» LE TANGO N’EST PAS UNE DANSE » : un titre provocateur ?

C’est un intitulé insolite pour ce travail d’écriture à deux voix, rédigé en 2013 par Marion Ouazana et Claudio Farias , ouvrage publié à compte d’auteur et que je viens de découvrir. Il affiche en sous titre  » Entretiens dans la tourmente » car il cherche à approcher au plus près de l’identité du tango et le cheminement du danseur, comme l’analyse le texte, n’est pas sans aléas et devrait l’amener bien au delà de la danse, parfois dans la souffrance.

Le livre se présente comme un dialogue entre Marion OUAZANA, animatrice de l’Association marseillaise AKDmia, lieu culturel dédié au tango et au folklore argentins, et Claudio FARIAS, enseignant d’espagnol, italien et hébreu, entre autres. Tous deux ont connu l’immigration, Marion en quittant l’Algérie, Claudio en laissant l’Argentine. Deux  » amputés de leur terre  » à même d’échanger sur ce que dit ou tait le tango.  » La vie est une blessure absurde » crie  » La ultima Curda », tango dont j’ai fait le titre de mon roman. Pour les deux auteurs, l’arrachement à leur terre natale permet de mieux comprendre celle des immigrants en Argentine. L’expérience de Claudio qui a étudié la théologie, diverse cultures et le théâtre, mais surtout les souvenirs très vifs de son enfance, lui permettent une approche du tango d’autant plus libre qu’il ne danse pas. Marion danse, enseigne et apporte un regard européen de danseuse et amoureuse de la culture argentine.
« Davantage qu’une description littéraire et historique, cet entretien s’interroge sur l’être du tango et s’attache à montrer que ce dernier s’est fait à l’image du pays qui l’a créé. Dans ce contexte, la seule reproduction des pas de danse ne suffit pas. Il est intéressant d’en comprendre la signification, d’en ressentir le vécu, de se confronter à son origine«  ( 4ème de couverture. )

Le livre est ponctué de plusieurs tangos traduits par Claudio, qui viennent illustrer le propos visant à montrer que « le tango, sans être un monopole argentin, devient indissociable de la culture argentine… » ( 4ème de couverture ). Claudio, et pour cause, analyse finement ce qui fait l’âme argentine et conseille aux Européens, qui souvent ne comprennent pas les paroles et analysent mal la musique, d’approcher au plus près de ce tempérament, sans pour autant le singer. » C’est pourquoi il faut faire attention à ne pas chercher à imiter les Argentins. l’Européen doit faire son propre discours qui deviendra son propre tango. » Parlant de Gardel, Claudio souligne:  » Le tango va faire chair avec un homme et s’incarner dans un peuple…L’effet miroir, ce n’est pas que le reflet de soi-même, c’est cette possibilité de devenir autre. »

Il rappelle que le tango, né dans les conventillos, exalte l’appartenance à un barrio et avec les pas, dessine un territoire et affirme la cohésion sociale, notamment par le respect entre générations et la volonté de transmission. «  Quand on danse le tango, il y a quelque chose de concret dans le rapport homme-femme et dans la notion d’espace mais aussi une transcendance, qui est l’expression même de l’appartenance au quartier. Il y a quelque chose qui relève du présent, quelque chose qui relève du passé, qui relève de l’humain. » Ceux qui se rendent souvent à Buenos Aires et retrouvent les milongas qu’ils apprécient ne cherchent-ils pas quelque part cette impression d’appartenance?

Cette vision déprécie évidemment l’approche commerciale du tango: avec les milongas touristiques, : « on ne réfléchit plus dans le cadre de la cohésion sociale, on a cédé la place à la cohésion marchande. » De la même façon, aborder le tango d’emblée par une approche technique ou virtuose risque d’éloigner le danseur de l’essence de la danse.  » Pour moi le tango n’est pas uniquement dans le faire, mais dans le désir de faire. » …   « l’apprentissage du tango par les figures ne peut rendre compte de cet esprit… »

Bien que la forme d’un entretien puisse dérouter le lecteur, le dialogue permet le questionnement et le rebondissement, quitte à placer le lecteur dans la tourmente de la remise en cause de sa façon de voir. Mais j’ai aussi apprécié une analyse proche de la mienne et une confirmation de ce que nous allons chercher à Buenos Aires. A une organisatrice d’encuentros à laquelle je faisais remarquer qu’avec le côté sélectif, on pouvait s’éloigner de l’esprit portègne, celle-ci me répondit qu’on était en Europe et que ce n’était pas la même culture. Justement… Si comme le fado ou le flamenco, le tango exprime l’âme et le corps d’un pays, ne faut-il pas alors s’en imprégner pour l’approcher au plus près, sans l’imiter servilement?

bistrot latin

Pour se procurer l’ouvrage ( 15 € ):                                                                                                                                                               Marion Ouazana: marionacademia@wanadoo.fr

Nous avons échangé nos ouvrages car, dans mon roman  » La Dernière Cuite », j’essaie de traduire cette atmosphère portègne, pour moi fascinante. J’ai voulu montrer, dans le tango, des hommes et des femmes qui vivent, aiment, goûtent la vie et parfois souffrent…Marion m’a confirmé qu’elle s’y retrouve bien, comme deux autres lectrices qui m’en parlaient hier au soir. Son livre et le mien tentent de montrer deux facettes d’un tango authentique. Je détiens en dépôt quelques exemplaires du livre de Marion et il m’en reste aussi du mien : je les mets à la disposition des lecteurs acheteurs ( chabannon.maurice@ orange.fr ) .

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par chabannonmaurice

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