A L’ACADEMIA NACIONAL DEL TANGO : ACTE 3.

 

Le troisième acte interviendra deux jours plus tard, à nouveau à l’Academia, dans le grand salon des Angelitos où un hommage est rendu à Armando Pontier, bandonéoniste, chef d’orchestre et compositeur. Ce genre de manifestations rythme le calendrier au fil des anniversaires, commémorations et autres événements significatifs. Il est suivi, non seulement par des académiciens émérites, mais aussi par des connaisseurs, des membres de la famille des personnalités honorées et des responsables de revues. Le déroulement est quasiment toujours le même avec un tango rituel d’ouverture, suivi d’une introduction de présentation et de diverses interventions ou discussions.

Des pauses illustrées par des musiciens, danseurs, récitants viennent souligner et magnifier le propos.
Le tango rituel choisi fut « Trenzas », un de mes morceaux préférés. Après un documentaire biographique et culturel sur Armando Pontier, un bandonéoniste et un pianiste jouèrent plusieurs tangos pour montrer le style du maestro, le pianiste ajoutant quelques phrases de sa voix. Le bandonéon fut d’une belle expressivité, au point de s’éloigner un tant soit peu de la composition initiale pour lui donner toute sa vigueur. Deux autres chanteuses, très théâtrales, ajoutèrent un tonus vivifiant à la soirée, plus que le couple de danseurs dont l’évolution dans un espace restreint restait académique, avec une tenue un peu trop dénudée de la danseuse pour être dans le bon ton… Mais l’ensemble était de haute tenue, comme les plenarios auxquels nous avons eu l’occasion d’assister dans nos voyages précédents. L’un d’eux m’avait permis de rencontrer Horacio Ferrer, grand poète mais homme d’abord très facile, à qui j’avais remis mon recueil de nouvelles. Et j’avais conçu pour lui une grande admiration qu’une autre rencontre, lors de la soirée d’anniversaire de Copes, avait renforcée quand il y récita son poème « Existir ». Je me suis ensuite lancé dans la découverte des letras qu’il avait écrites dans sa période de collaboration avec Piazzolla. Il reste pour moi, avec Manzi, l’un des auteurs de génie des lettres de tango.

                

Concernant Armando Pontier, nom de scène de cet artiste né en 1917 et mort en 1983, il fut d’abord bandonéoniste parce que son papa lui avait acheté secrètement un bandonéon d’occasion, lors d’un voyage à Buenos Aires, histoire que j’avais imaginée aussi pour le héros de mon récent roman, Feliciano. Il apprit vite avec des maîtres locaux, avant de jouer plus tard avec Miguel Caló en admirant aussi A. Troilo et H. Stampone. Il crée son propre orchestre Francini-Pontier, avec Enrique Francini, violoniste de talent, et compose très vite lui- même des tangos dont  » Cada dia te extraño mas », « Che papusa oi », « Pichuco » et « Trenzas », quelques-uns des plus connus par les danseurs. Dans un entretien diffusé dans cette soirée et qui date de 1979, il précise qu’il a cherché de nouveaux chemins pour la composition et le jeu d’orchestre, sans quitter la tradition et la supériorité des années 40. Il aurait pu explorer d’autres types de musique mais il disait sentir la nécessité de pouvoir exprimer le tango pour jouer, et ses interprétations sont effectivement mélodiques. Alors, précisait-il, le tango entre par l’oreille, parcourt tout le corps jusqu’aux pieds…Cet homme n’est pas toujours connu dans nos milongas et mérite qu’on lui donne sa juste place. C’était le but de la soirée.

On peut voir, aux trois actes que je viens de relater, la diversité et la richesse du travail effectué par l’Academia Nacional del Tango, un organisme qui n’est pas figé et qui perpétue l’idée que cette danse est en continuelle évolution à partir d’un passé qui sert de terreau fécond à un présent et un futur qui s’écrivent sans cesse. Je ne peux que conseiller aux danseurs qui se rendent à Buenos Aires d’aller y sentir l’âme du Tango.

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par chabannonmaurice

A L’ACADEMIA NACIONAL DEL TANGO : ACTE 2.

Le deuxième acte des moments partagés avec Gabriel Soria va se dérouler à la radio 2 x 4, connue et surtout écoutée dans toute l’ Argentine, mais aussi bien au delà.  Les lieux où elle opère ne nous étaient pas étrangers, pour y avoir été invités par Marcelo Rojas, le DJ apprécié pour ses tournées en Europe. Il y travaille et gère une enviable discothèque regroupant des disques de tango du monde entier, notamment des vinyls et le plus souvent d’excellente qualité. Nous avions aussi, il y a quelques années, assisté à un enregistrement en direct de deux orchestres « Cachivache » que nous avions fait venir en France, et qui nous avait invités, et « Fandango », étonnant trio japonais qui tourne maintenant dans les milongas portègnes, car les Japonais savent tout assimiler. Étonnante juxtaposition de deux orchestres, le premier secouant la tradition, tandis que l’autre multipliait les efforts pour l’approcher.
Cette fois, nous allions être les acteurs, sans connaître tout à fait la règle du jeu. Bien sûr, André Vagnon avait en tête son stock inépuisable de connaissances, mais aurait-il le temps de dire tout ce qu’il aurait voulu faire connaître sur son action en France, sur son site Bible du Tango, et sur les secrets de son grenier ? Pour ma part, ma connaissance imparfaite de l’espagnol ne me permettait pas d’exprimer directement aux auditeurs les nuances de mes intentions d’écriture, et j’avais choisi de passer par la traduction, aimablement assurée par l’ami André. Il m’importait en effet d’expliquer que, au delà d’une première rencontre avec l’Argentine et le tango, d’ordre superficiellement touristique au départ, nous avions voulu comprendre ce que la danse nous apprenait de cette terre d’immigration, des gens, y compris des indigènes, et de la vie quotidienne où on ne passe pas son temps à danser…  bref, quelle est la réalité argentine, derrière le beau rideau rouge du tango ?
L’amabilité de Gabriel Soria, sa maîtrise de l’interview et surtout la finesse de ce qu’il avait perçu dans l’entrevue à l’Academia, nous ont mis parfaitement à l’aise. L’intervention avait pourtant commencé solennellement par une adresse à la France et un salut respectueux au Président Macron. Pour inviter les politiques à danser le tango ? Ensuite, il s’est appuyé avec humour sur l’anecdote d’un échange quotidien de diverses versions du tango « En esta tarde gris », entre André et Hélène, pour amener la question sur notre intérêt pour les interprétations diverses, et pour insérer la diffusion du tango dans cette séquence. Il avait bien sûr aussi prévu de diffuser « Pa que bailen Los muchachos » pour conclure mon intervention sur mon récent roman dont le titre est emprunté au refrain. Son fil conducteur était de souligner l’ engouement que nous avions pour le tango, et au delà, pour la vie et la culture argentine. Rubén Reale, qui était le troisième protagoniste rappelait au passage, à partir de l’histoire du Monument du tango, combien la France jouait un rôle important dans le va-et-vient mondial de la danse, notamment à travers un festival dynamique comme celui de Tarbes, où nous nous étions rencontrés. Les explications passionnées d’André Vagnon sur la période où les musiciens argentins firent merveille en France et sur sa passion de collectionneur, parachevèrent une émission chaleureuse et enrichissante pour nous, et la technicienne complice du réalisateur paraissait elle-même autant émue que nos épouses.

    

                                                

Le meilleur restait à venir car Gabriel Soria nous avait donné rendez-vous dans un bar, pendant que son équipe mettait sur une clef l’enregistrement de l’émission.
Il nous a effectivement rejoints et alors que nous discutions avec les amis, il nous a offert à chacun un sac avec des cadeaux : disques vinyl, CD, livres, revue hommage à Horacio Ferrer, et en prime pour André Vagnon, un choix de vinyls anciens, tirés de sa collection personnelle, qui, paraît-il, occupe trois lieux… Nous étions très émus par ce geste tout en délicatesse, personnalisé pour chacun de nous deux. Autre bel exemple de l’hospitalité argentine vantée dans un article récent. Un grand moment émouvant que les Argentins savent vous procurer et qui restera pour nous inoubliable !

                                    

par chabannonmaurice

A L’ACADEMIA NACIONAL DEL TANGO : ACTE 1 .

L’Academia Nacional del Tango, depuis sa création officielle en juin 1990 , est le ferment de tout ce qui tourne autour de l’histoire du tango et de sa vie actuelle. Installée au 833, avenue de Mayo, au 1er étage, symboliquement au dessus « del Gran Café Tortoni », elle occupe un lieu historique qui comprend outre des bureaux et pièces de réception, des salons où les murs et vitrines constituent un musée : multiples photos, documents manuscrits, objets et instruments de musique ayant appartenu à des artistes, comme le bandonéon de Pichuco ou un chapeau de Gardel. Une école de tango est installée à l’étage supérieur. Son Président actuel est Gabriel SORIA, successeur du grand poète Horacio FERRER décédé fin 2014 ( voir mes articles précédents des 27/12/2014 et 26/01/2015 ). L’Academia organise régulièrement des « plenarios publicos » autour d’un thème discuté et illustré par plusieurs spécialistes et artistes, et aussi des séances particulières ou des expositions en hommage à un compositeur, poète, musicien ou écrivain du tango. Par exemple, en juin dernier, elle a particulièrement marqué le 82 ème anniversaire de la naissance d’Horacio Ferrer, par une exposition, un hommage par dix poètes actuels et, avec l’inauguration d’une statue réaliste du même type que celles qui sont disséminées sur les trottoirs, à des endroits marquants de la vie culturelle de Buenos Aires. Autre exemple, l’hommage à Armando Pontier, ce lundi 27 novembre dernier, dont je parlerai plus tard. L’Academia est bien sûr partie prenante ou associée de divers événements par exemple l’installation du Monument au tango dont j’ai parlé plus haut, ou la Gran Milonga dans les rues et qui aura lieu cette année le samedi 2 décembre prochain. Bref, elle veille activement sur tout  ce qui fait la richesse culturelle du tango, y compris dans les autres pays.

         

Ci dessus un panneau qui détaille les diverses ramifications et parentés des créateurs, orchestres tout au long des périodes du tango; la statue de Ferrer devant l’entrée de l’Académia.

C’est dans cet esprit du partage universel du tango, comme patrimoine immatériel de l’humanité que Gabriel Soria nous a reçus, le mercredi 22 novembre, André Vagnon, moi et nos épouses, à l’instigation de deux amis argentins, Maria Rosa et Rubén, ce dernier étant l’initiateur du monument au tango ( voir l’article précédent ). Tous deux avaient vanté nos écrits et nos actions. Pour nous mettre dans l’esprit, si besoin était, nous avons été invités au préalable à un repas d’amis du tango, auquel participaient quelques personnalités, dont un écrivain espagnol, auteurs de 4 livres sur le sujet, le patron du Bar Sur, Oscar Fresedo, neveu d’Osvaldo Fresedo… Un moment convivial comme ceux que j’évoque dans l’article précédent et où j’ai placé une photo de ce moment. C’est donc parfaitement détendus que nous nous sommes rendus à l’Académie où l’accueil par plusieurs collaborateurs du président et la visite commentée de quelques vitrines nous ont mis à l’aise sans façon.

La conversation qui a suivi dans le bureau présidentiel, orné de divers souvenirs émouvants, a été animée par Gabriel Soria de manière totalement dépourvue de solennité et a rapidement viré à l’échange de passionnés. André Vagnon a présenté son site « BibleTango.com » et l’association « Mémoire du Tango », occasion de détailler sa connaissance particulière du tango en France… et de tenter de coller des incollables. Avec Gabriel Soria, ils ont découvert qu’ils partagent le même goût de la collection, des disques vinyles anciens notamment. De mon côté, nos amis étaient intrigués par mon intérêt pour la culture argentine, mes observations sur la vie portègne et celle des milongas et ma passion de l’écriture. Le choix des titres de mes romans “La Ultima Curda” et “La Vida es una Milonga”, référence à des tangos connus, intriguait nos interlocuteurs :  j’ai expliqué ce qu’ils révélaient de l’intrigue de chaque roman, dont j’ai remis un exemplaire pour la bibliothèque de l’Académie. Un grand honneur… J’ai aussi pu présenter mon blog http://www.buenosairesamoroso.comLes conversations on pu se croiser avec les autres participants de manière riche, et je n’hésite pas à  ressentir cette entrevue comme amicale et émouvante : nous étions chez nous, autour d’une culture partagée, dont les Grands Maîtres nous ouvraient largement la porte.

Ce n’était d’ailleurs pas la conclusion, puisque Gabriel Soria terminait l’entretien en nous invitant à participer, le 25 novembre, à la seconde partie de l’émission hebdomadaire qu’il réalise à la radio 2X4 chaque samedi. Belle surprise que je relaterai dans l’acte 2 …

          

Gabriel Soria feuillette le roman…Photo de groupe avec Rubén Reale et Oscar Fresedo. Ci dessous la  discussion dans le bureau du Président. 

                                    

Un très grand moment, inoubliable, sous l’égide de Gardel, omniprésent dans les lieux, mais aussi de Ferrer à qui j’avais déjà remis mon recueil de Nouvelles “Avec un tango à fleur de lèvres” en 2011. Ferrer, pour lequel j’ai une très grande admiration, est pour moi, Le Poète de letras inventives et surréalistes, comme “Balada para un loco”.

 

 

par chabannonmaurice

CONVIVIALITE ARGENTINE.

Quitte à contrarier à  nouveau ceux qui professent qu’on danse aussi bien en Europe, sinon mieux qu’en Argentine, je voudrais consacrer cet article à ce qui fait, à notre avis, le sel d’un voyage  dans ce pays : la convivialité, dans la danse, comme dans la vie quotidienne.

C’est d’abord vrai dans les milongas et j’ai déjà eu l’occasion d’insister sur cet aspect, notamment dans ma conférence « Les milongas argentines, un rendez-vous social ». Malgré les bouleversements dans les lieux où elle se déroulent ( sécurité du public ? petits règlements de compte ? …) l’accueil reste toujours chaleureux. Car on ne se borne pas à encaisser votre entrée, mais vous êtes reconnus, que vous soyez nouvellement arrivés ou habitués de la milonga : abrazo y beso de rigueur. Ensuite, à l’installation dans la salle où on vous accompagne jusqu’à votre table, et même si les porteños y ont leur place attitrée, l’amphitryon essaie généralement de vous choisir le meilleur endroit pour la pratique du cabeceo. Vous pouvez d’ailleurs être très vite assimilé, si vous prenez l’habitude de revenir pour retrouver les mêmes danseurs ou profiter de l’ambiance plaisante propre à chaque lieu. Car il est vrai aussi que dans les milongas, ici, comme en France, les habitués dansent d’abord entre eux, avant d’inviter un touriste sans avoir jaugé ses capacités. Le système des « encuentros » installé en Europe, paraîtrait ici très élitiste et sélectif, même si certaines milongas prônent une belle qualité de danse. La rencontre ici, va de soi, se fait toujours naturellement et  spontanément, sans souci de prévoir sa participation tel jour à telle heure plus ou moins indue, avec partenaire affiché pour limiter le nombre de participants et rester entre soi  ! On est loin des milongas populaires, comme celle du Bar Notable « Los Laureles », ( Iriarte 2290), le samedi soir « La Milonga Empastadas » ( avec des disques de pasta y vinilo ! ) où l’on vient en famille, à la fois pour dîner, pour écouter musiciens et chanteurs et pour danser sur une simple piste en carrelage ! Pas d’élégances ostentatoires, des tablées joyeuses, la cocina casera, et un patron attentif et des serveurs amusants…Mais quelle ambiance, que nous avions déjà appréciée en 2015 !  ( voir mon article du 12/01/2016 ). Et ce samedi dernier, il y avait deux excellents musiciens, travaillant au chapeau,  » a la gorra », comme dans la plupart des peñas.

              

Mais c’est aussi dans la vie quotidienne qu’on peut apprécier la convivialité argentine. De l’inconnu qui vous offre son aide dans la rue pour vous guider, au chauffeur de taxi qui s’intéresse à votre motivation ou vous parle de son amour de l’Opéra ou du Théâtre qu’il pratique en amateur, la connexion est facile sans être aussi intime que dans le tango. Bien sûr, c’est avec les amis que le partage se fait facilement, le plus souvent autour d’une table ou dans un bar avec peña ou milonga. La communication des bonnes informations est spontanée et enchaîne souvent par coïncidence de belles invitations. Un exemple : quand nous avons été reçus par le Président de l’Academia Nacional Del Tango, grâce à deux amis présents à Tarbes qui nous ont été présentés en août dernier par Manée Bruyère, l’ancienne présidente de l’association « Tangueando Ibos », nous avons rencontré dans les couloirs un chanteur qui préparait un tour de chant au Teatro Maipu et il nous a immédiatement invités à sa soirée. Le même jour, lors d’un repas de commémoration de l’inauguration du Monument del Tango, le patron du Bar Sur, à San Telmo, lieu fréquenté par les touristes mais cependant authentique, nous avait déjà invités spontanément à la soirée. Et d’autres amis argentins proposaient en choeur de nous y accompagner et de nous reconduire ensuite en voiture. Et bien sûr, les amis argentins n’hésitent pas à vous ouvrir leur appartement. Ce fut le cas chez Maria Rosa , une artiste qui habite un lieu insolite près de la célèbre Librairie Ateneo, ancien Teatro Splendid à Santa Fé, mais aussi chez Jacqueline Sigaut, une chanteuse qui ouvre régulièrement sa maison pour des soirées  » Lo de Jac » où se retrouvent artistes, producteurs, cinéastes et amoureux du tango, sujet sur lequel on peut discuter pendant des heures. J’y reviendrai… Tango qu’un chauffeur de taxi, nous conduisant hier soir à l’Obelisco, tangueria qu’il connaissait manifestement bien,  ( Entre Rios 1056 ) a eu la gentillesse de mettre en fond sonore, avec la radio 2X4.

  

Enfin la convivialité c’est aussi, dans ces occasions multiples, l’intérêt porté à la présence en nombre des Français à Buenos Aires et à ce qui nous fascine, les uns et les autres dans la culture argentine. Les discussions sur la piste, entre deux tangos portent souvent sur ce que nous apprécions dans ce pays, cette ville et dans les milongas. Nous ne perdons pas de vue que nous sommes ici en privilégiés et d’ailleurs, une danseuse, quand je lui parlais de ma fascination pour Buenos Aires a souligné « porque no vives aqui » ! La convivialité, c’est aussi de vous ramener à la réalité… avec le sourire !

par chabannonmaurice

MUSIQUE EN VIVO EN TOUTES OCCASIONS…

 

J’ai déjà eu l’occasion, dans des articles précédents de souligner combien musique et chant étaient partie prenante de la vie quotidienne argentine et nous le vérifions chaque jour, depuis qu’a commencé notre 9ème séjour ! C’est un élément culturel quotidien qui va de soi, pour l’ami qui vous reconduit chez vous, et qui se trouve être le neveu de Fresedo, et qui entonne, au long du parcours, quelques mesures de tango ; et tout aussi bien pour la danseuse que vous tenez en abrazo, et qui murmure à votre oreille les paroles de « En est tarde gris » ! Ceux qui s’étonnent de notre constance à revenir à Buenos Aires, comme ceux qui assurent qu’on danse aussi bien en Europe, mesureront  que c’est cet élément, parmi d’autres, qui nous fascine et que nous rencontrons, souvent par hasard, ou que nous recherchons avec obstination, parfois grâce aux suggestions d’amis du cru.

Depuis le début de notre séjour, nous avons été comblés. A la première milonga « Marabú », le soir de notre arrivée, au Maracaïbo, lieu mythique qui vit Troilo tirer le bandonéon, nous avons pu écouter et danser sur la musique de l’Orquesta « Los Reyes del Tango » que nous suivons depuis que nous venons dans ce pays et qui fête cette année, le 80ème anniversaire de son chef et contrebassiste, R.S.Rivera. Ecouter, mais aussi regarder ces huit musiciens jouer dans le style d’Arienzo est un grand moment, cadeau du jour de l’arrivée. Jamais les Argentins ne dansent sur les premiers morceaux, quand les musiciens attaquent le concert : ils écoutent et dégustent la musique, apprécient le jeu des instruments et il faut dire que cet orchestre là donne le meilleur de lui même ! Voir les trois bandonéons déployer le fueye avec autant de dextérité que d’élégance, debout, pied posé sur un tabouret, puis savourer avec le sourire, les applaudissements chaleureux du public, est un pur régal. Comme celui de danser sur leur musique énergique, éclipsant largement le DJ du soir que nous avons modérément apprécié. Et ce soir là nous avons aussi rencontré la rédactrice du Journal « La Milonga » où nous devrions figurer en photo dans le numéro de décembre !

                              

Quelques jours plus tard, nous avons préféré un concert à la milonga que nous avions préalablement choisie. En effet, la clôture d’un nouveau festival « Urchasdonia », créé par quatre barrios, consacrait la despedida à un concert où se côtoyaient amateurs et professionnels dont Cucuza CASTIELLO et Ariel ARDIT. Ceux ci sont intervenus dans un style différent, après que quelques chanteurs et danseurs amateurs aient ouvert la soirée. A noter que plusieurs danseurs étaient éminemment âgés mais évoluaient avec de jeunes maestras, très attentives à leur guidage et toutes en précautions avec ces papys du tango : très émouvant. Les deux chanteurs vedettes étaient à la hauteur de leur réputation et nous avons apprécié leur puissance vocale, leur qualité expressive et l’humour de leur présentation … quand nous le saisissions ! Bien sûr,  j’attribue ma palme personnelle  à « Pa que bailen los muchachos ! » de Troilo, interprété par Ariel Ardit avec conviction et dont le refrain chante que « la vie est une milonga » . Là encore l’écoute respectueuse et enthousiaste du public, dans une salle bondée, était remarquable avec, parfois, des réactions enthousiastes et des commentaires participatifs, la plupart des spectateurs connaissant parfaitement tous les morceaux chantés.

                                 

Deux grands moments enrichissants, au delà de la danse, que par ailleurs nous savourons dans les milongas dont je reparlerai dans un prochain article.

par chabannonmaurice

PREPARER LE VOYAGE A BUENOS AIRES : 4 ) Lire…

Nous avons l’habitude de préparer et d’accompagner nos voyages par la lecture de romans et poésies d’auteurs du cru et d’étudier des documents divers, susceptibles d’éclairer et enrichir nos découvertes, bien au delà des guides touristiques. Je donne ci-dessous nos trouvailles les plus récentes, qui permettent de mieux comprendre l’Argentine.

  1. Carolina de Robertis « Les Dieux du tango » Editions du Cherche Midi » 2017. Je passerai assez vite sur cet écrit d’une écrivaine américaine, d’origine uruguayenne, parce que j’ai trouvé un côté  un peu artificiel, voire invraisemblable, au roman qu’on m’avait vanté. Certes, il y a de belles descriptions de la Buenos Aires des immigrants du début du siècle, certes la croissance du tango et surtout la prééminence de la musique sont omniprésents, mais l’histoire de l’héroïne, jeune veuve qui, pour survivre dans un monde d’hommes, doit prendre la place et le costume d’un mari disparu pour jouer un rôle viril, paraît invraisemblable à cette époque, et dans un milieu aussi rude. Les lettres des tangos nous donnent une image violente des relations entre compadritos et une telle supercherie est d’autant plus étonnante à cette époque, qu’elle amène Leda à pratiquer des relations lesbiennes… Mais le livre est agréablement écrit et se laisse lire avec plaisir et, après tout, un roman comporte aussi sa part de fantasmes.
  2. « Buenos Aires », vue par le journaliste Jules Huret dans la série « heureux qui comme… » Editions Magellan & Cie  » 2009 ( en collaboration avec Géo ) J’ai découvert cette collection intéressante alors qu’elle existe de longue date : il s’agit, dans de petits opuscules, de faire partager les émotions des premiers écrivains- voyageurs, à une autre époque. En ce qui concerne Buenos Aires, il s’agit de la relation faite par Jules Huret ( 1863-1915), envoyé par Le Figaro en Argentine et son reportage fut publié en 1911 sous le titre  » En Argentine : de Buenos Aires au Grand Chaco ». Le petit livre ne retient que ce qui concerne la capitale, vue par un observateur curieux, et très attentif au côté humain de cette période où l’expansion et l’immigration battent leur plein. En arrivant au port de la Boca, il est tout émoustillé : « J’ai hâte, à présent, d’arriver. Je sens s’aviver ma curiosité, j’essaye d’imaginer ce pays nouveau, si lointain. Comme je vais regarder tout ! Avec quelle ardeur j’interrogerai chacun ! » Et le fait est que le regard est acéré mais aussi très humain et souvent humoristique, ce qui donne du sel quand on rapporte ses observations à notre vision actuelle. Jules Huret explore les quartiers, mais aussi les institutions comme les oeuvres de bienfaisance, ou le Pénitencier national et l’Asile pour les fous de Lujan, qui pratique déjà la méthode de la porte ouverte… Il rend longuement hommage à l’architecte-paysagiste Thays qui a fait planter beaucoup d’arbres et aménager des parcs: ils donnent aujourd’hui à la Capitale son allure de ville verte. mais surtout, il ne tarit pas d’éloges sur la beauté des femmes : « Quant à leur beauté, elle est sans égale… Jeunes femmes au teint mat, aux grands yeux brûlants, aux traits réguliers et fins, mais immobiles, d’une expression grave ; pures jeunes filles au regard sans timidité, au sourire discret … Leur ardente grâce, la passion contenue et peureuse de leurs gestes, et, surtout le feu profond de ces regards dans ces physionomies sérieuses et concentrées, mettent au coeur du passant étranger, à l’heure du Corso de Palermo, des rêves de volupté intense et religieuse qu’il lui faudra bien vite éteindre.»   Che ! A ver !
  3. « Buenos Aires – Port de l’Extrême Europe » dans la Collection autrement -1987 ( Série « Monde » ) Cet ouvrage m’a été donné par un ami et j’avais déjà une autre publication dans la même série : « Buenos Aires 1880-1936 – Le mythe des confins » – 2001. Le principe de cette collection c’est de croiser les regards d’Argentins ou d’étrangers à travers des points de vue divers. Ainsi, dans le premier ouvrage, on trouve aussi bien un article sur le colectivo 60, par Graciela Schneir qui appelle ce bus, qui traverse toute la ville, Le Transporténien, que sur Lnoche porteña par Horacio Ferrer : « Il ne faut pas confondre les noctambules avec ceux pour qui, à onze heures, il se fait tard. » L’article le plus intéressant, pour moi est celui où des Argentins de Paris parlent de la Capitale, dans un entretien polyphonique :  « Le Porteño physiquement est très beau, de toute la race masculine, ce sont les plus beaux… les hommes argentins sont sans comparaison…Les Porteños aiment bien baratiner, ils cherchent toujours une combinaison pour gagner plus d’argent en travaillant le moins possible.» ( Tilda Thamar, vedette de cinéma des années 40 à Buenos Aires ). Voilà qui équilibre avec le point de vue de Huret sur les femmes. L’autre édition d’Autrement explore plus le mythe et la poétisation de Buenos Aires, mais j’y reviendrai.                                                                                                                    
  4. Pour finir une citation de Luis Alposta, poète:  «Quelquefois je me demande / Ce que serait cette ville sans la poésie. / Que serait devenue Buenos Aires / Si le tango n’avait pas existé ? »

Comment ne pas attendre encore de nouvelles surprises de cette ville ? Comme Jules Huret, nous avons hâte de la retrouver. Volver !

par chabannonmaurice

PREPARER LE 9ème VOYAGE A BUENOS AIRES : 3 ) Une histoire de transbordeurs…

Les hasards du tourisme en France font parfois bien les choses et peuvent vous ramener à Buenos Aires, et plus précisément au port de La Boca : transbordeurs de tous les pays, unissez vous pour nous ramener au tango … Un transbordeur est une structure métallique d’importance, porteuse d’une nacelle suspendue qui peut transporter des piétons, véhicules, chargements et animaux, comme le montre la photo en tête de page. La construction, par sa hauteur permet évidemment de laisser passer un voilier ou un navire… On semble loin de l’esthétique élégante du tango argentin, mais rien n’interdit de le danser sur la nacelle !

A Rochefort sur Mer, ou plus exactement sur les communes voisines, on rénove actuellement le pont transbordeur qui permettait de traverser l’estuaire de La Charente avant qu’un pont moderne facilite les choses. Cet ouvrage, considéré comme un chef d’oeuvre de l’architecture métallique, date de 1900 et a été classé monument historique en 1976. Il est actuellement en cours de rénovation et sa nacelle suspendue devrait fonctionner à nouveau en 2019, après deux années de travaux. Une Maison du Transbordeur, centre d’interprétation, et un sentier de découverte baptisé Sentier des Guetteurs, animé d’oeuvres d’art faisant référence à l’histoire du pont, agrémentent l’environnement.

Et c’est dans le mini-musée de la Maison du Transbordeur que nous avons découvert que ce pont avait ou avait eu des petits frères et cousins, en France et dans le monde entier. Par exemple à Marseille où un transbordeur permettait de traverser le Vieux Port et a été démoli ; mais il paraît qu’on songe à la reconstruire ! Mais on en avait installé aussi, à Bordeaux, Nantes, Rouen, Brest, villes dans lesquelles les ponts n’ont pas été achevés ou ont été démontés.

             

Des cartes postales conservent le souvenir des transbordeurs de Marseille, avec kiosque-restaurant,  et de Rouen, avec plateformes ouvragées.

Mais ailleurs dans le monde, d’autres ponts fonctionnent encore et c’est le cas à Buenos Aires, où le Puente Nicolás Avellaneda, construit en 1914, vient d’être remis en service après des années d’immobilisation. A la Maison du Transbordeur, nous avons réalisé l’importance de cet engin qui figure en toile de fond de plusieurs photos que nous avons prises  du port de La Boca, sans nous préoccuper de la fonction de cet élément, pourtant insolite dans le décor , dans lequel on remarque surtout les fameuses maisons colorées ! Cette construction permettait pourtant de traverser le Riachuelo, qui vient se jeter dans le Rio de la Plata, rivière dont il est par ailleurs question dans plusieurs tangos. Mais je n’ai pas trouvé de composition qui parle du transbordeur, alors qu’il en existe plusieurs qui parlent du Puente Alsina, reconstruit plusieurs fois après des crues. C’est un élément du décor de Pompeya, quartier Sud de Buenos Aires, chanté par ailleurs par Manzi dans « Sur« . Ce pont  a été le témoin de divers événements sociaux graves. Un tango de B. Tagle Lara, « Puente Alsina« , musique et poème composés en 1926,  lui est consacré.

                                     

Le blog Barrio de Tango tenu par D.A Clavilier (www.bario-de-tango.blogspot.com ) n’a pas manqué de relater avec amusement l’inauguration récente du pont rénové, voici tout juste un mois : cet événement d’importance qui redonne du lustre à un élément significatif de la vie portègne, a été marqué par une rivalité cocasse entre les forces politiques locales, donnant lieu à un incident dont la politique argentine a, seule, le secret. La nacelle, inaugurée par une foule acquise au parti au pouvoir sur la rive portègne du Riachuelo, a été arrêtée à mi parcours et a fait marche arrière pour être soustraite, sur l’autre rive d’Avellaneda, à l’accueil d’une foule cette fois marquée par la gauche kirchneriste ! Les articles ci-dessous de Clarinx relatent cet incident ridicule… Peut-être eût-il été sage de faciliter la convivialité en organisant une milonga dans la nacelle ! Mais cet anecdote explique aussi pourquoi le Pape n’a pas encore rendu visite à l’Argentine, lui qui souhaite une plus grande tolérance à défaut de fraternisation entre les blocs politiques !

          

Rappelons aussi au passage que ce barrio de la Boca a toujours eu des vélléités d’émancipation et qu’il le proclame sur ses murs, silhouette du transbordeur à l’appui. Et soulignons que le tango « Caminito« , ( musique de J.D Filiberto, Letra G.C.Peñaloza ) n’a rien à voir avec le quartier pour touristes bien connu, puisqu’il parle en fait d’un lieu de la province de La Rioja !

                              

Enfin, pour revenir à Rochefort et à La Charente, c’est de cette région et de son port que partirent un bon nombre de conquérants et de migrants vers les deux Amériques : vers le Canada et vers les Etats Unis et sans nul doute vers l’ Argentine. Champlain était de Brouage, La Fayette partit vers les USA avec l’Hermione, construite à Rochefort, frégate dont une réplique a été récemment reconstituée pour célébrer en 2016 l’anniversaire de cette traversée.

par chabannonmaurice

PREPARER LE 9ème VOYAGE A BUENOS AIRES : 2 ) Du côté des Gauchos.

Lorsque nous préparions, en 2008, un premier voyage en Argentine, essentiellement touristique, et que nous avions inclus dans le périple un séjour en Patagonie, nous n’avons pas échappé à l’image du rude gaucho  et des espaces désolés de la Pampa. Nous pensions croiser fréquemment ces cavaliers expérimentés, mais nous avons dû nous contenter de croire les affirmations  d’un encart d’un guide de voyage : « L’un des symboles les plus durables de l’Argentine est l’intrépide gaucho, dont la tradition séculaire remonte à l’époque où les Espagnols laissèrent leurs troupeaux en liberté dans la pampa herbeuse. » (guide Lonely Planet). Même, au cours d’excursions encadrées, nous n’avons pas croisé de gauchos… Puis, nous avons découvert la feria de Mataderos, dans un quartier excentré de Buenos Aires où on peut se rendre en bus, en une heure. Là se retrouvent, presque tous les dimanches de l’année, les familles qui maintiennent la culture gaucha, avec ses traditions hippiques, folkloriques, artisanales et gastronomiques… On peut écouter la musique, danser la chacarera ou la zamba, acheter un facón, poignard en forme de couteau allongé, avec son étui travaillé et rehaussé de métal, comme les ceintures décorées. On peut déguster des empanadas confectionnés sur place, se rassasier d’un asado, acheter du dulce de leche fait maison et bien sûr, goûter le maté amer.  La feria est un rassemblement haut en couleurs et dépaysant, à portée de pied lors d’un séjour dans la capitale et les rencontres y sont pittoresques.

                                              

Autre possibilité que nous avons pratiquée, quelques voyages plus tard, à proximité d’autobus de la capitale ( 115 Kms ) :  se rendre à San Antonio de Areco et séjourner dans une estancia. C’est aussi une expérience aux couleurs touristiques, mais on trouve encore des accueils et hébergements authentiques et on peut partager la vie quotidienne et l‘asado des gauchos, et monter à cheval pour ceux qui ont le pied hippique. L’idéal serait de pouvoir se rendre à San Antonio pour El dia de la Tradición, Fête des gauchos qui dure en fait une semaine, autour du 11 novembre et qui reste haute en couleurs par sa procession à cheval et les mêmes activités qu’à Mataderos.

                                          

Mais il nous a fallu aller au coeur de la Pampa pour vivre un moment authentique de la vie des gauchos. Alors que nous circulions sur une piste, en direction du Parc de La Luna, nous avons vu arriver vers nous un nuage énorme de poussière : c’était une troupeau de centaines de têtes de bétail, encadré par une dizaine de gauchos, en tenue de travail, boleadoras au poing pour ramener dans le droit chemin  les veaux qui s’égaraient. Voiture immobilisée, nous nous sommes fait tout petits pendant que les bestiaux frôlaient la carrosserie et nous regardaient au passage. La plupart des hommes portaient les bombachas, sorte de pantalon tablier et étaient coiffés de boiras, béret , large coiffure en champignon ou de chapeaux tannés par les intempéries. Dans un autre voyage, nous avons rencontré un gaucho solitaire dans cette tenue -voir la photo d’en tête- et nous avons aussi, plus tard visité des estancias vers Taffi del Valle dédiées à l’élevage des moutons, à la fabrication du fromage… et au tourisme rural. On y déguste un maté authentique et on peut y acheter de beaux chapeaux. On peut aussi s’installer pour un séjour prolongé dans des estancias dans tout le pays et, cette année, nous avons le projet de nous rendre dans la région de Misiones et de partager la vie des gauchos du Nord Est,  éleveurs mais aussi cultivateurs de maté. 

              

Récemment, est sorti le film Invernio qui relate la vie difficile de ces hommes de La Pampa en Patagonie, et parle de la transmission entre générations. Il donne une image rude de la vie quotidienne des ouvriers, aux ordres des grands propriétaires des estancias. Cette vie actuelle est-elle si différente de celle que chante Le Gaucho Martín Fierro dans l’oeuvre fondatrice de José Hernández, écrite en 1872, à un moment où le Président Sarmiento déclara que les gauchos étaient d’abord des combattants pour éradiquer les indigènes et les rebelles des guerres civiles ?  Je n’avais jamais lu cette oeuvre et une édition m’en a été fournie par Solange Bazely ( Régis Brauchi Editeur 2008 ) avec une traduction de l’Argentin Juan Carlos Rossi, musicien, chanteur, compositeur et interprète, originaire de Patagonie, autant de gages de fidélité au texte originel. Il a en effet tenté de garder la métrique du texte et, autant que possible la rime… C’est une composition épique et dramatique, et venant après la vision du film cité plus haut, sa lecture montre que la vie des gauchos n’a pas beaucoup évolué jusqu’à celle des personnages de la pellicule récente : dressage des étalons, vie fruste, nourriture irrégulière, fréquentation des tavernes, rixes, manque de femmes, enrôlement forcé, présence des indiens auxquels il est rendu hommage pour leur courage…  » Je parcourus la campagne / Comme L’Indien le plus fier… » Sous la pression des événements et le commandement pesant des chefs, Martin en vient à déserter par fierté et nécessité de survie :   « Je suis un gaucho battant / Qui ne s’affole pour rien, / Même si gagnant mon pain, / Maintes tâches je dois faire; / mais les gens du Ministère / ne nous tendent pas la main. »  Martin finit pauvre et harassé, mais libre, ayant rejoint le territoire de ses demi-frères les indiens. Il me reste à lire une autre oeuvre  » Don Segundo Sombra » de Ricardo Güiraldes pour compléter cette approche littéraire.

 

    

Il faut aussi faire référence au Gauchito Gil, autre figure de légende, mythique et mystique. Déserteur lui aussi, voleur du bétail appartenant aux riches pour le redistribuer aux pauvres, il fut capturé, pendu par les pieds et décapité avec refus de sépulture, sort réservé aux déserteurs. Mais le bourreau, auquel il révéla que son fils était malade et allait mourir, l’enterra contre promesse de guérison. Le miracle s’étant réalisé, la croyance populaire consolida et enjoliva l’histoire. Un pèlerinage très suivi vénère la tombe de Gil, près de Mercedes, dans la province de Corrientes, au Nord-Est de l’Argentine. Mais surtout, de nombreux autels jalonne les routes de tout le pays, aisément repérables à leurs drapeaux rouges et aux ex-voto hétéroclites déposés par les croyants : ils protègent les voyageurs des accidents, intempéries et autres difficultés de la route… à condition de klaxonner si on passe devant en voiture.

    Et quelle influence a eu la culture gaucho sur le tango ? Je renvoie mes lecteurs à deux excellents articles qui soulignent les liens et parentés. Celui du Dictionnaire passionné du Tango (Seuil 2015) à la page 308, et celui écrit par André Vagnon, dans la petite lettre N° 7  de Mémoire du Tango ( 9/10/2017). Ce dernier document montre le rapport parfois fantaisiste entre les deux symboles de l’identité argentine. L’auteur y parle de Gardel et des tenues qu’il revêtait, et, dans le musée qui est consacré au chanteur, on peut voir une assiette commémorative en céramique où il est représenté en gaucho et à cheval.

                                        

En dehors de tous ces aspects anecdotiques, il faut voir les gauchos danser la chacarera et exécuter les zapateos, ces frappements de bottes avec torsion de la cheville -mouvements que nos danseurs d’intermèdes ont bien de la peine à imiter sans être ridicules- ou se déplacer de façon féline dans la Zamba, ou danser le candombe dans le nord du pays, pour voir et entendre ce que les danses de ces hommes et femmes de la Pampa ont pu apporter au tango. Sans parler du sens du rythme avec la frappe des tambores ou le claquement des boleadoras, quand ils frappent le sol et sont utilisés dans des sortes de joutes gymniques et musicales. Et que dire de la milonga, danse joueuse qui doit sans doute autant aux frappements de pieds des gauchos qu’à ceux des pas rudimentaires des danseurs des conventillos ?  

                                         

Je rappelle aussi les articles suivants, déjà publiés dans ce blog, sur le même sujet ou sur un thème proche et complémentaire :

  • Peñas folclóricas : l’âme de l’Argentine. ( 29/11/2014 )
  • Traditions gauchos dans le Nord Ouest de l’Argentine. ( 07/02/2015 )
  • La Pachamama. ( 13/05/2015 )
  • La zamba, une danse d’amour. (29/04/2015 )
  • A propos du film de Carlos Saura « Argentina ». ( 22/01/2016 )

  

par chabannonmaurice

PREPARER LE 9ème VOYAGE à BUENOS AIRES : 1) Le monument auTango

A Tarbes, pour le vingtième anniversaire, les danseurs ont pu participer à une milonga autour du rond-point du tango, quai de l’Adour. Mais connaissaient-ils tous l’histoire de ce monument? Il est dommage que la remarquable conférence donnée par Rubén Reale, journaliste et producteur spécialiste du tango et initiateur de la radio « Tango pour tous », conférence annoncée trop tardivement, n’ait pu réunir suffisamment d’auditeurs. Car elle apportait un éclairage historique et culturel sur l’érection de ce monument, non seulement à Buenos Aires mais dans le Monde entier où il est progressivement installé dans des lieux reconnus pour leur prosélytisme en faveur de la danse argentine. Et elle bénéficiait en outre de la présence de l’industriel qui a fabriqué le monument, et qui, de surcroît se trouve être chanteur, ce qui n’est pas étonnant pour un Argentin.

Le premier monument a été inauguré voilà déjà 10 ans, en 2007, à Buenos Aires. Il a été déclaré immédiatement d’intérêt touristique par le Secrétariat au tourisme de la Nation, devenu depuis Ministère, et par l’organisme de promotion touristique de la Capitale. C’était de bon augure, deux ans avant que le tango soit déclaré en 2009  » Patrimoine mondial culturel de l’Humanité  » par l’UNESCO. Mais c’était surtout l’aboutissement d’un long travail sous l’impulsion de Rubén Reale qui avait eu l’idée de ce monument et a ensuite piloté le projet en plusieurs étapes : constituer une association Comité Pro-monument au Tango ; organiser une levée de fonds, notamment avec un cycle de concerts donnés bénévolement par des maestros du chant, de la musique, de la danse et de la technique, mais aussi avec un mécénat d’entreprises et d’institutions diverses ; enfin lancer un appel à projets auprès d’artistes pour un concours d’art urbain. 71 dossiers ont été présentés. Un jury de 9 membres, notables et artistes a enfin retenu la sculptrice Estala Trebino pour sa proposition : une oeuvre abstraite représentant l’Esprit du Tango.

Sa forme est inspirée par le bandonéon, âme du tango. C’est le soufflet de l’instrument, le fuye pour les musiciens, partie emblématique qui donne le son et qui symbolise le rythme, l’harmonie, le mouvement, en s’enroulant sur lui même vers le ciel. Cette élévation ascendante est aussi, quelque part, celle des danseurs emportés dans les tours. Un ingénieur, Alejandro Coria, avait déjà travaillé avec l’artiste pour concevoir matériellement la mise en volume, en utilisant 2 tonnes d’acier inoxydable sur un piédestal auxquelles s’ajoutent deux tonnes de fer d’ancrage. Le monument de Buenos Aires, situé au coeur du barrio rénové de Puerto Madero, au carrefour du boulevard Azucena Villaflor et de l’Avenida de los Italianos, se détache sur une petite place verdoyante et il atteint 5 mètres de hauteur et un volume de 9m3. Il a été inauguré le 22 novembre 2007, jour de la Fête de la musique en Argentine et on fêtera cette année son 10ème anniversaire. Dans le même quartier se trouve le Pont de la Femme et la  frégate Sarmiento rénovée, qui aurait avec la partition du tango « La Morocha » – musique de Saborido et letra de Villoldo – disséminé le tango au long de ses périples en Europe et au Japon. C’est dans cette partie du port que débarquaient les immigrants et le choix de cet endroit est symbolique.

                

Le monument de Buenos Aires, devant lequel je pose par amour de l’instrument phare du tango. La photo d’en-tête montre un des bassins de Puerto Madero avec le Puente et la Frégate.

En 2012, l’Institut National de Promotion Touristique d’Argentine et Le Ministère du Tourisme ont offert le même monument à la Ville de Tarbes, à l’occasion du Festival, en reconnaissance de la participation continue à la promotion du tango et de la culture argentine. Ce monument a été inauguré en grande pompe par le Ministre du Tourisme C.E. Meyer, le Maire de Tarbes G.Témégé, Rubén Réale, l’initiateur, et Manée Bruyère, alors présidente de l’AssociationTangueando Ibos, entre autres. Pour la petite histoire, ce monument, d’abord situé dans le parc Paul Chastellain a été déplacé en 2016  à un rond-point, ce qui n’a pas fait l’unanimité…


                                   

Le même monument à Tarbes dans son site initial et un tableau d’Alain Laborde Laborde « Hommage au monument au tango ». Cet artiste, qui a longtemps illustré les affiches du festival avec ses danseurs, eux aussi en élévation tourbillonnante, avait une exposition intéressante ( tableaux et sculptures ), cette année à l’Office du tourisme.

Depuis, d’autres monuments ont été installés dans des pays et des villes ayant contribué à l’essor et la réputation du tango argentin, notamment à San Paulo, au Brésil, et à Medellin, en Colombie, où Gardel a été mortellement accidenté.

par chabannonmaurice

TARBES en TANGO, vingtième anniversaire : le succès de TANGUEANDO IBOS

TARBES EN TANGO, depuis des années, consolide sa première place européenne de  Festival International de Tango Argentin. Et, malgré les aléas d’une organisation énorme, avec un succès sans cesse renouvelé. Cette année, magie du 20 ème anniversaire, tous les participants que nous avons rencontrés s’accordaient pour en souligner l’état de grâce et la particulière convivialité. Et il était effectivement visible que la grande majorité les danseurs et les musiciens baignaient dans une sorte d’euphorie perpétuelle, que ce soit dans les apéro-tango, les milongas, les concerts, les conférences et autres activités. Quelques nouveaux, toutefois se sentaient noyés dans cet éclectisme et certains danseurs, qui découvraient la halle Mercadieu trouvaient que, décidément il y avait trop de monde. Mais c’est un reproche récurrent ! Je reviendrai sur le programme et les temps forts qui nous ont particulièrement séduits, mais je voudrais d’abord rendre hommage au remarquable travail associatif de Tangueando Ibos.

D’abord parce que cette association, au fil des années, a su nouer des partenariats fructueux avec les acteurs essentiels de la ville et du département. Tous ceux qui sont engagés dans des actions associatives savent de quelle diplomatie et de quelle patience il faut faire preuve pour trouver les bonnes articulations et aplanir les divergences de vue, y compris à l’intérieur de l’association. Tangueando Ibos a su s’appuyer sur  Tarbes Animations, l’Office du Tourisme et bien sûr la Mairie de Tarbes pour organiser une manifestation dont l’ampleur croît chaque année. Il est vrai que la ville a tout intérêt, comme les partenaires associés, hôtels, restaurants, bars, commerçants, exposants… à s’engager, vu les retombées commerciales d’un tel festival. Mais elle le fait en mettant des lieux prestigieux à disposition ( Le salon de l’Hôtel de ville pour les cours ! ),  en s’engageant dans tous les supports financiers, techniques, matériels et publicitaires… Il suffit de voir la ruche permanente à l’Office du Tourisme où l’amabilité de l’accueil, la qualité des  dossiers préparés pour chaque danseur ou intervenant, les programmes détaillés au jour le jour, l’intérêt des expositions qui y sont organisées… et les petits fours d’un pâtissier reconnu, augurent d’un bon séjour au Festival. L’engagement des commerçants est aussi bien visible : affiches, bouteilles d’eau et menus du jour aux couleurs du tango, accueil des apéros dansants…Et la musique de tango rythme la journée, grâce aux haut-parleurs disséminés dans les rues. Il n’est donc pas étonnant que la capacité du Festival à entretenir ce dynamisme lui ait valu l’honneur du premier Monument du Tango installé dans le monde après celui de Buenos Aires. Je reviendrai aussi sur cet hommage exceptionnel qui a fait l’objet d’une conférence par les initiateurs  le samedi 26 août.

Pour avoir présidé aux activités d’une modeste association,  je voudrais surtout souligner et apprécier l’engagement des bénévoles de Tangueando Ibos car derrière cette organisation à la logistique énorme, il y a de multiples petites actions et engagements, souvent invisibles de la plupart des danseurs, depuis l’accueil jusqu’aux détails matériels. Contrôler les billets avec le sourire, conduire les spectateurs à la bonne place lors des spectacles, balayer et réorganiser la piste après ceux-ci… mais aussi ranger des chaises, vider des poubelles, trier des objets perdus… autant de tâches effectuées par des petites mains anonymes ! Enfin pas tout à fait, car la plupart des habitués du festival connaissent au moins cinq ou six des adhérents de Tangueando Ibos qui mettent depuis des années la main à la pâte, en gardant le sourire et souvent en participant malgré tout à certaines des activités : accueil et accompagnement d’invités argentins, accueil des DJs, encadrement de l’initiation au tango pour les débutants, entre autres. Un symbole de la convivialité recherchée par l’association: elle a gardé la main sur la Despedida et la prépare entièrement. En outre, dans le programme de cette année, l’association avait choisi d’organiser une milonga plus intime, dans le village d’Ibos. A la Despedida,  chaque participant se voyait remettre une carte postale et un marque-page illustrés par les dessins d’un des membres actif de l’association,  l’ami Laborde Laborde, dont les danseurs volants et funambules ont longtemps illuminé les affiches du Festival. Pas étonnant qu’il ait flotté un grand parfum de bonheur et de nostalgie mêlés sur cette dernière journée !

Un grand merci à Tangueando Ibos.

 

par chabannonmaurice