terrasse extérieure. 

                 P1060741     P1140074

Quant aux restaurants, si nous avons essayé, un jour de fête, La Brigada (Estados Unidos 465),  réputée pour son cadre, son service et sa cuisine, c’est chic, avec une des meilleures viandes de la ville, mais cher, et il faut préférer El Desnivel ( Defensa 855 ), parrilla  très populaire et souvent bondée, mais où on déguste un bife de lomo à couper à la fourchette et les abats les plus recherchés ( goûtez les rognons ou les ris de veau ! ) 

  P1110119  P1110113  P1110123 

Les historiens et musicologues affirment que le tango prospéra dans ce quartier et aujourd’hui encore on trouve des bars restaurants installés de longue date et qui proposent des dîners spectacles de qualité… pour touristes. C’est le cas de El Viejo Almacen ( Balcarce 799) fondé par le chanteur E. Rivero, ou du Bar Sur ( Estados Unidos, 299). On peut se loger dans des hôtels simples ou de belles casas de tango, dont La Mariposita, celle de Carolina Bonaventura ( Carlos Calvo 950). Le tango s’y affiche en plein air pour les touristes et les milongas sont nombreuses et actives : Buenos Aires Club ( Bendita milonga et Maldita milonga, Peru 571 ), Club Independencia ( Independencia 572), Mansion Dandi Royal ( Piedras, 922)… et quelques autres. Des magasins de vêtements et chaussures de tango  se sont du coup installés dans ce quartier vitrine  ( Maria Jazmin, Humberto 1er 578; Raquel, Bolivar 554 ). 

Pour conclure, le barrio de San Telmo reste un des plus attachants de la ville, pour peu qu’on y cherche l’authenticité historique et sociale, les contacts humains… un plat savoureux ou un chapeau à la Gardel !

par chabannonmaurice

LA FERIA DE SAN TELMO: 2) à la rencontre des gens…

      Dans l’article précédent, j’ai évoqué l’extraordinaire marché que propose la feria, tant pour les objets et les fanfreluches que pour les vraies antiquités et puces diversifiées. C’est un spectacle attrayant, mais il est encore plus enrichissant d’observer les gens et de les rencontrer au besoin, car, par delà le prétexte commercial ou touristique, les Argentins sont très liants.

Il y a d’abord les habitués qui, depuis plusieurs années, occupent une place réservée, où nous les retrouvons avec certitude et qui, la plupart du temps nous reconnaissent. Le présentateur de marionnette est là, avec son petit danseur, personnage ivre qui tourne autour d’un réverbère sur l’air de“La Ultima Curda”, à proximité d’un duo de guitaristes qui passent plus de temps à discuter qu’à jouer. Le vendeur de jus d’orange fait main, est proche.  C’est tout près de la Place Dorrego où se tient le gaucho de San Antonio de Areco, qui en tenue de gala, propose des souvenirs de la pampa, éperons, objets en cuir, couteaux et autres boléos. 

                    P1040931  P1040933

et rencontres ...   BA 90

Un peu plus loin, installés dans la rue, des joueurs d’échecs ou de dames jouent leur partie, indifférents aux curieux, tandis qu’un vendeur de plumeaux circule entre les étals et ressemble à un drôle d’indien avec son magasin mobile. Dans la rue il croisera un promeneur de chiens, profession particulière à la capitale argentine, et un clown qui confectionne des jouets en baudruche pour les enfants… et les touristes !

                     BA 128  P1040924

        P1060444    P1010871

Le spectacle est permanent et insolite et m’a servi de toile de fond pour plusieurs de mes écrits, de la bohémienne qui danse, au sioux de circonstance, en passant par le fleuriste ambulant et les fausses statues…

 P1120368 IMG_1812 P1060458 P1060461

Bien sûr, le tango est toujours de la fête et permet à quelques artistes, ou parfois à des opportunistes, de profiter de la spécialité locale. Depuis de nombreuses années, s’installent, plus ou moins à la même place, celui qui voudrait être le sosie de Gardel, et surtout un couple et maintenant un trio de danseurs qui ont fait la une de pas mal de guides et ouvrages sur Buenos Aires, tant leur allure et leurs visages sont expressifs. Mais on ne s’en lasse pas !

         P1010966     BA 140

Plus artistiques encore, les prestations de “El Afronte”, l’orchestre du quartier qui anime en vivo deux milongas chaque semaine à San Telmo, le lundi et le mercredi ( Perú 571) et qui joue en face de l’église “Nuestra Señora de Belén”, proche de l’espace Mercedes Sosa. Et, sur la place Dorrego, les démonstrations élégantes de “El Indio”, un danseur qui est à l’origine, par ailleurs, d’une milonga au même lieu, chaque dimanche, et du Festival de San Telmo, en novembre (culture et tango). On peut enfin trouver des documents rares sur le tango chez les bouquinistes occasionnels installés sur la place.

   P1140759  P1100995

Et puis des visages, des sourires, et des rencontres extraordinaires, comme ces militantes d’une association féministe qui apprennent aux jeunes filles à s’occuper des bébés à l’aide de poupées factices mais si ressemblantes, parce qu’elles manifestent tous leurs besoins en pleurant ou criant, y compris la nuit… Ou cette vendeuse de jasmin avec sa petite fille, ou Thomas, qui vendait des partitions de tango et chantait tous les  tangos. Ce dernier figure en bonne place au panthéons de mes nouvelles ( “La Mariposa”, la seconde du recueil), mais nous ne le voyons plus…

P1140758  DSC_0095  DSC_0154

  P1070359    4 LA MARIPOSA  P1070337

A la Feria, ne regardez pas seulement dans l’objectif de l’appareil photo ou du téléphone… Observez, baladez vous, au risque d’être vite fatigués comme la troupe d’étudiants ci dessous !

                             DSC_0146

 

 

 

 

 

 

par chabannonmaurice

LA FERIA DE SAN TELMO : 1) à la recherche d’antiquités et objets insolites…

  Les Ferias à Buenos Aires se vivent comme un événement hebdomadaire, but de sortie familiale ou touristique, mais ils sont devenus une institution historique, commerciale et culturelle. La plus connue, dans le quartier ancien de San Telmo, draine, chaque dimanche, des touristes mais aussi des portègnes à la recherche d’un cadeau ou d’un moment insolites. On peut en effet s’y promener sous le soleil en léchant des glaces et en se laissant porter, au gré des stands colorés, des odeurs inattendues et des bruits divers. Mais depuis que nous prenons chaque année nos quartiers dans la capitale argentine, nous trouvons plaisir à vivre cette rencontre populaire avec des yeux à chaque fois étonnés par le talent inventif des exposants. Certes, nous retrouvons à chaque fois les stands attrape-touristes, mais il y a souvent quelques vraies découvertes et de chaleureuses rencontres, et nous ne nous lassons pas de cet événement. C’est pourquoi j’y consacrerai trois articles, pour en montrer la diversité disparate, tant du côté des objets, que des gens ou des lieux. J’enchaînerai plus tard sur la Feria de Mataderos, une autre ambiance, tout aussi animée et intéressante…

                                P1040919

Partons à la recherche d’objets insolites et d’abord chez les antiquaires… Dans ce quartier riche en histoire – j’y reviendrai- des artistes s’installèrent dans les années 1960, suivis, un peu plus tard, par des antiquaires en tous genres. Ils étaient incités à s’installer à proximité de la Plaza Dorrego, par la création en 1970 de la feria qui regroupa au début une trentaine de stands. Depuis, ils ont proliféré et colonisé des bâtiments délaissés, y compris d’anciens conventillos, et une bonne part du Mercado de San Telmo dont les touristes oublient de détailler l’architecture datant de 1897. Dans ce marché, comme dans d’autres galeries, on a depuis organisé des mini magasins loués à l’année, car les antiquaires sont ouverts aussi en fin de  semaine. La crise économique incita en effet les portègnes des classes pauvres et moyennes à se défaire de meubles et objets familiaux, souvent inspirés, sinon importés d’Europe. On peut donc faire des découvertes intéressantes quand on est amateur de beaux meubles, d’objets décoratifs ou utilitaires devenus rares chez nous, avec dans certaines boutiques, une spécialisation sur un type d’objet, par exemple les statuettes art nouveau, les bijoux … ou les chapeaux anciens.  Certaines boutiques sont luxueuses, d’autres plus modestes.    

               BA 72      P1020542

          qkmnd9z74x    BA 71

        Une belle vitrine, une galerie de la calle Defensa, le Mercado et un espace aménagé dans d’anciens entrepôts. Le mercado a gardé une partie alimentaire, comme à sa création.                             

 DSC_0099     P1060454    BA 86

Chapeaux en tous genres. Plusieurs boutiques prétendent avoir fourni Gardel en son temps. Je trouve les miens à “La Sombra del Arrabal” 1229 Defensa.

Dans le registre des antiquités, le tango et la culture argentine conservent une place de choix et on peut dénicher dans quelques boutiques spécialisées, des instruments anciens, des partitions musicales, des disques de qualités diverses et des livres sur tous les sujets, en prenant soin d’en vérifier l’authenticité.  Dans un article précédent daté du 5 février 2016, je parle du stand d’ Elena au Mercado où j’ai déniché des partitions, mais il y en a beaucoup d’autres et il faut fouiner. On trouve aussi sur la Plaza Dorrego, des vendeurs de gramophones anciens. Je connais des amateurs qui en dépit du poids, n’ont pas hésité à en rapporter en France. 

              P1010965     P1170083

Un stand de la Plaza Dorrego.  Avec Elena, à laquelle nous remettons un paquet de disques vinyls, cadeau de l’ami Vagnon, habitué des lieux. 

En dehors des antiquités, la Plaza Dorrego et les rues voisines regorgent de stands en tous genres, de plus ou moins bon goût, mais dont certains sont tenus par des artisans : la fabrication se fait sous les yeux des passants. Reste l’embarras du choix et le plaisir de flâner d’étalages colorés en étalages pittoresques. 

P1060441  DSC_0129  DSC_0128                                   

 DSC_0093     BA 85    DSC_0127       

Plateaux à picadas, bombos, ceintures, foulards, bouteilles, fleurs en tissu… 

Et au hasard de la déambulation, on peut voir se côtoyer les objets les plus antiques et des créations artistiques intéressantes car depuis quelques années, des designers se sont installés dans le quartier. Signalons enfin la présence de peintres dans la rue Humberto 1er à proximité de la Plaza Dorrego, et en cherchant bien, un ou deux fileteadores capables de vous peindre une plaque originale sur commande, au besoin avec un modèle.

   P1010988 P1060447                                                                   

 

par chabannonmaurice

FELIZ CUMPLEAÑOS !

 Une des premières années où nous étions en Argentine, à Cordoba, plus précisément en 2009, à la Milonga “El Arrabal”  où nous ne connaissions personne, nous avons découvert et partagé la belle tradition qui consiste à profiter d’une soirée de bal pour y fêter son anniversaire ( cumpleanos en argentin, toujours invariable). C’était, ce soir là, une chanteuse du cru, Consuela, qui marquait le sien :  habituée du lieu et  figure locale connue des aficionados,  elle faisait beaucoup pour la promotion du tango. Pour l’occasion, elle a chanté quelques tangos et dansé une zamba, danse que nous avons découverte avec bonheur. Un gigantesque gâteau attendait l’assemblée, après la tradition respectée avec entrain : les hommes devaient faire danser la valse à l’héroïne du soir. Par réserve dans un lieu nouveau, je n’ai pas osé me mêler à eux et le regrette encore. Par contre, nous n’avons pas refusé la part de pâtisserie distribuée à toute l’assistance. Et nous nous sommes immédiatement liés de conversation avec les tables voisines.

Depuis, nous avons eu l’occasion de participer à beaucoup d’anniversaires argentins et nous avons toujours eu la belle impression que nous étions de la famille. Le dernier en date, le 13 décembre dernier, au Club Gricel, marqué avec éclat à la Milonga “ Sueño Porteño” que j’ai déjà eu l’occasion de vanter, c’était celui de Blanca, 91 ans, une fidèle du lieu et de l’esprit de ce rendez vous bi-hebdomadaire, le mercredi et le dimanche. D’autres danseurs fêtaient aussi leur anniversaire, mais, ce soir là, Blanca fut l’objet de toutes les attentions. Toujours alerte de corps et d’esprit, elle n’hésita pas à danser, et notamment la milonga avec El Puchu, professeur de danse et animateur d’une Milonga au Dandy. Ce qui frappait, c’était l’attention respectueuse avec laquelle tous les habitués traitaient Blanca et en retour le regard pétillant de cette grande dame du tango.Une fois de plus, nous constations que les milongas argentines sont un rendez vous social et que les danseurs, s’ils en font un lieu où on peut aussi, manger, boire et rencontrer des amis, savent l’élire comme lieu de fête. En prenant soin de choisir les endroits où la convivialité est stimulée par l’hôtesse, comme c’est le cas avec Julia, pour “Sueño Porteño”.

          IMG_1190    IMG_1192

Julia Doynel et Blanca, qui, un peu plus tard, découpent le gâteau décoré par les amis.

Cette tradition portègne est heureusement reprise par des organisateurs de milongas chez nous et, cette dernière semaine nous avons pu participer à deux événements de ce type. Le samedi 20 février à La Milonga del Angel à Nîmes, on a marqué l’anniversaire de Flavio Tagini autour d’un énorme gâteau confectionnée par son épouse Estefania, par ailleurs DJ de la soirée et grande amoureuse de l’Argentine. Mardi dernier 23 , c’était au tour de la Milonga hebdomadaire d’Abrazo social Club de fêter Sophie, sociétaire et par ailleurs animatrice de “Tabou Tango” à Uzès, qui  a dansé la valse avec les hommes et, comme ils étaient nombreux, dans cette soirée bien fréquentée, Hélène, D.J. de la soirée a proposé un long “popurri”de valses argentines.

                                ABRAZO anniv'SOPHIE ELLES

A la milonga d’Abrazo, comme chez Julia, photo de groupe autour de l’héroïne du jour.

Notons, pour finir, que la tradition de Cumplenaos tient une grande place dans la vie argentine, particulièrement pour les filles, pour lesquelles on marque solennellement la première et la quinzième année ( Fiesta de Quinceañera ). Dans le monde du tango on commémore volontiers le souvenir des grands disparus, comme en 2014, celui de Troilo. Quant à la revue “ B.A.Tango”, elle tient un calendrier trimestriel des anniversaires des événements et surtout des personnalités du tango. C’est ainsi que nous avons appris qu’en décembre Victor Lavallén, bandonéoniste et chef d’orchestre, et Susana Rinaldi, chanteuse et ambassadrice culturelle en France, ont passé avec vitalité le cap des 80 ans. Bon anniversaire!   

par chabannonmaurice