EN ATTENDANT DE RETROUVER LE TANGO « Le flot de la poésie continuera de couler. »

Malgré les tentatives de quelques-uns pour essayer de maintenir des cours par visio-conférences ou contacts par « Zoom », et même de faire vivre des semblants de rencontres, qui croit vraiment que nous pourrons bientôt retrouver les milongas que nous aimons, dont la qualité musicale et conviviale est portée par le plaisir de danser ensemble et dans l’échange des partenaires ? Nous essayons tous d’espérer que les festivals que nous aimons, et qui se préparent discrètement, pourront avoir lieu cet été, et qu’au moins nous pourrons tomber le masque et danser en plein air… Et surtout retrouver les autres, les prendre dans nos bras, voir leurs yeux briller… L’attente fait vivre mais elle est souvent difficile au vu de l’instabilité sanitaire et des fluctuations politiques et sociales qui s’en suivent. Comment ne pas constater d’ailleurs que l’inventivité culturelle qui a agrémenté le premier confinement s’essouffle, au moins autant que la gratitude qui s’adressait aux soignants et autre petites mains de la vie quotidienne ?

Il est urgent de trouver des refuges pour compenser les manques et combler les vides, et de même que le tango est une une expression culturelle majeure, patrimoine mondial de l’humanité, d’autres chemins poétiques peuvent nous offrir de belles découvertes et je souhaite partager quelques lectures récentes, car elles sont porteuses de sérénité.

* J.M.G Le Clézio, prix Nobel de littérature, sort du registre habituel du roman avec le dernier ouvrage qu’il a publié et présenté à l’émission  » La Grande Librairie » « Le flot de la poésie continuera de couler » ( Philippe Rey – novembre 2020 ) écrit avec la collaboration de Dong Qiang, professeur à l’Université de Pékin et traducteur, poète francophone et calligraphe. Il y présente plusieurs poètes de la période historique Tang ( commencée en 618 et se poursuivant jusqu’en 907 ) et notamment Li Bai . Comme le montre l’écrivain, la poésie chinoise  » est sans doute le moyen de garder le contact avec le monde réel. C’est une poésie symbiotique qui nous invite au voyage hors de nous même , nous fait partager les règnes, les durées, les rêves ». Pour ceux qui pratiquent les techniques gymniques orientales de détente, comme le Qi Gong, elle est un complément indispensable d’éveil du corps et de l’esprit. Deux extraits des poèmes de Li Bai :

« Ma fille très belle a pour nom Pingyang / Elle s’appuie sur les pêchers et effeuille les fleurs / Elle effeuille les fleurs et ne me trouve pas / Alors ses larmes coulent comme une fontaine. » ( A mes jeunes enfants restés à l’est de Lu.)

« Les oiseaux s’effacent en s’envolant vers le haut / Un nuage solitaire s’éloigne dans une grande nonchalance : seuls, nous restons face à face, le Mont Jingting et moi / Sans nous lasser jamais l’un de l’autre. » ( Assis devant le Mont Jingting. )

*Marc Alexandre Oho Bambe »ouvre une voie toute différente avec son roman « Les Lumières d’ Oujda » ( Calmann Levy – août 2020. ) J’avoue que je ne connaissais pas cet auteur, poète, écrivain et slameur sous le nom de Capitaine Alexandre. Les curieux pourront trouver de multiples renseignements sur la toile. Son ouvrage mélange d’ailleurs harmonieusement tous les genres pour raconter l’odyssée tragique des migrants africains que l’auteur connaît bien pour les avoir accueillis, aidés et accompagnés dans une association située à Oujda au Maroc. C’est l’occasion d’une ode à la fraternité et à l’amour mais c’est aussi un chant de douleur et de regret du pays quitté. Voilà qui nous ramène à l’Argentine et au tango, avec la nostalgie des immigrés :

« Il y a toujours le manque / D’un être / D’un pays / D’une terre / D’une mer / D’une montagne / D’un paysage / D’un visage / D’un plat / D’un parfum / D’une odeur / D’une langue / D’une ville / D’une vie de rien / Grande comme un tout / Part de vide / Impossible à combler. »

Ces deux ouvrages sont une incitation à l’évasion et à la sérénité dont nous avons besoin en ces périodes un peu rudes où les annonces nécrologiques rythment malheureusement la pandémie. Après le départ de Copes que j’ai signalé dans l’article précédent, j’ai relevé celui de Cesar Isella, chanteur folkloriste natif de Salta, moins connu que Mercedes Sosa ou Atahualpa Yupanqui qu’il avait côtoyés, et qui avait soutenu la consécration du Festival de Cosquin en y participant régulièrement. C’est l’occasion de rappeler qu’en Argentine le folklore est tout aussi vivace que le tango et fait l’objet d’un bel engouement comme le montre la vidéo ci dessous. Cesar y interprète « Cancion con todos », un beau titre pour cette période de COVID. Cette chanson est d’ailleurs considérée comme l’hymne unificateur sud-américain. Il n’est donc pas étonnant que l’annonce du décès du chanteur ait été en première page des journaux argentins.

Chante avec moi, chante, frère américain / Libère ton espoir avec un cri dans la voix.

par chabannonmaurice

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